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Porto Rico – Québec, même combat

Porto Rico drapeau
Photo AFP

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Il y a quelque chose d’héroïque dans la survivance de Porto Rico. Voilà une nation latine, située au cœur des Caraïbes, qui résiste depuis plus de cent ans aux attaques de la bête américaine. Après avoir perdu Cuba, les États-Unis ont tout fait pour transformer cette île hispanique en un nouveau Old Orchard, au mépris de la culture portoricaine, de sa langue, de ses traditions, de sa gastronomie, bref de son idiosyncrasie. Il faut être drôlement fier et posséder de bons ancrages culturels pour pouvoir aujourd’hui encore chanter et s’exprimer en espagnol sur cette île enchanteresse.  

Le Québec affiche fièrement, lui aussi, sa différence. Sa culture, sa langue, son histoire en font un territoire totalement différent dans cette mer anglophone qui l’entoure. Depuis plus de 250 ans, les Anglais ont tout fait pour nous assimiler et nous briser comme peuple. Mais nous avons su résister pendant toutes ces années à ces attaques et ces pressions de toutes sortes, et nous voilà aujourd’hui, fiers de notre culture et de notre langue et luttant toujours pour notre reconnaissance comme peuple et nation à part entière. 

Dans l’organigramme étasunien, Porto Rico jouit d’un statut particulier, celui d’ « État libre associé ». Cela permet aux Portoricains d’entrer et sortir à volonté aux États-Unis, ce territoire où tant de latino-américains, d’Amérique centrale et des Caraïbes surtout, rêvent de s’établir pour jouir de l’American dream tant vanté par la puissante machine de propagande américaine. Mais ils n’ont pas droit de vote aux États-Unis, ni pour les élections présidentielles ni pour les élections au Sénat ou à la Chambre des représentants du Congrès américain. Mais ces citoyens de seconde zone ont le droit de servir dans les forces armées. On dit que près de 10% des effectifs qui ont combattu au Vietnam étaient Portoricains, alors qu’ils ne représentent que 1,5% de la population américaine. 

Cette île des Caraïbes occupe une place stratégique dans la région. Les États-Unis y ont installé une douzaine de bases militaires. Ils ont donc tout intérêt à maintenir leur colonie dans leur dépendance, peu importe le prix à payer. Pour le faire, ils ont instauré un généreux système social qui n’existe même pas sur leur territoire : Aide médicale, gratuité scolaire, bons alimentaires, subventions à l’hébergement quand ce n’est pas la gratuité complète, assurance-chômage, etc. À Porto Rico, on peut vivre (pauvrement, soit!) sans jamais travailler. Alors, vous vous imaginez bien qu’en maintenant la population dans une telle dépendance, les désirs d’indépendance ont peine à gagner la ferveur populaire. Il y a eu pas moins de cinq référendums sur cette question au cours des cinquante dernières années : en 1967, 1993, 1998, 2012 et 2017. Lors de ce dernier référendum, 97% des votes furent en faveur de la stabilité ou de l’annexion pure et simple aux États-Unis. Mais comme moins de 23% de la population s’est exprimée, le scrutin ne fut pas vraiment considéré comme ayant une valeur légitime. 

Malgré tout, les « Boricuas » (nom donné aux Portoricains de souche) sont descendus dans la rue au cours des dernières semaines pour exiger la démission de leur gouverneur grossier et corrompu, fidèle disciple de Trump, qui s’est fait prendre à rire de la misère de son peuple, après le passage de l’ouragan María. Et ils ont réussi. Une première grande victoire, qui a été obtenue avec l’appui de chanteurs populaires, entre autres.  

Tout est maintenant possible. Aujourd’hui, vendredi, le gouverneur démissionnaire doit nommer son successeur, mais on peut parier que si ce choix ne convient pas aux Boricuas, ceux-ci retourneront dans la rue pour exiger la convocation d’une Assemblée constitutionnelle. Les forces indépendantistes se sont regroupées autour d’un nouveau parti, Victoria ciudadana (Victoire citoyenne), qui ratisse large. Sans réclamer l’indépendance totale, car ils sont trop nombreux à craindre de perdre leurs privilèges liés à leur statut de dépendance, ce nouveau parti proposerait une sorte de république autonome qui garderait tout de même des liens avec les États-Unis. Une sorte de souveraineté-association, en somme. 

Nous avons donc tout intérêt à suivre l’évolution de la situation à Porto-Rico, qui présente de nombreuses similitudes avec la situation au Québec.