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Randonnée inspirante sur le chemin portugais

Paysages de carte postale tout le long du chemin portugais.
Photo courtoisie, Chantal Benhamron Paysages de carte postale tout le long du chemin portugais.

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Marcher un des chemins de Compostelle, c’est une aventure initiatique qui ne ressemble à aucune autre. Avant tout, c’est une épreuve physique : ici, on marche seul, bien souvent, avec sa besace sur le dos, on mange en chemin, on dort où l’on peut, souvent dans des gîtes de pèlerins. Mais ce qui caractérise les chemins, c’est aussi l’esprit de Compostelle : le dénuement, la fraternité humaine, le retour à l’essentiel – dormir, manger, prendre soin de soi. Les repères s’évanouissent et nous devenons tous des pèlerins, marchant sur les traces de ceux du Moyen-Âge, qui partaient déjà il y a mille ans de tous les coins de l’Europe pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle, au nord-ouest de l’Espagne. De toutes les variantes possibles, j’ai marché le chemin portugais.

Jour un de la randonnée. Je quitte Porto pour Vilarinho très tôt, c’est la règle sur le chemin.

Le but ultime du
voyage, 
la majestueuse 
cathédrale  de
Santiago de 
Compostela
Photo courtoisie, Chantal Benhamron
Le but ultime du voyage, la majestueuse cathédrale de Santiago de Compostela

Cette première journée sera grise et morne, sortir d’une grande ville n’est pas agréable : on marche sur du macadam et des routes asphaltées dangereuses, traversant des zones industrielles sans aucun intérêt. C’est propre à vous décourager, s’il n’y avait, en contrepartie, la gentillesse des gens du terroir, qui vous couvrent de conseils, de recommandations, d’eau et d’attentions. Quelques rares marcheurs : le chemin portugais n’est pas très fréquenté.

On apprend rapidement à apprivoiser le camino. À sortir sa credencial pour la faire tamponner en arrivant à chaque halte, à débusquer les petites flèches jaunes qui vous indiquent le chemin, à faire des pauses pour se délasser les pieds et se désaltérer. Et surtout, à reconnaître ses limites : certaines étapes de 35 km sont épuisantes, j’ai appris à les diviser, à réduire les distances en fonction de mes capacités, c’est-à-dire 20 km quotidiennement.

La cathédrale romane de Tui, 
véritable forteresse.
Photo courtoisie, Chantal Benhamron
La cathédrale romane de Tui, véritable forteresse.

Dans les albergues, le soir, des hôtes particulièrement chaleureux accueillent des pèlerins du monde entier. Au fond, le plus exceptionnel de ce chemin, c’est la rencontre humaine, la convivialité et la solidarité entre pèlerins et gens du pays. Chaque fois que vous en croisez, ils vous lancent un « Buen Camino », et c’est quand même toute une symbolique de se faire souhaiter bonne route par des inconnus.

Dès la deuxième étape, le chemin révèle ses secrets : le bitume est loin derrière et la campagne portugaise est magnifique. Je musarde dans des vergers, des forêts, des vignes, des petits chemins bucoliques et des ponts romains. La chaleur est toujours accablante, mais la météo redeviendra clémente dès le lendemain.

Fraternité

Un soir, dans la ville de Balugães, après avoir traversé des paysages dont la beauté me coupait sinon le souffle, au moins le rythme, puisque je m’arrêtais longuement pour les contempler, je me suis retrouvée dans un paradis : un vignoble accueillant des pèlerins, avec une immense piscine naturelle, en pleine campagne, avec le chant des cigales, des oiseaux, et même du soleil ! La charmante logeuse nous a proposé un repas succulent, accompagné d’un verre de blanc de sa production.

Chemin faisant, on se fait des copains de camino. On se retrouve aux mêmes étapes et on finit par se suivre. Ce n’est pas un lien d’affinités, mais de réassurance mutuelle, de compagnonnage, chacun protège l’autre et veille sur lui.

Entrée dans la ville de Ponte de Lima, 
la plus ancienne du pays. Chaque venelle,
chaque recoin est d’une poésie saisissante.
Photo courtoisie, Chantal Benhamron
Entrée dans la ville de Ponte de Lima, la plus ancienne du pays. Chaque venelle, chaque recoin est d’une poésie saisissante.

