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Inoubliables: Gilles Valiquette

Chaque semaine le Journal retrouve des artistes qui ont connu la gloire, mais qu’on voit moins depuis quelques années. On ne les a pas oubliés pour autant...

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Avec son air juvénile, ses cheveux longs et ses lunettes d’intello, il a atterri comme un extraterrestre sur la planète musicale québécoise des années 1970. S’accompagnant à la guitare en interprétant ses hits heureux, comme Quelle belle journée, Dis-lui bonjour ou son énorme succès Je suis cool, il est lui-même devenu le chanteur le plus cool de sa génération. Mais derrière le gars à l’allure décontractée se cachait un travailleur acharné déterminé à vite devenir numéro un au palmarès. Pas étonnant qu’on ait surnommé Gilles Valiquette le « fouetteur d’esclaves ». 

Vous avez fait vos débuts à l’âge de 14 ans avec le groupe Someone, puis vous avez payé vous-même votre formation musicale. Qu’est-ce qui vous poussait vers ce métier ? 

Gilles Valiquette, grand connaisseur 
des Beatles, photographié dans la 
célèbre suite 1742 du Reine Elizabeth de Montréal, à l’occasion des récentes célébrations des 50 ans du Bed in de John Lennon et Yoko Ono.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Gilles Valiquette, grand connaisseur des Beatles, photographié dans la célèbre suite 1742 du Reine Elizabeth de Montréal, à l’occasion des récentes célébrations des 50 ans du Bed in de John Lennon et Yoko Ono.

Plus le temps passe et plus je suis moi-même surpris de la façon dont ça s’est passé ! J’avais eu la piqûre quand j’avais vu les Beatles à la télévision. À partir de ce moment-là, plus grand-chose ne m’a intéressé à part la musique. J’avais demandé une guitare à mes parents. Je l’ai reçue à Noël, neuf mois après l’arrivée des Beatles, en 1964. J’avais 12 ans à l’époque et ce temps d’attente m’avait paru si long que j’étais convaincu d’avoir manqué le bateau ! Alors j’avais travaillé trois fois plus fort pour rattraper le temps perdu et je n’ai jamais arrêté. Pourtant, je réa­lise aujourd’hui que j’ai fait mon premier 45 tours avec le groupe alors que je n’avais que 16 ans et les chansons Je suis cool et La vie en rose à l’âge de 20 ans. Quand je vois à la télé, Geneviève Jodoin qui a remporté La Voix et qui commence à 41 ans, je me dis que ça s’est passé très vite pour moi. 

J’ai été chanceux de savoir ce que je voulais faire si jeune. 

Vous avez été longtemps accompagnateur pour d’autres artistes, mais rêviez-vous en secret d’une carrière solo ? 

Avec Daniel Lavoie en 1975. 
Gilles Valiquette, 23 ans, 
produisait alors le premier 
album solo du chanteur À court 
terme et il y jouait les guitares.
Photo d’archives
Avec Daniel Lavoie en 1975. Gilles Valiquette, 23 ans, produisait alors le premier album solo du chanteur À court terme et il y jouait les guitares.

Au début, avec le groupe Someone, on jouait des reprises. Ensuite, vers 16 ou 18 ans, on a ambitionné de faire du matériel original et des maquettes qu’on a envoyés aux maisons de disques. Mais elles disaient que le chanteur était pourri – c’était moi – et que les chansons n’étaient pas bonnes – c’était mes chansons (rires) ! Alors je suis retourné à l’École de musique Sainte-Croix en me disant que je deviendrais prof, parce qu’en avant, ce n’était peut-être pas ma place. Mais on s’était passé le mot que j’étais disponible comme musicien et on est venu me chercher. 

Quelle a été la suite des choses ? 

« Aujourd’hui j’me décide à
 patcher mes vieilles jeans », 
chantait Gilles Valiquette après 
que sa maison de disques lui 
avait demandé d’écrire un hit. 
Et il la chante encore 
aujourd’hui avec succès.
Photo d’archives
« Aujourd’hui j’me décide à patcher mes vieilles jeans », chantait Gilles Valiquette après que sa maison de disques lui avait demandé d’écrire un hit. Et il la chante encore aujourd’hui avec succès.

C’était l’époque des artistes de la nouvelle génération des années 1970 : Richard et Marie-Claire Séguin, Beau Dommage, Harmonium, Paul Piché. Moi, j’ai commencé avec un premier album, alors que les autres devaient commencer avec un 45 tours et si ça fonctionnait, ils pouvaient enregistrer un album. Parallèlement, c’était l’avènement de la radio FM qui se faisait un devoir de ne pas jouer du AM et ma chanson, Quelle belle journée, a bien fonctionné. Alors on m’a dit : « Si tu veux être connu, ça prend un hit en 45 tours ! » J’ai dit : « OK, je vais vous en faire un hit ! » J’avais l’habitude des hits puisque j’accompagnais plusieurs chanteurs. J’ai écrit Je suis cool et (Pour voir) La vie en rose

Vous avez touché à tout, le cinéma, la télé, le théâtre. Vous avez même été l’un des premiers interprètes de Starmania (le lecteur de nouvelles). Pourquoi ? 

Un visage d’ange doublé 
d’une forte personnalité et 
d’une grande détermination.
Gilles Valiquette ne ménageait 
aucun effort pour réussir.
Photo d’archives
Un visage d’ange doublé d’une forte personnalité et d’une grande détermination. Gilles Valiquette ne ménageait aucun effort pour réussir.

