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«Gilets jaunes»: que reste-t-il?

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J’étais en France pendant toute la crise des « gilets jaunes ». Je viens de rentrer.

On n’oubliera pas de sitôt ces magasins pillés et incendiés, ces pavés jetés à la tête des policiers.

Les gardes à vue, les incarcérations et les condamnations se comptèrent par milliers.

Les blessés graves furent nombreux. Il y eut des pertes de vie.

L’impact sur le chiffre d’affaires des commerces est difficile à établir, mais semble énorme.

Les réclamations auprès des assureurs atteignent des sommes mirobolantes.

Causes

Avec les avantages que donne le recul, quel sens donner à cette explosion spontanée ?

Un examen des revendications n’est pas d’un grand secours, tant celles-ci étaient contradictoires.

Vous aviez le retraité qui voulait qu’on taxe les patrons pour bonifier son chèque, et le petit commerçant qui se disait... écrasé par les taxes.

Le cri de colère le plus entendu tournait autour de la faiblesse du pouvoir d’achat et de la difficulté à boucler les fins de mois, mais ce n’était que la pointe de l’iceberg.

J’y ai vu, pour ma part, une crise à cinq volets qui se renforcent mutuellement.

Il y a d’abord une crise de financement dans le sens où l’État n’a pas assez de ressources pour satisfaire aux demandes de tous.

Forcément, les arbitrages font des mécontents.

Il y a ensuite une crise de rigidité.

Les gens veulent qu’on s’occupe de leur cas personnel et trouvent que l’État est un pachyderme bureaucratique et anonyme.

De cette lourdeur découle une crise de lisibilité, d’opacité.

Les gens voient que l’État récolte des milliards en taxes et impôts, mais ne comprennent plus où va l’argent et soupçonnent qu’il ne va pas dans les bonnes poches.

Tout cela provoque une crise de représentation.

Ces gens en colère ne voient plus les élus comme leurs représentants.

Ils les voient comme des professionnels de la joute politique qui cherchent plus à se faire réélire qu’à faire avancer un intérêt général à propos duquel, de toute façon, il n’y a pas de consensus.

De tout cela découle une immense crise de légitimité des institutions.

Les élus, les fonctionnaires, la police, les magistrats, tous sont perçus non plus comme des serviteurs du bien commun, mais comme les rouages d’un système hypocrite où les gagnants et les perdants sont toujours les mêmes.

Il y a du vrai et du faux dans tout cela.

Bilan

Aujourd’hui, que reste-t-il de cette explosion ?

Le gouvernement Macron a répondu par des mesures timides et par un grand exercice de discussion étroitement encadré pour éviter les dérapages.

Les figures de proue du mouvement sont retournées dans l’anonymat.

L’enjeu de la taxation du carburant reviendra forcément.

La frustration reste vive et le feu pourrait se rallumer.

Mais il est clair qu’un mouvement qui refuse de se structurer parce qu’il craint la récupération politique est condamné dès que son énergie s’est épuisée.

L’arène politique est effectivement frustrante, mais il n’y a aucun changement durable qui ne passe pas par l’action politique structurée.