Tous les matins, c’est le rituel, chacun s’enquiert de l’état des pieds des autres. Il faut dire qu’ils sont soumis à rude épreuve : ampoules, infections, tendinites, muscles froissés. Alors, chacun prend soin de ses pieds comme de son âme.

Entre Ponte de Lima et Rubiães, le chemin traverse le col de Portela, que tous redoutaient depuis le début du chemin portugais. C’est un parc magnifique traversé par le Rio Labruja, dont l’ascension, très abrupte, est une épreuve physique. Ce jour-là, il tombait des cordes et, pourtant, des panoramas de carte postale ont défilé tout le long. J’ai toujours le sentiment, dans ces paysages hors du commun, que c’est là que le monde a commencé.

Faire le Chemin, 
c’est aussi découvrir du pays.
Photo courtoisie, Chantal Benhamron
Faire le Chemin, c’est aussi découvrir du pays.

Valença, et ses murailles d’un autre temps, marque la frontière avec l’Espagne­­­ : de l’autre côté, en Galice, se déploie la ville de Tui, envoûtante de beauté et d’histoire. Ici, le temps s’est arrêté. Dans la vieille ville, juchée au sommet d’une colline, surgit au détour d’une ruelle la magnifique cathédrale de Tui, datant du 12e siècle, aux allures de forteresse. Finalement, la fatigue est peut-être le tribut à payer pour vivre cet émerveillement.

Étape de Tui à O’Porrino. La Galice a des airs mêlés d’Irlande et de Méditerranée. Elle est verte et touffue, mais ensoleillée et ponctuée de villages ravissants. Le chemin portugais en Galice s’enfonce dans des forêts profondes et verdoyantes, c’est sublime. Il pleut depuis le départ ce matin, avec un froid propre à décourager le plus téméraire des pèlerins, et des vents furibonds. Marcher 20 km sous ce déluge et dans cette bise est éprouvant. Sans compter la fatigue qui commence à s’accumuler au bout d’une semaine. J’ai appris plus tard, en arrivant à l’auberge trempée, transie et épuisée, qu’une tempête s’était abattue sur la région, et bien entendu, sur le chemin.

Clou du voyage

Le chemin est ponctué de ces calvaires,
où les passants déposent symboliquement
leurs prières, leurs espoirs, leurs malheurs.
Photo courtoisie, Chantal Benhamron
Le chemin est ponctué de ces calvaires, où les passants déposent symboliquement leurs prières, leurs espoirs, leurs malheurs.

Ainsi défilent les étapes, les villages médiévaux, les monastères, les églises, les fontaines, les calvaires, les paysages enchanteurs. Et puis enfin, Saint-Jacques-de-Compostelle, le clou de l’aventure, le bout du chemin, la quête. Saint-Jacques est une ville chargée d’histoire et de temps, où défilent des monuments imposants. On se demande quelle folie des grandeurs avaient les anciens pour bâtir de telles forteresses. Car c’est véritablement une grandeur. Et elle vous saisit dès que vous foulez les pavés de la vieille ville. Vous découvrez, ébloui, la majestueuse cathédrale baroque, avec ses tours monumentales et son portique surélevé. Sur le parvis, les pèlerins se laissent aller à leur joie, tombent à genoux, dansent et remercient saint Jacques de les avoir conduits au bout de leur rêve. Certains poursuivront la route jusqu’à Fisterra, mais pour la plupart, c’est ici que s’arrête le chemin.

Paysages de carte postale tout le long du chemin portugais.
Photo courtoisie, Chantal Benhamron

Le chemin portugais est d’une beauté prodigieuse. Certes, il ne faut pas craindre la solitude : j’ai marché des journées entières sans rencontrer âme qui vive. Mais j’ai traversé des paysages hors du temps, des forêts d’eucalyptus, des pinèdes, des parterres de thym, de romarin, de lys en fleurs, de roses trémières, des vignes, des vergers, c’était absolument magnifique.

Le chemin portugais, je l’ai vécu comme une offrande : cette immersion dans la nature, coupée du monde et de ses vicissitudes, m’a donné un sentiment de liberté et de dépassement qui ressemble peut-être au bonheur.

En Espagne, un Galicien m’a demandé si c’était mon premier chemin, et devant ma réponse affirmative, il a déclaré : « El Camino te agancha ! » (le Chemin te prend).

J’y retournerai, donc.