/sports/opinion/columnists
Navigation

Cet incroyable Jean Pascal !

Jean Pascal a infligé la première défaite de sa carrière à l’Américain Marcus Browne.
Photo AFP Jean Pascal a infligé la première défaite de sa carrière à l’Américain Marcus Browne.

Coup d'oeil sur cet article

Ce sacré Jean Pascal, quand donc finira-t-il de nous surprendre ? Pensez-vous sincèrement que je croyais que notre Jean national avait des chances réelles de battre Marcus Browne au Barclays Center à New York ?

En fait, j’avais la trouille. J’aime beaucoup Jean Pascal. Il est intelligent, sensible et turbulent. Une combinaison qui rend une personne attachante, mais pas toujours raisonnable. J’avais la trouille qu’il mange une maudite volée.

J’avais trouvé sa performance contre Dmitry Bivol très moyenne, pour ne pas dire médiocre. Faut dire que je n’avais pas tenu compte des derniers mois précédant ce combat alors que le poids de Pascal avait grimpé à 195 livres pour son combat contre Steve Bossé et celui prévu en Nouvelle-Écosse chez les lourds légers contre Gary Kopas. J’aurais dû. Jean Pascal n’était pas préparé pour un combat de championnat comme celui l’opposant à Bivol. Pas à 175 livres.

Contre Browne, il était fin prêt. Le chemin avait été différent.

D’ailleurs, après une minute samedi soir, il était évident que Jean Pascal était encore mieux préparé que pour son combat « de retraite » contre Ahmed Elbiali. C’est une charge de dynamite qui est montée dans le ring. Ça se sentait, même si Marcus Browne a remporté les trois premiers rounds.

UNE MÂCHOIRE FRAGILE

C’est un titre de champion du monde intérimaire de la WBA que Jean Pascal a remporté. On ne chicanera pas le titre parce que l’exploit demeure incroyable. Marcus Browne était invaincu avant Pascal. C’était le chouchou du Barclays Center où il a disputé la moitié de ses combats. Gaucher, grand et méchant. Mais de nombreux experts le soupçonnaient d’avoir une mâchoire fragile. Au sommet de la boxe professionnelle, ça ne pardonne pas. Et quand Pascal l’a connecté d’aplomb au quatrième, c’était couru que Browne devenait vulnérable. Et ce fut le cas.

Sans cette collision accidentelle des deux têtes en huitième, Pascal aurait gagné le combat par knock-out. Marcus Browne boxait sonné. Il n’aurait pas survécu à un autre crochet lancé avec la rage que Pascal démontrait samedi.

Et puis, faut le dire, Jean Pascal est un boxeur cochon. Il connaît tous les trucs du métier. Il frotte sa tête dans le visage de l’adversaire pendant les corps-à-corps dans les câbles, il pèse de tout son poids sur les bras de l’opposant pour le fatiguer, il répète les coups derrière la tête, il termine les rounds dans son coin pour forcer l’autre à traverser tout le ring avant de s’asseoir : c’est à ce cocktail de trucs que Browne a eu droit.

En clair, Jean Pascal est un dur, un coriace, une brute dans un ring. Et ce qui lui manque de rythme et de style, il le compense par son courage d’acier et sa force brute.

UNE VIE D’ATHLÈTE

Dans l’euphorie de la victoire, c’est Stéphan Larouche qui a prononcé la phrase la plus lourde de vérité. « Jean Pascal a été dans le gymnase depuis six mois. Surtout, tout ce temps, il a mené une vraie vie d’athlète », a dit Larouche en entrevue après le combat.

Une vie d’athlète, ça veut dire une bonne nutrition, pas d’alcool ou très peu, un sommeil réparateur et beaucoup de travail en gym et en course. Larouche a réussi à convaincre son champion que le temps était venu de s’assagir. De toute façon, Jean Pascal n’avait pas trop le choix. Larouche n’était pas intéressé à accompagner un partousard sur le ring. Il voulait retrouver l’atmosphère des championnats. C’est fait.

Pascal a été assez intelligent pour réaliser qu’il avait 36 ans. Il devait se battre en mars, donc il a travaillé. Puis, on a parlé de mai. Il a travaillé. Finalement, son combat contre Browne devait être présenté le 29 juin à Houston. Il a travaillé. Le 4 août, il était le fruit de tout ce travail.

MICHAEL SPINKS DANS LA LIMOUSINE

Et puis, les superstitieux ont vu des signes le jour du combat. Dans la limousine qui conduisait Pascal et Larouche au Barclays Center, un des passagers s’appelait Michael Spinks.

« On a un compagnon de route qui a gagné une médaille d’or aux Jeux olympiques de Montréal, on ne peut pas perdre », a lancé Stéphan Larouche.

Tout s’est passé comme prévu. Larouche était prêt à concéder les trois premiers rounds pour laisser Pascal s’installer dans le combat. Il n’espérait pas pareil knock-down au quatrième.

Mais quand l’arbitre Gary Rosato a signalé un arrêt sur coup accidentel, Larouche savait qu’on allait aux cartes des juges. « Avec trois knock-down, soit on avait un combat nul, soit on gagnait. On ne pouvait pas perdre. On a gagné », racontait Larouche hier après son retour à Montréal.

Quant à Rosato, il a été fidèle à lui-même. Il a donné un compte de 19 à Marcus Browne au septième round et il a passé la soirée à repousser physiquement les boxeurs dans le feu de l’action.

Un jour, quelqu’un va se tromper et il va se faire étamper.

Et l’avenir de Jean Pascal ?

On va parler à Greg Leon pour avoir une meilleure idée. Et on va cesser d’avoir peur de ce foutu combat de trop. Coudon, on ne manquera pas un autre combat de cette importance. C’est presque gênant.