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Méchant Boris

Boris Johnson en visite à Birmingham, hier. Le nouveau PM espère revoir l’accord sur le Brexit négocié par Theresa May.
Photo AFP Boris Johnson en visite à Birmingham, hier. Le nouveau PM espère revoir l’accord sur le Brexit négocié par Theresa May.

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Le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson n’est pas aimé en Europe. Aux dires de plusieurs, il est menteur, brouillon, inconstant et démesurément ambitieux. Certains estiment que le Brexit lui a servi de prétexte pour devenir premier ministre et qu’il pourrait même décider de ne pas faire sortir la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Vraiment ? Les adversaires du Brexit prennent leurs désirs pour des réalités.

L’issue du Brexit demeure encore incertaine. Mais il faut admettre que les partisans du Brexit dur sont en position de force. À court terme, les conséquences économiques d’un tel Brexit seraient lourdes. À plus long terme, l’Angleterre pourrait finir par y trouver un avantage.

1. Quelle est l’importance économique de l’Europe pour la Grande-Bretagne ?

La Grande-Bretagne exporte beaucoup de marchandises et de services vers l’Union européenne. En 2018, ses exportations de marchandises totalisaient 487 milliards de dollars américains et ses exportations de ­services atteignaient 376 milliards $. Au ­total, ses exportations représentaient environ 27 % de l’activité économique du pays. Si l’on considère que l’Union européenne reçoit plus de 50 % des exportations de la Grande-Bretagne, il apparaît qu’environ 14 % de l’activité économique britannique est directement menacé par le Brexit. D’où l’importance pour les Anglais de trouver un arrangement avec l’Union européenne.

2. Quelles seraient les conséquences économiques d’un Brexit dur sur la Grande-Bretagne ?

Les conséquences seraient à la fois matérielles et psychologiques. Les produits ­d’exportation anglais vers l’Europe seraient frappés de tarifs douaniers, ce qui les rendrait moins compétitifs. Les investisseurs, tant anglais qu’étrangers, seraient encore plus inquiets que maintenant. Il s’ensuivrait probablement une fuite de capitaux, une baisse de la production, de l’inflation, des mises à pied et une chute de la devise face aux principales monnaies.

3. Quelles pourraient être les conséquences à plus long terme ?

Tout dépendra de la capacité de Boris Johnson à négocier des ententes commerciales avec divers partenaires. Beaucoup de ses partisans misent sur un traité de libre-échange entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Boris Johnson et Donald Trump partagent certains traits de caractère. Les deux sont des m’as-tu-vu. Les deux ont un côté populiste. Mais le premier ministre anglais pourrait aussi aller voir du côté de la Chine. Le gouvernement chinois cherche à s’engager dans des traités de libre-échange avec tous les pays du monde, entre autres parce que ses usines sont en surcapacité de production. L’Union européenne n’a pas non plus fermé la porte à un traité de libre-échange.

4. Le Brexit dur serait-il bon pour le Québec et pour le Canada ?

Le Brexit dur serait une excellente nouvelle pour le Québec et le Canada, dans la mesure où les économies de la Grande-Bretagne et de l’Europe ne ralentiraient pas trop. Les entreprises canadiennes pourraient en effet trouver de nouvelles occasions d’affaires tant en Grande-Bretagne qu’en Europe, ne serait-ce qu’en raison du retrait des Anglais sur des marchés européens ou du retrait des Européens sur le marché anglais.

5. Que signifierait un succès de la Grande-Bretagne à long terme ?

Un Brexit dur réussi serait très mauvais pour les partisans d’une Europe plus intégrée. Un tel Brexit enverrait le signal qu’il est possible, même souhaitable, de prospérer en dehors de l’Union européenne. Mais à quels coûts politiques, devant la montée de la Chine et devant l’affaiblissement des États-Unis ? Les lendemains du Brexit pourraient démontrer que les jeux d’alliances entre les pays ont retrouvé une fluidité qu’on ne leur connaissait plus depuis la Deuxième Guerre mondiale.