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Afghanistan: un bus saute sur une bombe, au moins 34 morts

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Hérat | Au moins 34 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, sont mortes mercredi dans l’ouest de l’Afghanistan lorsque leur autobus a sauté sur une bombe posée selon les autorités par les talibans, au lendemain d’un rapport de l’ONU qualifiant d’«inacceptables» les pertes civiles dans le conflit.  

«Il faisait noir et le bus a sauté sur une mine. Il y avait beaucoup de morts et de blessés», a témoigné auprès de l’AFP un passager hospitalisé, Ali Juma, 40 ans.  

L’autobus empruntait la route reliant Kandahar (sud) à Herat (ouest) lorsqu’il sauté vers 06H00 du matin sur une bombe «placée en bord de route par les talibans» dans la province de Farah (ouest), a indiqué le porte-parole provincial de la police, Muhibullah Muhib.  

Selon lui, l’engin était destiné à frapper les forces de sécurité.  

Des mines artisanales identiques ont déjà visé à plusieurs reprises des convois militaires. Mais elles frappent également sans discernement des civils innocents.  

La semaine dernière, une voiture qui transportait une famille se rendant à un mariage a sauté sur une de ces mines dans le Nangarhar (est), faisant neuf morts, six femmes et trois enfants.  

Le chef des urgences hospitalières d’Herat, Ebrahim Mohammadi, a indiqué que 34 passagers du bus avaient été tués et 17 blessés, mais a averti que ce bilan pourrait évoluer. «Des blessés sont en cours de transfert vers les hôpitaux» de la région, a-t-il dit.  

Le porte-parole de la présidence afghane, Sediq Sediqqi, a confirmé le bilan, attribuant aussi l’attentat aux talibans.  

Nasrat Rahimi, porte-parole du ministère de l’Intérieur, a qualifié l’explosion d’«acte barbare des terroristes».  

Sans en endosser la responsabilité, les insurgés ont indiqué dans un message avoir «envoyé une délégation» afin de «comprendre et déterminer qui est responsable de ce triste incident».  

«Sans discernement»  

Mardi, l’ONU a publié un rapport déplorant que les civils afghans continuent de mourir et d’être blessés à un rythme « inacceptable » en dépit des discussions visant à mettre fin à des décennies de guerre.  

Malgré une baisse de 27% du nombre de victimes au premier semestre 2019 par rapport aux six premiers mois de 2018, 1.366 civils ont été tués et 2.446 blessés, a indiqué la Mission de l’ONU en Afghanistan (Manua).  

Un tiers de ces victimes sont des enfants (327 morts et 880 blessés).  

«L’attaque d’aujourd’hui est un autre exemple tragique des effets des bombes artisanales. Elles tuent sans discernement et détruisent tout sur leur passage, ruinant des vies pour les années à venir», a indiqué l’ONG britannique Save the Children dans un communiqué.  

Davantage de civils ont été tués par les forces pro-gouvernementales que par les groupes insurgés (717 morts contre 531) au premier semestre 2019, en grande partie du fait des frappes aériennes afghanes et américaines, selon la Manua.  

Les forces américaines en Afghanistan ont contesté mardi «les méthodes et les conclusions de la Manua», s’appuyant sur des sources «pas toujours crédibles». Nasrat Rahimi a également estimé que les chiffres de l’ONU étaient «sans fondement».  

Les talibans ont de leur côté rejeté les conclusions du rapport, comme ils le font à chaque parution.  

Accord en vue ?  

Les États-Unis ont engagé depuis l’année dernière un dialogue direct inédit avec les talibans dans l’espoir de trouver un accord de paix.  

Washington semble déterminé à accélérer ces pourparlers, à l’approche de l’élection présidentielle afghane prévue fin septembre et de la course à la Maison-Blanche en 2020.  

Le négociateur américain Zalmay Khalilzad a quitté Kaboul mercredi pour se rendre à Doha, au Qatar, pour de nouvelles discussions avec les insurgés.  

«Si les talibans remplissent leur part, nous remplirons la nôtre et nous conclurons l’accord sur lequel nous travaillons», a-t-il tweeté, soulignant qu’il ferait d’abord une étape à Islamabad, au Pakistan.  

Les deux parties doivent s’entendre sur un accord portant notamment sur un retrait des troupes américaines en échange de la promesse des talibans que l’Afghanistan ne soit pas un refuge pour terroristes. Un dialogue «inter-afghan» entre talibans et une délégation gouvernementale doit aussi s’ouvrir à Oslo, en Norvège.