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Emmanuel Macron, un exemple pour Ottawa

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Croyez-vous que notre prochain premier ministre du Canada passera trois quarts d’heure avec le futur directeur de l’Opéra de Toronto pour s’assurer qu’il est l’homme (ou qu’elle est la femme) de la situation ?

Notre premier ministre ne devrait pas se ficher de celui ou celle qui remplacera Alexander Neef comme directeur de l’Opéra de Toronto, la plus importante institution lyrique du Canada. Monsieur Neef, qui était à sa tête depuis 2008, vient d’être nommé à l’Opéra de Paris, la plus vieille compagnie d’opéra au monde.

Le président Emmanuel Macron est un homme de culture. Dès ses études au lycée, il a fait du théâtre son violon d’Ingres. Il a même écrit une pièce avec son professeur de l’époque, Brigitte Trogneux, devenue sa femme par la suite. Aujourd’hui, la lecture des meilleurs écrivains occupe tous ses temps libres.

LE PROCHAIN CHEF DE L’OSM

À la grande surprise d’Alexander Neef, Emmanuel Macron a demandé de le rencontrer avant sa nomination. Neef, qui ne s’attendait à rien de plus qu’une poignée de main et quelques mots de bienvenue, fut le plus surpris du monde lorsque le président lui consacra trois quarts d’heure d’entretien.

Il voulait s’assurer que Neef, qui est né à Stuttgart et parle allemand, anglais et français, avait l’étoffe nécessaire pour diriger l’Opéra de Paris. Le président s’inquiétait aussi de l’orientation que le nouveau directeur voulait donner à l’institution.

Macron a appris avec satisfaction que Neef entendait privilégier le répertoire français afin de renforcer l’identité culturelle du pays, en danger comme l’identité de la plupart des pays d’Occident. Justin Trudeau voudra-t-il rencontrer le chef d’orchestre qui remplacera Kent Nagano ? Ne fut-ce que pour s’assurer qu’il pourra perpétuer l’héritage français et québécois de l’OSM et renforcer notre identité.

À l’époque où il était premier ministre, Stephen Harper n’avait cure ni de théâtre ni d’opéra. Sa culture se limitait à pianoter des airs populaires en public et à chanter Sweet Caroline ou quelques chansons des Beatles. Son prédécesseur, Brian Mulroney, pousse encore de sa belle voix When Irish Eyes are Smiling dans les réceptions mondaines auxquelles il assiste, mais je ne crois pas qu’il ait un appétit féroce pour les arts.

Pierre-Elliott Trudeau aimait le cinéma et le théâtre, mais il aimait surtout la compagnie des actrices. Barbra Streisand, Denise Filiatrault et Louise Marleau l’ont accompagné souvent aux spectacles.

L’OPINION POLITIQUE D’ABORD

À ma connaissance, aucun premier ministre canadien n’a porté une attention particulière à la nomination du PDG de Radio-Canada, de Téléfilm, ou de l’ONF, des directeurs du Centre national des Arts, du Conseil des Arts, des musées nationaux et de nos autres organismes culturels. Quand un premier ministre l’a fait, ce n’était pas, en général, pour vérifier si la personne nommée allait contribuer à renforcer notre identité culturelle, mais plutôt pour s’assurer qu’elle « votait du bon bord » !

La culture, hélas ! n’est pas souvent « la tasse de thé » de nos premiers ministres. Ils s’en remettent là-dessus à leur ministre du Patrimoine. Souvent, les personnes responsables de ce ministère ont peu d’intérêt pour la culture. La nomination de Shelly Glover ou de Bev Oda, par exemple, en disait long sur l’indifférence de Stephen Harper à l’égard de la culture.