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La pêche artisanale

La pêche à mouche a permis à Olivier Frigon de s’offrir un terrain d’apprentissage et de création dont il ne voit pas les limites.
Photo courtoisie, Olivier Frigon La pêche à mouche a permis à Olivier Frigon de s’offrir un terrain d’apprentissage et de création dont il ne voit pas les limites.

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Olivier Frigon a 29 ans. Pêcheur depuis « aussi longtemps qu’il se souvient », il s’est initié à la pêche à mouche il y a cinq ans. Depuis, il prend plaisir à développer ses connaissances et sa technique de pêche, mais il se passionne aussi pour la création de mouches.

Devant lui, des vingtaines et des vingtaines de mouches de toutes tailles, formes et couleurs. À ses côtés, des sacs remplis de poils de chevreuil, de lapin et d’écureuil, des plumes d’autruche, de coq et de canard, tous teints dans des coloris vifs.

« Chaque mouche doit avoir un potentiel attractif ou imitatif pour que les poissons s’y intéressent, selon l’espèce. Je préfère privilégier les matières naturelles », m’explique Olivier Frigon.

« Pour attraper un bar rayé, on choisit un appât qui ressemble à un petit lançon, auquel on donnera vie en le lançant par exemple près des berges ou d’un quai. Pour un brochet, on optera plutôt pour une grosse mouche très attractive qui stimulera son agressivité, ou une autre qui ressemble à un rat musqué qu’il voudra dévorer », donne en exemple le pêcheur de Trois-Rivières, pour qui la pêche à travers la province est devenue son mode de vie.

Peu importe ce qui mord au bout de sa ligne, il se fait un devoir que le « combat » pour retirer l’hameçon se fasse le plus rapidement et naturellement possible, afin que le poisson soit remis à l’eau, en santé.

« La semaine dernière, j’ai pêché un énorme maskinongé en Mauricie. C’est une prise très sportive à attraper à la mouche ! J’espère le repêcher dans les prochaines années. Je suis certain de le reconnaître : chaque individu est unique, par ses taches et par ses blessures. », partage avec nous Olivier Frigon.

Stratégie et créativité

Olivier Frigon ne s’intéresse pas aux quotas ou au nombre de prises. Plutôt, il prend plaisir à se mettre au défi en pêchant des poissons hors du commun, et à créer le meilleur appât pour arriver à ses fins. À chaque individu, sa stratégie.

« En début de saison, j’ai réussi à pêcher à la mouche un lépisosté osseux près de LaSalle », donne en exemple Olivier Frigon. Il explique que ce poisson préhistorique a un long museau avec des milliers de petites dents, et que sa gueule osseuse rend impossible une prise quelconque par hameçon.

« J’ai créé une mouche toute en laine. Lorsque le lépisosté a tenté de gober l’appât, ses dents se sont enchevêtrées dans la laine, de sorte que j’ai réussi à le sortir de l’eau », raconte le pêcheur de 29 ans. Le pêcheur ne trimballe pas tout son attirail à chacune de ses sorties. Il part avec quelques appâts, selon le plan d’eau privilégié. Il lui arrive néanmoins souvent de traîner son matériel de fabrication de mouches par plaisir. Il s’assoit, il porte ses jumelles à son visage, et il observe l’action sur l’eau.

« Si j’aperçois des cercles sur l’eau, je sais que c’est là que ça se passe si je souhaite pêcher un bar rayé. Je vais monter ma petite mouche, dont la finition dépendra de l’activité sur l’eau, puis je vais lancer ma soie et donner vie à ma création jusqu’à ce que ça morde ! » dit Olivier Frigon.

L’art de la pêche

Et il y a aussi les créations sur lesquelles il planche dans son atelier. Il peut y passer plus de trois heures, à choisir sa matière et à travailler la finition. « Je vais en plus les tester sur l’eau, voir de quelle façon le montage bouge : je veux que la mouche imite exactement ce que j’ai en tête », explique l’artiste.

Déjà, il est connu du milieu, qui n’hésite pas à lui confier des créations sur mesures. L’artisan créé aussi des kits de mouche abordables, convaincu de l’importance de rendre la pêche à la mouche accessible.

« Et il y a des moucheurs qui choisissent la matière une plume à la fois, à coût de plusieurs dizaines de dollars chacune, afin de créer des appâts qui en vaudront des centaines et qui seront au bout du compte encadrés. Je ne suis pas rendu là... » dit Olivier Frigon, qui souhaite que son art reste connecté au milieu.

Il ne se lasse pas toutefois d’apprendre les meilleures techniques de finition pour que ses « œuvres » bernent le plus de poissons possible, et plaisent aux pêcheurs. « Il y a un aspect de collectionneurs, c’est certain ! » pense Olivier Frigon.

Le choix de la mouche

Les « mouches » doivent être imitatives ou attractives, selon l’espèce qu’elles tentent de berner.
Photo courtoisie, Olivier Frigon
Les « mouches » doivent être imitatives ou attractives, selon l’espèce qu’elles tentent de berner.

Chaque espèce est attirée par un type de mouche en particulier. L’erreur, selon Olivier Frigon, c’est de se limiter à cette réflexion. Il faut d’abord considérer l’endroit où on pense majoritairement pêcher. « Puis il faut absolument prendre en compte son équipement : quelle canne à pêche possède-t-on ? », ajoute Olivier Frigon.

« Si on me demande de créer une mouche pour attraper un maskinongé, puis le pêcheur n’a qu’une seule canne à pêche de poids # 5... il n’arrivera jamais à bien la lancer ! Sa canne à pêche est trop flexible, la mouche, trop lourde. », explique l’artisan.

Olivier Frigon prend plaisir à créer les mouches les plus attractives et imitatives possibles en privilégiant d’abord la matière naturelle
Photo courtoisie, Olivier Frigon
Olivier Frigon prend plaisir à créer les mouches les plus attractives et imitatives possibles en privilégiant d’abord la matière naturelle

La pêche à la mouche est un art qui s’apprivoise graduellement, mais auquel on tire plaisir rapidement si on vise des objectifs d’abord accessibles. « À ses débuts, on peut se concentrer sur l’achigan, un poisson gourmand qui est plus facile à attraper à la mouche avec du matériel de base, » donne en exemple Olivier Frigon.

Puis, on développe son répertoire et on élargit son inventaire.