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Imaginez Guzzo, PDG de Téléfilm!

Imaginez Guzzo, PDG de Téléfilm!
Photo courtoisie

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Dans notre petit milieu du cinéma, monsieur Guzzo est loin d’être un homme populaire. C’est même la tête de Turc favorite.

Mais ce monsieur a-t-il tort de prétendre que notre cinéma est déconnecté ? L’assistance minable pour la plupart de nos films ne le démontre-t-elle pas avec éloquence ? En 2018, les deux tiers des films québécois ont enregistré moins de 5000 entrées chacun. Une misère.

Cinq des sept films en nomination au dernier gala de Québec Cinéma n’avaient fait que 26 559 entrées. Si j’évalue leur budget, disons à 1,5 million $ chacun, chaque spectateur nous aura coûté 275 $, la plus grande partie du budget se composant de subventions et de crédits d’impôt.

Le menteur, à l’affiche depuis quelques semaines, pourrait atteindre les résultats remarquables du film De père en flic, soit près de 800 000 entrées pour des recettes de plus de 6 millions $. Si c’est le cas, notre coût individuel pour Le menteur sera réduit à presque rien. Merci, Louis-José et Antoine. Merci, Émile Gaudreault d’avoir réalisé un film « qu’on veut voir ».

Ferions-nous trop de films ?

La qualité d’un film ne se juge pas aux résultats du box-office, mais il y a presque toujours adéquation entre qualité et box-office. Le cinéma est un art populaire. S’il est normal que plusieurs films fassent chou blanc, il ne l’est pas que ce soit le cas de presque tous.

La question choquera nos cinéastes, mais se pourrait-il que nous produisions trop de films ? L’an dernier, si les statistiques sont exactes, nous aurions produit 41 longs métrages. Si j’exclus les coproductions dans lesquelles elle était minoritaire, la France en a produit 222 en 2017. Toutes proportions gardées, nous produirions 50 % plus de films que la France, le pays occidental qui en produit le plus après les États-Unis.

Les Français, eux, vont voir leurs films. Leur part en salle n’a jamais été plus basse que 35 %. Elle se situe généralement autour de 40 à 45 %. La part des films québécois en salle a baissé jusqu’à 5 % pour se situer en moyenne entre 10 et 15 %.

Trop de films à petit budget

Malgré une situation qui nous fait envie, Paris veut réformer en profondeur le modèle français de financement des longs métrages. Le président Emmanuel Macron ne comprend pas que le CNC (l’équivalent de Téléfilm) investisse chaque année 600 millions de dollars pour financer autant de films qui rencontrent très peu leur public et dont seulement une poignée est rentable.

Le dernier rapport qu’il a commandé à sa députée Marie-Ange Magne s’en prend à la production de trop nombreux films à petit budget. La députée préconise plutôt la production de moins de films avec de meilleurs budgets.

Un autre rapport, du producteur Dominique Boutonnat celui-là, souligne qu’il « faut donner au cinéma français les moyens de produire des œuvres plus ambitieuses avec la capacité et le temps nécessaire pour les développer ».

Ce monsieur voudrait aussi qu’on fasse plus de films « qu’on veut voir » et plus de films exportables. Comme il est pressenti pour diriger le CNC, il est aussi impopulaire dans le cénacle des cinéastes français que Vincent Guzzo l’est au Québec.

Imaginez si Vincent Guzzo était pressenti comme PDG de Téléfilm !