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Le Québec s’en va en guerre contre le plastique

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La guerre contre le plastique semble bel et bien déclarée au Québec, alors que de plus en plus de commerces, d’organismes et de citoyens multiplient les initiatives pour réduire ces déchets polluants.

Ce matin, l’une des plus grandes chaînes d’épiceries au Québec, IGA, annonce qu’elle bannit les sacs en plastique des caisses de ses magasins sur l’île de Montréal.

L’UQAM a confirmé hier qu’elle se joindra aux autres universités montréalaises cet automne en cessant de vendre des bouteilles d’eau dans ses cafétérias.

Hier aussi, la chaîne d’hôtels qui possède les Holiday Inn – 843 000 chambres à travers le monde, dont des centaines au Québec – a annoncé qu’elle se donnait deux ans pour mettre fin aux bouteilles miniatures de shampoing et de soins personnels en plastique.

  • ÉCOUTEZ le journaliste Hugo Duchaine à l'émission Avocats à la barre de QUB radio:

La chaîne PFK vient d’annoncer qu’elle se joint au mouvement en cours dans la restauration rapide et que, comme plusieurs concurrentes, elle ne distribuera ni pailles ni sacs de plastique dans ses restaurants du Canada d’ici octobre prochain.

Des festivals, comme celui de la Chanson de Tadoussac, viennent d’interdire la vente de bouteilles d’eau alors qu’à Montréal, celui d’Osheaga fournit un camion-citerne pour remplir des contenants.

Des ravages

De telles initiatives semblent se multiplier et s’intensifier un peu partout au Québec. Le plastique à usage unique fait des ravages sur le plan de l’environnement et en particulier des océans.

Le Journal démontrait d’ailleurs ce printemps que même les plages des îles de la Madeleine en étaient victimes.

« On en parle, on est en train de vouloir s’attaquer à un méga problème qui nous explose en plein visage », affirme le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, qui voit grandir depuis un an l’engouement pour réduire la pollution par le plastique.

Images-chocs

Selon lui, les tristes images de plus en plus fréquentes de tortues empêtrées dans des sacs en plastique ou de plages d’ici et d’ailleurs souillées de déchets, par exemple, ont servi « d’électrochocs » pour sensibiliser les consommateurs québécois.

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Karel Ménard à QUB radio:

Puis dernièrement, des pays asiatiques ont aussi renvoyé au pays des conteneurs pleins à craquer de déchets canadiens.

Mais malgré cette bataille entamée contre les déchets de plastique, la tâche est loin d’être terminée, souligne Catherine Gauthier d’Environnement Jeunesse.

« On n’a pas déployé l’arsenal de guerre, dit-elle. Il n’y a pas de mesures fortes ou féroces des gouvernements pour bannir complètement certains items et proposer des mesures alternatives. »

« Le plastique est partout, partout, partout. Il est omniprésent dans nos vies quotidiennes », rappelle M. Ménard, soulignant que même si le sac en plastique est banni, il faudra éviter de le remplir de produits suremballés.

« Bannir la paille en plastique, c’est important et nécessaire, mais pas suffisant », poursuit-il.

Des initiatives en place et d’autres à venir

Fini les bouteilles de plastique à l’UQAM

Photo d’archives

Les cafétérias gérées par l’Université du Québec à Montréal (UQAM) cesseront de vendre des bouteilles d’eau en plastique à usage unique dès la rentrée 2019.

Celles-ci seront toutefois toujours en vente dans les machines distributrices au moins pour deux ans, pour honorer un contrat de distribution dont les termes seront réévalués à l’échéance.

Les quatre universités montréalaises seront ainsi au diapason, puisque Concordia a mis en place une telle politique en 2012, suivie par l’Université de Montréal, en 2013, et par McGill, en 2019.

Les étudiants peuvent emporter des bouteilles réutilisables et les remplir à l’aide des fontaines d’eau potable qui se trouvent sur les campus.


Le réseau de la santé tente de collaborer

Devant composer avec une grande quantité de plastique, qui constituerait jusqu’à 15 % à 20 % de leurs déchets totaux, selon une étude, les hôpitaux québécois travaillent fort pour réduire leur empreinte environnementale.

Synergie Santé Environnement, qui accompagne les établissements dans leur route vers le développement durable, estime que ce n’est pas tant à la source que dans le recyclage que les hôpitaux peuvent collaborer.

Le directeur général Jérôme Ribesse et son équipe travaillent à trouver des entreprises qui souhaiteraient récupérer les quantités importantes de plastiques hospitaliers.

Selon leurs estimations, un hôpital moyen de 350 lits peut produire jusqu’à 50 tonnes de déchets plastiques par année.

« Nous avons actuellement deux entreprises qui recyclent beaucoup de choses. Et nous avons récemment fait une grosse percée en étant capables de recycler les [emballages stériles] de matériel médical », se réjouit M. Ribesse.


La guerre aux pailles bien enclenchée

Symbole fort de la guerre au plastique, les pailles ont la vie dure depuis quelques années et se font de plus en plus rares. 

Plusieurs grandes chaînes de restauration, comme Subway, A&W, et St-Hubert ont annoncé au cours des derniers mois qu’elles se tournaient vers les pailles en matières recyclables ou qu’elles délaissaient tout simplement l’objet.

Selon des données de Greenpeace présentées au Journal l’an dernier, les consommateurs canadiens utiliseraient environ 57 millions de pailles par année. Le chiffre gonfle à 500 millions aux États-Unis.

