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V n’est qu’une patate chaude

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Malgré l’attachement que je devrais avoir pour V, le rejeton poussif de Télévision Quatre-Saisons que j’ai aidé à mettre au monde en 1986, force m’est d’admettre qu’il n’est qu’une patate chaude qu’on se refile de décennie en décennie.

Née sous de bons augures, enfant chéri du CRTC qui avait souhaité sa naissance, annoncée comme une télévision différente, contemporaine et innovatrice, TQS est vite devenue sous la houlette de Jean Pouliot une simple copie de Télé-Métropole. Mais en plus moche et plus démunie.

En pur déni de la promesse formelle de ne diffuser aucun sport, sauf des événements spéciaux, TQS a mis les Nordiques à l’antenne dès la fin de 1987. Pouliot avait réussi à convaincre le CRTC de le relever de cette promesse afin de diminuer des pertes qui grossissaient à vue d’œil.

LA VACHE À LAIT S’ÉPUISE

Moins de dix ans plus tard, TQS drainait tous les profits de CF Câble, la vache à lait que contrôlaient les Pouliot. Ils tentent alors le grand coup : échanger CF Câble à Vidéotron contre Télé-Métropole, qu’André Chagnon avait acquise en 1986.

Le CRTC refuse de sanctionner cette transaction farfelue, décrétant qu’un même propriétaire ne peut posséder les deux seuls réseaux de télé privés francophones. L’année suivante, le CRTC approuve l’achat de CF Câble par Vidéotron à la condition que TQS (qui fait toujours partie du giron de CF Câble) soit vendue.

La patate chaude est alors refilée à un consortium constitué de Québecor, Cancom et Cogeco. Le 5 juillet 2001, le CRTC approuve l’achat de Vidéotron par Québecor, à la condition que TQS soit vendue encore une fois. La patate chaude est alors refilée à Cogeco et Bell.

ENCORE AU BORD DE LA FAILLITE

La chaîne allant de mal en pis, elle se retrouve au bord de la faillite en moins de six ans. Forcées de vendre, Cogeco et CTVGlobemedia (Bell) acceptent l’offre de Remstar, une société contrôlée par les frères Julien et Maxime Rémillard.

Les deux frères ne s’y connaissent guère en télévision, mais ils savent compter. Ils constatent tout de suite que délestée de son service d’information, TQS pourrait devenir rentable.

Pour sauver son « bébé », devenu adulte, mais plus chétif que jamais, le CRTC accepte que TQS ne produise plus que des bulletins de nouvelles. C’est une obligation que les frères Rémillard perdent rapidement de vue prétextant que l’information ne fait pas partie de leur stratégie d’affaires !

LES MÊMES OBLIGATIONS

C’est ainsi que grâce à la complaisance du CRTC encore une fois, TQS (devenue V pour faire oublier son existence rocambolesque) profite toujours du statut de chaîne généraliste, alors qu’elle ne l’est plus.

Le CRTC continuera sans doute de se montrer bon prince à l’égard de V, comme il l’a été tout au cours de l’histoire de TQS. Les chances qu’il refuse ce nouveau passage de la patate chaude sont minces. Quant au Bureau de la concurrence, il donnera probablement son aval aussi.

Si tel est le cas, il serait inacceptable que V puisse continuer de jouir du statut de chaîne généraliste sans qu’on l’oblige à mettre sur pied un véritable service d’information, comme doivent le faire par ordonnance Radio-Canada et TVA. Bell pourrait difficilement prétendre qu’elle n’a pas les moyens de se conformer aux mêmes obligations que les deux autres.