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Pas de plan précis pour refaire l’A-30 même si la reconstruction est inévitable

Le ministère reconnaît qu’il s’agit d’une option presque inévitable à long terme, mais n’a pas de plan précis.

Les routes QC
Photo PIerre-Paul Poulin L’autoroute 30, direction est, à la hauteur de Verchères, ressemble à un véritable champ de mines. Québec reconnaît qu’il faudrait une intervention en profondeur.

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Les vieux tronçons de l’autoroute 30, entre Brossard et Sorel-Tracy, devraient être reconstruits à zéro, reconnaît un expert du ministère des Transports. Québec n’a pourtant aucun plan pour enclencher de tels travaux sur l’autoroute de l’Acier, mal conçue dès le départ.

«Reconcevoir une route là-dedans, ça serait une approche, à long terme, presque inévitable, dit Guy Bergeron, ingénieur spécialiste des chaussées au ministère des Transports du Québec (MTQ), en entrevue avec Le Journal. À court terme, on peut rester avec des petites interventions qui ne dérangent pas trop le monde, qui ne coûtent pas trop cher, mais qui ne durent pas trop longtemps.»

Construite surtout dans les années 1970 et au début des années 1980, l’A-30 fait partie des «vieilles autoroutes qui ont mal performé», reconnaît-il.

Les automobilistes qui l’empruntent près de Boucherville, de Saint-Bruno-de-Montarville et de l’arrondissement de Saint-Hubert à Longueuil en savent quelque chose.

L’an dernier, elle a même obtenu le triste honneur d’être la seule autoroute dans le palmarès des pires routes au Québec, selon l’Association canadienne des automobilistes.

Mauvaise base

Mais qu’est-ce qui a cloché? «On a une chaussée dont le revêtement a fissuré rapidement, dit M. Bergeron. Cette route-là n’est pas adaptée au trafic qu’elle connaît. Donc, ç’a vieilli plus vite et on se retrouve avec des recouvrements qui ne peuvent pas performer très bien.»

Résultat: le MTQ a beau faire recouvrir l’autoroute de l’Acier de nouvelles couches d’asphalte, les fissures remontent à la surface et l’eau s’infiltre. Le gel et le dégel au printemps bouclent le cercle vicieux.

À plusieurs endroits, l’A-30 est construite en tranchée dans l’argile, dit l’ingénieur.

Dans les années 1960 et 1970, les ingénieurs n’analysaient pas correctement le comportement de ces sols meubles. Plusieurs tronçons reposent sur de mauvaises sous-fondations perméables, qui ne protègent pas la chaussée de l’eau.

«À l’époque, ils disaient: “On va mettre cinq pieds de sable là-dessus.” Aujourd’hui, c’est plus raffiné. On va se demander: “De quel genre d’argile s’agit-il? Est-ce qu’elle est rigide?”» illustre-t-il.

Mais le mal est fait. Cinquante ans après la construction des premiers tronçons de l’A-30, le ministère doit se débrouiller pour rapiécer du mieux qu’il peut cette autoroute majeure, sur laquelle circulent de nombreux camions entre les industries lourdes de Montréal et de Sorel-Tracy.

«Chaque fois qu’il y a une intervention là-dessus, on ne peut pas rehausser parce qu’il y a des viaducs un peu partout», déplore M. Bergeron.

Un casse-tête

Une reconstruction complète serait un véritable casse-tête, non seulement pour le trésor public, mais aussi pour la circulation, assure l’ingénieur. «Où va passer le monde durant les travaux?»

Pour l’instant, Québec penche surtout pour de simples opérations de réasphaltage. Le MTQ n’a reconstruit qu’un tronçon de 10 km entre Sorel-Tracy et Contrecœur, à partir de 2015, pour 23 M$.

Entre les autoroutes 20 et 10, le MTQ pourrait décider de reconstruire complètement l’A-30 en béton lors de son élargissement, promis par le premier ministre François Legault. Mais pas forcément...

«On pourrait peut-être construire les nouvelles voies dans le terre-plein central», dit Guillaume Paradis, porte-parole du MTQ. Le cas échéant, Québec se contentera probablement de planer la chaussée et poser une nouvelle couche d’asphalte sur les vieilles voies.

Travaux prévus

«Il faut calculer le meilleur rendement coût/bénéfice: est-ce que c’est la construction d’une nouvelle voie, ou une reconstruction majeure?» dit-il.

Le gouvernement prévoit tout de même entreprendre la réfection de la chaussée sur un tronçon de 5,5 km à Varennes, entre la route 229 et le chemin de la Butte.

Le Ministère fera planer la route avant de la faire renforcer avec au moins 6 cm d’asphalte pour corriger «le manque de capacité structurale» de l’A-30.

Le MTQ a aussi fait rapiécer un immense nid-de-poule qui a causé la mort d’un automobiliste au kilomètre 111 de l’A-30, en mars, mentionne également M. Paradis.

«Plus tard cette année, le ministère réalisera une intervention plus importante, en planant la chaussée et en posant une nouvelle couche d’asphalte.»

Le tronçon pourri de l’A-30

La portion de l’autoroute en rouge, entre Brossard et Sorel-Tracy, est la plus problématique, reconnaît le ministère des Transports.