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Travailler et faire le tour du monde

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Grâce à son métier, le ténor à la réputation internationale Marc Hervieux a posé ses valises un peu partout sur la planète. Le décalage horaire n’a plus aucun secret pour lui. Il a même déjà fait un voyage de 48 heures pour remplacer au pied levé un artiste pour un spectacle avec l’Orchestre ­symphonique de Taipei, à Taiwan. Ses trois filles, de 12, 14 et 18 ans ont même suivi papa dans plusieurs de ses périples. « C’est un beau cadeau que j’ai pu leur faire. Elles ont découvert toutes les plus grandes villes du monde. Comme moi, elles sont curieuses, ouvertes aux autres cultures et elles aiment être dépaysées », dit celui qui songe maintenant à découvrir l’Islande et les pays scandinaves.

À QUAND REMONTE VOTRE PREMIER GRAND VOYAGE ?

À 15 ans, je suis allé à Puerto Vallarta dans le cadre d’un voyage organisé par un centre de loisirs de l’est de Montréal. J’ai pu faire ce voyage, car j’avais économisé un peu d’argent. L’été, mon père louait un petit chalet à Lanoraie, où je travaillais à ramasser des fraises, des patates et du tabac. Ce voyage au Mexique m’a ouvert sur le monde. Je sortais d’­Hochelaga-Maisonneuve pour la première fois ! J’étais fasciné par la découverte d’une autre culture. J’étais prêt à tout voir et dormir le moins possible. Et comme j’étais déjà bien « baraqué », je n’avais peur de rien ! Par la suite, à l’âge de 16-17-18 ans, j’ai fait des voyages en Europe. D’abord avec une troupe de théâtre amateur, puis dans le cadre de programmes d’échanges internationaux.


VOTRE TRAVAIL VOUS A ENSUITE AMENÉ À VOYAGER À TRAVERS LE MONDE ?

Même en Israël, où j’ai chanté en 2004 La Traviata avec l’Orchestre philharmonique d’Israël à Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa. Je suis un ­Québécois issu d’un milieu ouvrier, élevé dans la religion catholique. Dans la vieille ville de Jérusalem, j’ai beaucoup pensé à mon père décédé. ­J’aurais aimé arpenter avec lui la « Via ­Dolorosa », le chemin qu’aurait ­parcouru Jésus chargé de sa croix. Bien que curieux, mon père n’a pas eu la chance de voyager, se souciant plutôt du ­bien-être de sa famille avec ses cinq bouches à nourrir.


VOUS AVEZ FAIT D’AUTRES SÉJOURS MARQUANTS ?

Pour le travail, je suis allé à Saint-Pétersbourg, en Russie. Une ­expérience extraordinaire, mais en même temps, l’une des plus ­difficiles que j’ai eue à vivre ! C’était dans un contexte très particulier. Le rideau de fer venait à peine de ­tomber, et nous avons reçu un accueil très froid des artistes russes de la production. Ces derniers n’étaient pas ­habitués à partager la scène avec des ­étrangers. Même si nous étions canadiens, ils nous ­prenaient pour de gros méchants Américains. Plusieurs d’entre eux ont été très durs avec nous, car ils avaient l’impression que nous voulions voler leur job. Mais le petit cul d’Hochelaga se pinçait ! Quel bonheur de jouer sur la scène du Théâtre Mariinsky, l’ancien théâtre ­Kirov, là où les plus belles voix du monde et les plus grands danseurs de ballet se sont produits !


QUELLE EST, POUR VOUS, L’UNE DES PLUS BELLES SCÈNES D’OPÉRA DANS LE MONDE ?

Celle du théâtre de Bastia, en Corse ! Quel souvenir je garde quand, en 2001, j’ai chanté à la réouverture du théâtre qui avait été bombardé lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il avait été rénové tranquillement, et comme il y avait des histoires de corruption l’entourant, il était resté fermé malgré ses rénovations. J’avais été invité à y chanter avec une soprano française.


ET VOUS AVEZ VÉCU TOUTE UNE EXPÉRIENCE AVANT LE CONCERT, SEMBLE-T-IL ?

Avant le spectacle, j’ai participé à une émission de radio. À ma sortie de la ­station, des dizaines de Corses ­m’attendaient dans la rue pour discuter avec moi. Il faut savoir que les Corses ont une grande ­tradition ­vocale, et beaucoup de grands ténors corses ont eu de belles carrières à ­l’opéra. D’autre part, à la fin du concert, nous avons eu droit à toute une ovation et à de multiples rappels. Je n’avais jamais vu un public aussi démonstratif de ma vie. Les gens lançaient tellement de fleurs que l’on ne savait plus quoi faire avec !


VOUS AVEZ VISITÉ UNE TRENTAINE DE PAYS DANS LE MONDE, DANS QUEL AUTRE PAYS POURRIEZ-VOUS RÉSIDER ?

À Séoul, en Corée du Sud. J’y ai habité longtemps, car je tenais un rôle dans la version « concert » de Notre-Dame-de ­Paris et de Starmania. J’ai beaucoup aimé les habitants, la gastronomie et leur façon de vivre. Par contre, si j’avais à prendre ma retraite, je choisirais la Martinique. Surtout pour la gentillesse des gens et bien sûr pour la beauté de l’île, magnifique d’un bout à l’autre. J’ai aussi beaucoup aimé Porto, la plus belle ville du Portugal.


EN ASIE, AVEZ-VOUS DÉJÀ GOÛTÉ À DES METS PARTICULIERS ?

En Malaisie, dans un marché de nuit, je me souviens avoir goûté à du serpent. J’ai ­aussi pu constater qu’on y mangeait du chien, du chat et même des marmottes. À Taipei, j’ai vécu toute une expérience. Alors que j’explorais les environs, par ­hasard après avoir franchi de grandes portes, j’ai soudainement eu ­l’impression de me retrouver sur une autre ­planète. Il y avait de grands couloirs et des ­personnes assises par terre cuisinaient et plumaient des canards. L’odeur était vraiment ­désagréable. Puis, j’ai vu un ­arrivage de chats vivants. On les a mis dans un sac pour ensuite les plonger dans de l’eau bouillante. Je suis resté sidéré ! Mais ça n’est pas à moi de les juger, il y a des ­centaines d’années de traditions derrière ce geste, et on ne peut rien y changer.


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