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L’argent risqué de Trudeau

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Photo AFP

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Le financement des partis politiques a constamment défrayé la chronique, au Québec, dans nos années Marteau-UPAC-Charbonneau, de 2009 à 2015.

Une des méthodes les plus décriées était celle adoptée par certains partis politiques, au premier chef le PLQ de Jean Charest : imposer un objectif strict de financement à ses élus, notamment les membres du Conseil des ministres.

« Ministres à 100 000 $ »

Norm MacMillan, délégué aux Transports, avait candidement révélé la méthode en 2009 : « Depuis que je suis ministre, c’est 100 000 $ par année [que je dois amasser]. C’est moi qui [m]'occupe de ça. »

Après avoir étudié les tenants et aboutissants de cette pratique, la Commission Charbonneau la jugeait risquée et même à proscrire. Pourquoi ? Elle rendait « des élus vulnérables, de différentes façons, aux influences extérieures en matière de financement politique lié à l’octroi de contrats publics ». En plus, le PLQ se servait des ministres « à contrats et à subventions » pour attirer ingénieurs et entrepreneurs dans les activités de financement.

En 2016 d’ailleurs, Marguerite Blais, qui fut ministre sous Charest – et qui l’est maintenant sous Legault –, avait qualifié l’objectif d’« excessif », surtout pour une élue d’une circonscription désargentée ; et pour une ministre qui donnait surtout des subventions à des organismes à but non lucratif...

Pratique reprise

Pourquoi revenir sur ce sujet aujourd’hui ? Parce qu’au fédéral, palier qui sera en élection le 21 octobre, la pratique douteuse du financement par objectif contraignant a été reprise par le Parti libéral de Justin Trudeau !

En effet, notre Bureau d’enquête nous apprenait samedi que c’est au moins 51 000 $ que chaque député libéral fédéral sortant doit recueillir. C’est même une condition pour conserver sa circonscription !

Or, ce qui était risqué au palier québécois ne l’est pas moins au fédéral. L’élu y est peut-être moins un aimant à ingénieurs et entrepreneurs en construction, mais Dieu sait qu’il est convoité par des lobbys divers.

Règles relâchées

De plus, au palier fédéral, les règles sont plus relâchées qu’à Québec. Le financement des partis par l’État, qui donne une certaine indépendance aux formations politiques face aux influences externes, avait été instauré à Ottawa après la Commission Gomery sur les commandites.

Mais il a été progressivement éliminé de 2012 à 2015 par Stephen Harper. Aujourd’hui, les partis doivent uniquement se financer avec des dons. En 2012, plusieurs observateurs craignaient un retour au bon vieux financement occulte.​

Et en effet, qu’a-t-on vu depuis l’élection des libéraux fédéraux ? À plusieurs reprises, l’argent du financement politique a permis à divers lobbyistes d’avoir un accès direct aux ministres.

Justin Trudeau lui-même, en mai 2016, lors d’un souper dans une maison privée à Toronto, avait rencontré de riches hommes d’affaires d’origine chinoise. Dont le fondateur d’une banque, Wealth One, en quête d’une approbation du gouvernement canadien... et qui l’obtint en juillet de cette année-là.

Les « voies ensoleillées » ont parfois d’inquiétants reflets d’argent.