Non recyclables, ces fameuses pailles de plastique se retrouvent alors aux poubelles et finissent bien souvent le long des cours d’eau.

Quelques chaînes qui ont retiré les pailles en plastique de leur restaurant. 

  • Subway
  • St-Hubert
  • A&W
  • Starbuck
  • Cora

Une réglementation montréalaise au printemps

Photo d’archives

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a déclaré en avril qu’elle souhaitait à terme interdire le plastique et les contenants à usage unique partout dans la ville. La chose se fera de façon graduelle : une première réglementation, actuellement en cours d’élaboration, devrait entrer en vigueur au printemps 2020. La Ville dit procéder à une revue des meilleures pratiques à travers le monde et tiendra des consultations publiques. Des groupes écologiques comme Greenpeace ont salué l’initiative, alors que la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante réclame toujours une étude d’impact économique.

La Ville a déjà banni les sacs légers en janvier 2018, qui ont été remplacés chez les commerçants par des sacs plus épais.


Portneuf-sur-Mer veut changer les habitudes

La petite municipalité de 700 âmes de Portneuf-sur-Mer, sur la Côte-Nord, a entrepris de changer les habitudes en adoptant une résolution qui bannit l’usage du plastique unique dans les locaux de la municipalité et qui incite les commerces à faire de même. « C’est pas facile de changer les habitudes, mais si ça ne fonctionne pas, on va légiférer », avise le maire, Gontran Tremblay, pour qui « c’est le temps de le faire. C’est un petit pas, mais si tout le monde se donne le mot, ça peut donner un grand coup ». D’autres municipalités ont aussi embarqué dans le mouvement. Aux Îles-de-la-Madeleine, on a banni les sacs plastifiés depuis quelques années dans les épiceries. Ailleurs au Québec, Farnham, Warwick, Saint-François-de-Sales et la MRC de Val-Saint-François, ont toutes adopté des mesures pour réduire la consommation de plastique à usage unique.


Promesse de Trudeau

Le premier ministre canadien Justin Trudeau s’est engagé en juin dernier à bannir certains articles de plastique à usage unique (comme les ustensiles, les pailles et les sacs d’emplettes) dès 2021. Il a d’ailleurs qualifié la pollution par le plastique de « fléau mondial ».


Longueuil et les bouteilles d’eau

En mars dernier, la Ville de Longueuil a interdit de manière définitive la vente et l’achat de bouteilles d’eau de plastique à usage unique dans tous ses édifices municipaux. La cinquième plus grande ville du Québec avait notamment pris cette décision en raison de son caractère « riverain », lequel facilite le transport du plastique dans l’océan.


Des petites municipalités aussi

De plus petites municipalités comme Portneuf-sur-Mer, sur la Côte-Nord, bannissent maintenant l’usage du plastique unique dans leurs locaux et incitent des commerces à faire de même. D’autres municipalités comme Farnham, Warwick, Saint-François-de-Sales ont adopté des mesures pour réduire la consommation de plastique à usage unique.


Et que fera Québec ?

Le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, a dit « saluer le leadership de toute entreprise qui souhaite ouvrir la voie à de nouvelles façons de faire ». Il a également confirmé son intention « d’apporter des éléments de réponse dans les prochains mois » au problème de la pollution par le plastique.


L’Université Laval a pris les bouchées doubles

L’Université Laval a agi sur plusieurs fronts au cours des dernières années pour éliminer au maximum le plastique de son campus. 

En plus de retirer complètement les bouteilles d’eau de ses différents édifices en mars dernier, l’établissement d’enseignement s’est aussi attaqué aux autres matières à usage unique. Les contenants individuels de crème à café, les pailles et les ustensiles emballés ont été éliminés, et l’utilisation de vaisselle réutilisable est mise en valeur.

Tous les contenants d’emballage de repas pour emporter ont également été revus. On s’assure maintenant qu’ils sont tous faits de matières qui sont acceptées dans les centres de tri. Plusieurs produits, comme les vinaigrettes et les petits pains, sont maintenant offerts en vrac pour diminuer l’emballage plastique. Aucun sac n’est offert non plus dans les boutiques du campus.

Des réactions

« On ne peut que saluer cette initiative audacieuse. Apporter ses sacs est un changement d’habitude comme le recyclage l’a été il y a 25 ans. Regardez tout le chemin parcouru depuis. Recycler est un geste qui fait partie de notre quotidien aujourd’hui. [...] Favoriser l’achat local comme l’a fait IGA en optant uniquement pour le porc québécois et réduire le suremballage sont aussi des gestes qui méritent d’être salués. » — Marie Montpetit, porte-parole du PLQ en matière d’environnement

« C’est une bonne nouvelle. Je veux d’abord saluer IGA qui prend cette décision. Ç’a été le cas aussi d’autres épiceries, parfois locales. On va dans la bonne direction. [...] IGA donne l’exemple et j’invite tout le monde et toutes les épiceries à suivre cet exemple-là, et pas seulement les épiceries, mais les autres commerces qui utilisent des sacs de plastique. » — Pascal Bérubé, chef parlementaire du Parti québécois

« Je salue le leadership de toute entreprise qui souhaite ouvrir la voie à de nouvelles façons de faire et, effectivement, j’apporterai des éléments de réponses à la problématique particulière liée au plastique dans les prochains mois. » — Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques


Textes de Pierre-Paul Biron, Pascal Dugas Bourdon, Jean-François Cloutier, Camille Dauphinais-Pelletier, Marc-André Gagnon et Elsa Iskander