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«Ça m’a pris 30 minutes pour accepter que j’allais mourir»

Âgé de 20 ans, Maxime Blanchard souffre d’une forme très rare de cancer incurable

Maxime Blanchard
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin

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Une demi-heure. Voilà le temps que Maxime Blanchard, 20 ans, a mis pour encaisser le choc quand le médecin lui a dit qu’il ne pouvait plus rien faire contre son cancer de stade 4. «Ça m’a pris 30 minutes pour accepter que j’allais mourir bientôt», raconte le jeune homme, qui ignore combien de temps il lui reste à vivre.  

Maxime Blanchard a appris à 16 ans qu’il était atteint de phéochromocytome, une tumeur qui affecte sa glande surrénale. Les médecins lui ont vite fait comprendre qu’une guérison était improbable.   

«Je veux raconter mon histoire pour que les gens comprennent qu’il faut profiter de la vie malgré la maladie», déclare le natif de ­Longueuil avec sérénité et candeur.   

Premiers signes  

Quand il était jeune, Maxime Blanchard jouait souvent au ­hockey et rêvait de porter le chandail des Canadiens de Montréal, comme son idole, le gardien de but Cristobal Huet.   

Il aimait tellement cette équipe qu’il avait plusieurs tee-shirts aux couleurs du Bleu-blanc-rouge.   

«Je pense avoir porté des ­chandails des Canadiens pendant trois années d’affilée», avoue-t-il.   

Contrairement à son héros ­d’enfance, c’est à l’attaque que Maxime évoluait.   

Mais déjà, à cette époque, il ­s’épuisait rapidement lorsqu’il était sur ses patins, et avant de ­s’endormir, le soir, son rythme cardiaque était parfois très ­élevé. Comme tout bon enfant de 12 ans, Maxime ne pouvait pas ­imaginer que quelque chose de grave ­grondait en lui. Après tout, les médecins l’avaient rassuré à quelques reprises en lui disant que cette situation était normale et que son accélération ­cardiaque était possiblement causée par les ­médicaments qu’il prenait pour améliorer sa concentration en classe.   

Sa vie a pris une tournure ­dramatique à l’été 2015, après sa 4e secondaire. Dormant chez un ami, il a été pris de sueurs froides et de vomissements répétés.   

Le lendemain, seul chez lui, son état s’est aggravé.   

«J’avais mal partout et j’étais en sueurs. Je n’avais jamais eu mal comme ça!»   

Voulant agripper le combiné du téléphone le plus proche pour demander de l’aide, il s’est ­effondré par terre. «Mes jambes m’ont ­carrément lâché et j’ai dû ramper pour l’atteindre.»   

L’adolescent a appelé son père, et c’est ce dernier qui l’a emmené à l’hôpital.   

Entourés de 11 docteurs  

Maxime Blanchard a d’abord été transporté à l’hôpital Pierre-­Boucher de Longueuil.   

Après quelques heures en ­observation, les médecins ont constaté qu’il fallait le transférer à l’hôpital Sainte-Justine afin qu’il reçoive des soins plus particuliers.   

Une fois sur place, l’adolescent a rapidement été encerclé d’une horde de médecins. «Ils étaient 11 autour de lui, dont cinq cardiologues», se rappelle sa mère, Nathalie Muller.   

Son fils a passé les 33 jours ­suivants à multiplier les aller-­retour entre sa chambre d’hôpital et les soins intensifs, puisque son état était instable.   

Souvenirs flous  

Maxime Blanchard ne se souvient pas très bien de l’annonce de son cancer.   

«J’étais dans les vapes à cause de mon état de santé et des ­médicaments que je prenais», soutient-il.   

«Le médecin m’expliquait ce que j’avais et je me suis endormi dans sa face», ajoute-t-il, sourire en coin.   

Si Maxime garde de vagues ­souvenirs de cette journée, sa mère, elle, s’en souvient encore très bien.   

«Le docteur s’est assis devant nous, et ce n’est jamais très bon signe quand des médecins prennent le temps de faire ça», souligne-t-elle.   

Son enfant s’est finalement fait opérer en août 2015 pour se faire enlever la glande surrénale. Il a pu avoir quelques années de répit avant de reprendre le ­combat le plus important de toute son existence.   

La maladie revient  

Trois ans plus tard, le cancer est revenu en force et encore plus agressif. Ses examens, à ­l’automne 2018, ont démontré que plusieurs tumeurs envahissaient son corps et qu’il devait rapidement subir une opération.   

«C’est à ce moment que j’ai ­réellement réalisé que j’avais une date d’expiration», avoue Maxime, qui n’avait que 19 ans lorsqu’il a appris cette nouvelle.   

Dans le bureau du médecin, avec ses parents et sa copine de l’époque, il leur a demandé de quitter la salle pour qu’il puisse poser les «vraies» questions au docteur, seul à seul.   

«Je lui ai demandé combien de temps il me restait à vivre, mais il ne pouvait pas me répondre», confie Maxime.   

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le jeune adulte est ­resté calme et serein durant cette terrible annonce.   

«Je suis sorti du bureau du ­médecin et je suis allé faire une marche. Je me suis dit que je devais me ressaisir et que je devais être fort pour mes proches. Ça m’a pris 30 minutes pour accepter que ­j’allais mourir bientôt.»   

À son retour dans le bureau du médecin, il avait déjà ­accepté son sort et il racontait même des ­blagues pour détendre l’atmosphère.   

En octobre, les spécialistes n’ont pu lui retirer que 12 des 14 tumeurs qui avaient envahi son corps.   

Les deux dernières opérations pourraient lui être fatales, lui a-t-on expliqué.   

Profiter de chaque ­moment  

Malgré la mort qui peut ­frapper à tout moment, Maxime Blanchard, qui vient de souffler ses 20 bougies, ne compte pas s’apitoyer sur son sort.   

«Je n’ai pas de temps à perdre pour être en colère ou en tabarnak, observe-t-il. Je n’ai pas d’énergie pour ça.»   

Il continue de voir ses amis comme avant, tout comme il continue de faire la fête à l’occasion, comme n’importe quel jeune adulte.   

Toutefois, il doit composer avec certaines limites. Chutes de pression, pincements douloureux au cœur et difficultés à monter les escaliers, sans oublier les nombreuses visites à l’hôpital, puisqu’il vient de commencer des traitements.   

Maxime Blanchard n’a pas hésité une seconde à répondre par l’affirmative quand Le Journal lui a demandé s’il était heureux malgré la fatalité.   

«J’accepte la mort et elle ne me fait pas peur», soutient-il.   

«La vie, ce n’est pas une course pour tenter de se rendre le plus loin, mais faire en sorte que notre parcours soit le plus inoubliable possible», conclut-il avec sagesse.

►Un GoFundMe a été lancé pour aider Maxime Blanchard. Dimanche, le montant s’élevait à un peu plus de 3200 $.