/portemonnaie/entrepreneurship
Navigation

De prodige du BMX à sans-abri pour finalement devenir un entrepreneur à succès

Le parcours d'un gars ambitieux qui a su se réinventer après un malheureux détour du destin.

Sébastien qui pose devant des milliers de $$$ en revenu... ou ses petites oeuvres d'art. C'est selon!
Crédit photo : courtoisie Sébastien Stewart Sébastien qui pose devant des milliers de $$$ en revenu... ou ses petites oeuvres d'art. C'est selon!

Coup d'oeil sur cet article

En 2008, Sébastien Stewart, alias Freak, est paumé après qu’une blessure eut mis fin à sa carrière prometteuse en BMX. À l’aube de la vingtaine, l’athlète déchu squatte les skateparks quand il ne peut trouver un divan où passer la nuit. 

Aujourd’hui, le jeune trentenaire est un designer graphique qui cumule des centaines de collaborations avec des artistes locaux et internationaux, incluant quelques légendes du rap comme Method Man et Gucci Mane.

Si ses illustrations lui permettent maintenant de bien gagner sa vie, le parcours de l’entrepreneur prouve que l’échec est un excellent formateur. 

Bâtir à partir de rien

À 12 ans, Sébastien découvre sa première vocation, sur le bord du chemin.

Sébastien qui pose devant des milliers de $$$ en revenu... ou ses petites oeuvres d'art. C'est selon!
Crédit photo : courtoisie Sébastien Stewart

«Mon premier BMX, je l’ai monté en rapiéçant des vélos abandonnés. J’avais l’esprit entrepreneurial, alors je me suis mis à en fabriquer d’autres pour les vendre.» 

Avec une solide réputation dans les skateparks de la Rive-Nord, le patenteux trouve des commanditaires. Pendant que ses amis font le party, Freak ne vit que pour son sport et complète un DEP avec l’idée de confectionner ses propres pièces. 

«Après ma formation de machiniste, j’ai travaillé en usine pendant trois semaines. Pis un collègue m’a dit: “Ça fait 25 ans que je suis ici et je n’ai jamais eu l’impression de travailler, tellement j’aime ça.” Moi, je m’emmerdais déjà. C’est là que j’ai su que je ne serais jamais heureux avec une job normale.»

Sébastien qui pose devant des milliers de $$$ en revenu... ou ses petites oeuvres d'art. C'est selon!
Crédit photo : courtoisie Sébastien Stewart

À 18 ans, il quitte le Québec avec son vélo et 200$ dans l’espoir de profiter de la popularité du BMX en Alberta. Dès son arrivée, ses prouesses lui permettent de trouver du travail dans un bike shop. Son temps se divise entre la boutique, les compétitions et le design de pièces pour un manufacturier de vélos. 

Alors que les astres s’alignent, Sébastien se démolit l’épaule à l’entraînement. Incapable de tenir un guidon et le moral crevé, le gars de 20 ans rentre au bercail. 

Après quelques mois d’itinérance, il loue une chambre dans un immeuble de Verdun juste avant l'hiver. «Le genre de place où tu côtoies du monde pas fréquentable. Mais c’était mieux que de dormir en dessous d’un half-pipe

Sur le bord de la dépression, le sportif hyper clean se résigne aux petites magouilles pour subvenir à ses besoins. Cherchant une façon de garder l'esprit dans cette réalité glauque, il troque son BMX pour un appareil photo. 

Sébastien qui pose devant des milliers de $$$ en revenu... ou ses petites oeuvres d'art. C'est selon!
Crédit photo : courtoisie Sébastien Stewart

Sans qu'il le sache, sa deuxième vie venait de commencer. 

Repartir à zéro

À temps perdu, il publie ses clichés du quotidien verdunois sur un forum de hip-hop québécois. Impressionnés, les responsables du site lui offrent des contrats de photographe, lui permettant ainsi de développer un réseau dans le rap queb.

Grâce à son sens des affaires et à ses aptitudes avec Photoshop, Freak devient gérant d’artistes et crée des flyers pour des promoteurs. 

«Je me levais à 5h pour aller travailler sur des chantiers de construction. Le soir et le week-end, j’investissais tout dans la musique, même si ça ne rapportait pas grand-chose. Je produisais des mixtapes et une ligne de vêtements. Je faisais le design de pochettes. J’organisais des shows. Pendant deux ou trois ans, je mangeais pour 3$ par jour.»

Grosse journée au bureau
Crédit photo : courtoisie Sébastien Stewart
Grosse journée au bureau

En 2013, il rembourse ses dettes et mise tout sur l’industrie musicale. «Avec le peu que j’avais amassé, j’ai loué un bureau. Même si je pouvais travailler de la maison, je me disais que ça donnerait un côté sérieux. Et psychologiquement, ça me plaçait dans une position où j’avais juste pas le choix de réussir. »

Le pari a payé. «Quand j’ai annoncé sur Facebook que j’avais un bureau, les contrats se sont mis à rentrer. C’est là que j’ai enfin commencé à refuser les contrats qui ne paient pas. Tsé, ceux qui te promettent de la visibilité en échange de ton travail.»

Développer son branding unique

Entrepreneur, mais pas trop vendeur, Sébastien croit qu’il est préférable pour lui de promouvoir sa personnalité plutôt que ses produits. 

2017: Lancement de I Got You Covered, un recueil de ses illustrations.
Crédit photo : courtoisie Sébastien Stewart
2017: Lancement de I Got You Covered, un recueil de ses illustrations.

«Ma mère m’a toujours poussé à faire ce que j’aime sans me soucier de l’argent. Je n’ai donc jamais fait de pub ou sollicité le monde pour obtenir des contrats. Ce que je mets de l’avant, sur les réseaux sociaux ou en personne, c’est ma passion, mon dévouement, mon histoire.»

Quand je lui demande s’il est le meilleur designer en ville, le gars, dont la confiance peut parfois passer pour de l’arrogance, se fait soudainement modeste. 

«Je connais des designers qui sont plus talentueux que moi. Mais quand je travaille et crée une illustration pour toi, tu sais que je ne le fais pas pour l’argent. Je choisis mes clients et je donne mon 100% sur chaque produit.»

En 2017, il a gagné le prix du designer graphique de l'année au gala Canadian Urban TV.
Crédit photo : courtoisie Sébastien Stewart
En 2017, il a gagné le prix du designer graphique de l'année au gala Canadian Urban TV.

Mais pense-t-il passer le restant de sa vie à designer des covers pour des rappeurs?

«Mes affaires vont très bien. Je travaille tous les jours. Je suis heureux. Je viens de recevoir une commande d’un gros rappeur américain. Mais je développe d’autres projets. Parce que je ne peux pas rester là à faire les mêmes choses éternellement. Faut que ça bouge.» 

Suivez-nous sur
les réseaux sociaux