 Quand j’étais plus jeune, j’avais une idée fixe, celle d’être numéro un au palmarès. Les gens m’appelaient le slave driver, celui qui fouette les esclaves. J’étais en transe dans mon affaire, je ne voyais pas autre chose. Le succès de Je suis cool m’a libéré. Quand j’ai finalement réussi mon coup, j’ai réalisé que le succès ne change rien quand on marche dans la rue. On retourne tout simplement dans un sous-sol pour faire une autre chanson. Le plaisir est dans le devenir, comme le mois des préparatifs avant la fête de Noël. Alors, pour le plaisir, j’ai voulu participer à plein de projets comme Starmania, une expérience unique où le monde du théâtre et celui de la musique s’unissaient et qui me donnait la chance d’interpréter autre chose que mes propres chansons. 

-Parlez-nous de votre style très particulier à l’époque.

En entrevue, Lise Payette m’avait dit que je sortais d’une autre planète! (rires) C’est vrai que j’avais la tête ailleurs. Je n’étais pas là. J’étais dans mon monde. Il n’y avait pas de stratégie, mais ç’a fonctionné pour moi, ça m’a distingué de la masse. Au Québec, au niveau de la mode, on était à la remorque de ce qui se faisait ailleurs. Mais là, j’étais synchro avec le reste de la planète. (rires) J’ai paru à la mode sans effort!

-Vous avez été réalisateur d’albums et l’un des premiers à vous intéresser à l’aspect techno de la musique. Dans quelles circonstances est-ce arrivé ?

Un coup que le PQ a été élu en 1976, il y a eu comme un relâchement culturel au Québec. On était dans un état de passer-à-autre-chose. Donc, les budgets de salles de spectacles ont été coupé. La chanson était devenue moins importante. Les maisons de disques déchiraient les contrats des artistes. Moi, je réalisais des albums. Alors j’ai révisé la méthode de travail et j’ai voulu donner la job plate à des machines et laisser la création aux artistes. Ici, on était un peu complexé dans le domaine du disque, alors on a expérimenté toutes sortes de choses pour être à la hauteur de ce qu’on aimait en France et aux États-Unis. Puis est arrivée la révolution numérique, alors toute la planète a dû faire un « reset ». Ça nous a donné une chance de se mettre au pas. Aujourd’hui quand, à Vegas, je vois des noms québécois, dont certains de mes anciens étudiants, je suis très fier.

-Quels sont vos projets aujourd’hui?

Je termine l’écriture d’un nouveau programme pour l’Université de Sherbrooke et ses 19 institutions satellites, sur le phénomène des Beatles. Un cours de plusieurs périodes qui sera offert dès cet automne et que je compte aussi enseigner.

Je participe aussi à des spectacles cet été. Moi, je suis encore pigiste et toujours prêt. Créer des chansons et chanter, pour moi c’est comme manger et dormir, ça se passe tous les jours. Je suis très chanceux. J’exerce ce métier depuis 47 ans et le téléphone n’a jamais cessé de sonner. Quand je suis sorti de l’école de musique en 1972, je pensais que ça durerait deux semaines. Depuis, j’étire les deux semaines!

 À chacun son chemin  

  •  Gilles Valiquette est né à Montréal le 7 avril 1952 (67 ans). 
  •  De 1966 à 1971, de 14 à 19 ans, il était le chanteur et compositeur du groupe Someone, puis il a accompagné plusieurs artistes, dont Les Séguin et Jacques Michel. 
  •  En 1972, il lançait son premier album solo Chansons pour un café sur lequel se trouve Quelle belle journée et Dis-lui Bonjour. Un an plus tard, il lançait son second opus, Deuxième arrêt qui compte les succès Je suis cool et La Vie en rose
  •  Parmi ses succès, on trouve aussi Chez nous c’est chez vous, Fais attention, Samedi soir, Mets un peu de soleil dans nos vies et Blanc c’est noir
  •  Il a réalisé les albums de plusieurs artistes, dont ceux de Plume Latraverse, Daniel Lavoie, Richard Séguin, Paul Piché et Nicole Martin. 
  •  Il a joué le rôle du lecteur Roger Roger dans la production Starmania en 1980. 
  •  Il a quatorze albums à son actif, reçu plusieurs prix pour ses chansons, dont La vie en rose, la seule chanson à avoir reçu deux fois le prix de la Chanson canadienne ayant le mieux performé de l’année. 
  •  Gilles Valiquette a fondé en 1987 le Collège Musitechnic où il a œuvré durant 20 ans. Il y a créé le programme Conception sonore assisté par ordinateur, approuvé par le ministère de l’Éducation, qui est encore aujourd’hui donné dans les écoles de musique et qui sert aussi les gens du domaine des jeux vidéo. 
  •  Il a œuvré au sein de plusieurs organismes voués aux droits d’auteur, dont la SOCAN durant 25 ans. Il a laissé sa place l’an dernier à des « plus jeunes plus fous ». 
  •  Il vient de monter un cours de plusieurs périodes sur le phénomène des Beatles et leur immense influence, pour l’Université de Sherbrooke et ses 19 campus satellites. 
  •  Gilles est l’auteur du livre de 700 pages C’est fou mais c’est tout, une exploration sur le parcours des Beatles. 
  •  On retrouve tous les albums et les dates de spectacles sur gillesvaliquette.com