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Bell avale V Média

La transaction a été annoncée mardi, après des semaines de discussions

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Le géant des télécommunications Bell est sur le point d’étendre son empire en faisant l'acquisition du Groupe V Média et de sa chaîne généraliste V, a appris Le Journal.   

Voilà plusieurs semaines que des discussions sont en cours entre Bell Média et le Groupe V Média contrôlé par la famille Rémillard, selon plusieurs sources de différents milieux.   

Les deux entreprises étaient sur le point de conclure une entente lundi, selon nos informations. Bell a finaliement confirmé le tout dans un communiqué émis mercredi matin.   

Une source proche du dossier a confirmé que le gouvernement Legault a été avisé de l’imminence de la transaction.   

Il faut dire que l’État québécois, via sa société Investissement Québec et la Caisse de dépôt, est l’un des actionnaires de V. Le Fonds de solidarité FTQ y détient lui aussi 15 % de l’actionnariat.   

Déjà un géant  

La famille Rémillard a conservé le contrôle avec environ 55 % des actions et des droits de vote de Groupe V Média.   

Cette transaction, si elle se concluait avec l’approbation des autorités, consoliderait l’omniprésence de Bell dans le monde des médias. Dans son rapport annuel 2018, Bell se targue déjà d’être la « première entreprise de télédiffusion et de médias au Canada ».   

L’acquisition de V lui permettrait de mettre la main sur un morceau qui manque à son empire : une chaîne de télévision généraliste québécoise.   

Dominant dans la télé et la radio  

Dans le reste du Canada, l’entreprise compte déjà 30 stations traditionnelles de télévision, dont CTV, où plusieurs postes ont d’ailleurs été coupés ce printemps. Entre autres, les journalistes doivent maintenant filmer leurs propres images.   

Le géant des médias exploite également 33 chaînes spécialisées et de télé payante, comme RDS, Super Écran, Canal D et Canal Vie. Bell Média possède aussi un service de diffusion en continu sur le web, Crave, qui diffusait notamment Game of Thrones en exclusivité canadienne.   

De plus, l’empire contrôle 109 stations de radio à travers le pays, se qualifiant lui-même de « principal diffuseur radio au Canada ».   

La famille Rémillard avait déjà essayé de vendre le Groupe V Média à Bell, en 2012. La vente avait alors avorté, les deux groupes ne s’entendant pas sur la juste valeur de la chaîne généraliste.   

« Si Bell arrive à mettre la main sur V, l’entreprise pourrait accaparer 40 % du marché de la télévision au Québec et ainsi devancer Québecor », écrivait alors Radio-Canada sur son site web.   

Mais les rumeurs ont repris de plus belle il y a quelques semaines.   

Successeur de Télévision Quatre-Saisons (TQS), V a vu le jour il y a un peu plus de 10 ans avec l’objectif de cibler le public des 18 à 49 ans.   

Au fil des années, les Rémillard ont procédé à l’acquisition d’autres marques, tant à la télé que sur le web, comme MAX, ELLE Fictions, Noovo.ca et 25Stanley. En 2014, ils ont aussi acheté MusiquePlus et MusiMax, faisant entrer la Caisse de dépôt, Investissement Québec et le Fonds de solidarité FTQ au capital de l’entreprise, avant de mettre la clé sous la porte de MusiquePlus, dont la mort est annoncée pour le mois prochain.   

 – Avec la collaboration de Philippe Orfali, Alexandre Robillard et Marc-André Lemieux  

Le CRTC et le Bureau de la concurrence ont déjà freiné le géant   

Même si elle se confirme, l’entente d’achat du Groupe V Média par Bell devra subir plusieurs tests importants avant de se concrétiser.   

Pour éviter qu’une entreprise accapare à elle seule une trop grande part du marché, les médias sont soumis à des règles strictes. C’est encore plus vrai pour les radios et les télés.   

La vente possible de V Télé à Bell devra notamment recevoir le feu vert du Bureau de la concurrence du Canada. La transaction doit aussi être approuvée par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).   

Bell n’en est pas à sa première course à obstacles du genre :   

  

 ♦ En octobre 2017, Corus Entertainment avait annoncé la vente des chaînes spécialisées francophones Historia et Séries+ à Bell Media pour près de 200 millions $. Sauf que le 28 mai suivant, le Bureau de la concurrence a bloqué la voie à l’entreprise. Deux jours plus tard, Corus et Bell résiliaient leur accord.   

  

 ♦ Cette transaction avortée avait été précédée par un autre jeu de chaise musicale parmi les propriétaires de télés et de radios au pays. Bell avait en effet tenté deux fois plutôt qu’une d’acheter les chaînes télé et radio d’Astral avant d’y parvenir en 2013, au coût de 3,4 milliards $.   

Crainte de concentration  

Craignant une concentration « sans précédent » dans l’univers des médias, le CRTC avait d’abord catégoriquement rejeté la proposition initiale des deux entreprises, en 2012.   

Le CRTC avait alors expliqué « avoir des préoccupations sérieuses à l’égard de la saine concurrence, de la concentration de la propriété dans les marchés de la radio et de la télévision [...] ainsi que de l’exercice anticoncurrentiel du pouvoir dans le marché ».   

Bell avait donc été forcée de vendre plusieurs stations : Historia, Télétoon et Séries+, achetées par Corus, Musique Plus et Musimax achetée pour 15 millions $ par Groupe V Média, et The Family Channel, achetée par DHX Media, par exemple.   

Ce n’est qu’après s’être départi d’une dizaine de stations que Bell a été autorisée par Ottawa à mettre la main sur Astral Média.   

 ♦ Au début des années 2000, quand Québecor s’est porté acquéreur de Vidéotron et de TVA, elle avait dû se départir de l’ancêtre de V Télé, Télévision Quatre-Saisons. C’est Cogeco et Bell qui avaient alors mis la main sur TQS. TQS avait ensuite été vendue à Remstar, en 2008, avant de prendre le nom de V.