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Ce restaurateur reçoit 300 CV de la France, mais aucun du Québec

La partie est loin d’être gagnée pour les entreprises de la province

Élie Dédès, restaurateur de Québec, s’est tourné vers le programme Jeunes professionnels d’Expérience internationale Canada pour trouver de la main-d’œuvre. 
Photo Jean-Francois Desgagnés Élie Dédès, restaurateur de Québec, s’est tourné vers le programme Jeunes professionnels d’Expérience internationale Canada pour trouver de la main-d’œuvre. 

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Les réalités du marché du travail sont fort différentes d’un pays à l’autre. Un restaurateur de Québec, Élie Dédès, a reçu 300 CV après avoir publié des offres d’emploi en France, alors qu’il n’en a reçu aucun localement.  

Pour faire rouler ses restaurants, l’homme d’affaires de Québec a recours depuis quelques années au programme Jeunes professionnels d’Expérience internationale Canada qui est simple et peu coûteux.  

La moitié de ses employés en cuisine sont Français. Avec La Pizz de la place Royale et L’Épicurien, M. Dédès embauche une cinquantaine de personnes. Grâce au programme Jeunes professionnels, les Français obtiennent leur visa pour deux ans. Après un an, la plupart demandent leur statut de résident permanent.  

Le restaurateur compose avec la pénurie de main-d’œuvre depuis une dizaine d’années. Selon lui, ce problème est sans cesse grandissant. Il touche dorénavant l’ensemble des secteurs économiques aux quatre coins de la province.  

L’envers de la médaille  

«Lorsqu’on était réuni aux tables pour discuter du problème, il y a dix ans, il y avait des restaurateurs, des hôteliers, des boulangers-pâtissiers. Depuis deux ou trois ans, vous avez les coiffeurs, les garagistes, les usines, les sociétés informatiques, qui sont en pénurie de main-d’œuvre également. Avant, j’étais en concurrence avec mes confrères restaurateurs, maintenant je suis en concurrence avec tout le monde. Ça devient difficile parce que tout le monde cherche de la main-d’œuvre», a-t-il déclaré.  

 Avant de franchir la mare aux canards, les Français recrutés par M. Dédès ont fait leurs classes en France où ils ont appris leur métier. La plupart ont travaillé dans des établissements classés au Guide Michelin. 

«Sans cette main-d’œuvre, ça serait impossible», ajoute le restaurateur.  

Depuis leur arrivée en avril dernier, Nicolas, Benjamin, Augustin et Dorian se sont habitués à l’accent québécois et ils ont l’air de se plaire dans cette grande aventure. Ils sont conscients du rôle qu’ils ont à jouer dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe si durement le Québec.  

«En France, c’est l’inverse. On vit une crise économique extrêmement grave, mais ils le cachent médiatiquement», lance Nicolas.  

«Dans mon métier, en France, c’est difficile de trouver (un emploi) avec des bonnes conditions, alors qu’ici, il y a énormément d’offres. C’est l’opposé », témoigne Benjamin qui est crêpier de formation et qui compte s’installer au Québec de façon permanente.M. Dédès, qui réussit à faire fonctionner ses établissements grâce à ce programme, doit quand même mettre son tablier régulièrement pour laver la vaisselle. « Le jour où il va y avoir un robot capable de faire ça, c’est sûr que je vais l’acheter. En attendant, on est obligés de pallier ce genre de situation», lance-t-il.  

Récréotouristique  

Il ferme les week-ends faute de sauveteurs  

 La pénurie de main-d’œuvre affecte durement le milieu récréotouristique, alors que la base de plein air du lac Sept-Îles dans Portneuf est fermée pour une cinquième fin de semaine d’affilée en raison d’un manque de sauveteurs.  

Même s’il fait des pieds et des mains pour trouver ne serait-ce qu’un seul sauveteur, qui lui permettrait d’ouvrir la base de plein air la fin de semaine, le directeur général du Camp Portneuf, Olivier Lauzon, affirme n’avoir reçu aucun CV depuis le début de l’été.  

En interdisant ainsi l’accès à la plage, les sept chalets en location ne sont plus prisés par les visiteurs.  

«Pour l’OSBL que nous sommes, cette fermeture a un très grand impact financier. Présentement, nous sommes à près de 10 000 $ en pertes de revenu», affirme M. Lauzon.  

Pour l’an prochain, M. Lauzon compte même payer des formations de sauveteurs aux étudiants volontaires de la polyvalente de Saint-Raymond, dans le but d’éviter le pire.   

Les jeunes renoncent au marché du travail  

Bien que le taux de chômage continue de baisser au Canada, les jeunes âgés de 15 à 29 ans restent quant à eux nombreux à renoncer au marché du travail. C’est ce que révèlent les plus récentes données du Congrès du travail du Canada (CTC). Au pays, le taux de chômage est descendu à 5,5 % au deuxième trimestre de 2019, alors que le taux d’emploi a continué de monter, dépassant maintenant les 62 %.

Mais les jeunes sont nombreux à décider de poursuivre leurs études plutôt que de se lancer sur le marché du travail, alors que le nombre d’étudiants est en augmentation depuis 2008-2009. Selon les analyses du CTC, le nombre de personnes âgées de 25 à 29 ans qui ne sont ni en emploi ni aux études ou en formation (NEET) demeure élevé depuis la récession de 2008.

«C’est alors que la plupart des Canadiens et Canadiennes terminent leurs études formelles et devraient être en mesure de trouver un travail valorisant qui correspond à leur éducation et à leur formation», peut-on lire dans le rapport. Au total, le nombre de jeunes âgés de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi ni aux études s’élève à plus de 700 000.  

 

 – Avec la collaboration d'Élisa Cloutier  

 

  

 ♦ Chaque samedi, Le Journal traitera des enjeux touchant la pénurie de main-d’œuvre. Comment les entreprises s’ajustent à cette nouvelle réalité. Comment les travailleurs, jeunes, immigrés et plus âgés, s’y préparent.  

 

 ♦ Si vous avez des témoignages à donner ou des solutions à proposer, veuillez écrire à diane.tremblay@quebecormedia.com