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L’indicible

Il fallait que je vous le dise, Aude Mermilliod, Éd. Casterman
Photo courtoisie Il fallait que je vous le dise, Aude Mermilliod, Éd. Casterman

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Alors que la question de l’avortement réapparaît dans l’actualité, avec la montée d’une droite militante, paraît Il fallait que je vous dise, un percutant récit biographique qui lève le voile sur un des actes les plus traumatisants auquel peut faire face une femme.

Bien que nous croyions – ou du moins espérions – que la question du droit de mettre un terme à une grossesse était chose du passé, les lobbies religieux chez nos voisins du sud s’activent à ce qu’il en soit autrement. En France, l’accès à ce service est quant à lui insidieusement de moins en moins accessible. Derrière ce sujet tristement polarisant se cache un acte difficile et douloureux très peu exploré dans les différents médiums artistiques, dont la bande dessinée.

L’album de la jeune autrice Aude Mermilliod y remédie magistralement. Elle y raconte le récit de son IVG (interruption de grossesse volontaire) avec une déconcertante générosité, levant le voile sur cet acte dont nous savons somme toute peu de choses. « Cette bande dessinée, je l’ai d’abord faite pour moi, croyant que j’étais la meilleure personne pour le raconter » raconte à l’autre bout du fil l’artiste française partageant sa vie entre Montréal et le Vieux Continent. « C’est un album militant bien malgré moi, comme il s’en fait peu sur le sujet, ça en fera un ! »

Dialogue

Ce vibrant témoignage a suscité très peu de réactions de la communauté anti-IVG jusqu’à présent. Il fait plutôt œuvre utile, notamment en ouvrant le dialogue auprès des hommes, dont plusieurs passent nécessairement par le processus du deuil, même si cela ne s’inscrit pas dans leur corps. La participation du docteur Martin Winckler n’y est certainement pas étrangère. L’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, dont Le cœur des femmes, qui fera prochainement l’objet d’une adaptation en bande dessinée par Mermilliod, enrichit le récit de son expérience de praticien. Ainsi, un dialogue s’installe entre la jeune femme qui vit une IVG et le docteur qui la pratique. Au final, Il fallait que je vous le dise ne porte pas tant sur l’avortement de l’artiste que sur l’avortement en général. « Lorsque j’ai rencontré Martin à Montréal, je souhaitais au point de départ qu’il rédige une annexe. Puis au fil de nos discussions, il m’a raconté son cheminement d’homme dans cette pratique. C’était à ce point percutant que je lui ai proposé d’intégrer le tout au récit », confie l’autrice qui avoue avoir fait un livre militant malgré elle. « L’IVG est un événement important dans le cours d’une vie, qui doit être accueillie avec bienveillance. Malheureusement, à ce jour, peu de cours en médecine sont alloués à cette pratique ».

À la suite de sa participation au collectif québécois Bagarre en 2009, grâce à l’invitation de Jimmy Beaulieu, et d’un premier album intitulé Les reflets changeants publié en 2017 aux éditions Le Lombard, pour lequel elle remporte le prestigieux prix Raymond Leblanc, l’ancienne serveuse de café qui tâtait de la chronique voyage en ligne livre un témoignage éclairant et nécessaire, qui le hisse au sommet des lectures incontournables de 2019. Peut-être même au-delà.

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