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La banalisation des tueries

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Les États-Unis viennent d’être victimes de deux nouvelles tueries. La fréquence de ces tueries est telle qu’elles en deviennent presque banales. 

Il y a eu 247 tueries aux États-Unis depuis le début de l’année. De ce nombre, trois ont été perpétrées pour des motifs qui semblent raciaux.  

Le tueur de dimanche, à El Paso, aurait agit parce qu’inquiet du nombre de plus en plus important de gens d’origine hispanique au Texas. Une inquiétude aberrante quand on sait que le Texas était à l’origine un territoire mexicain.  

Cette tuerie est qualifiée de «terrorisme blanc» par divers groupes américains. Une accusation qui est elle-même raciste dans ses termes. Comme si avoir la peau blanche incitait au terrorisme contre les hispaniques. Il aurait mieux valu parler de «terrorisme de suprématistes blancs». 

Comme d’habitude, des politiciens démocrates profitent de cette tuerie pour accuser Trump d’attiser la haine raciale et pour dénoncer son soutien au lobby des armes ainsi que ses politiques anti-immigrations. L’élection présidentielle prochaine rend les attaques particulièrement virulentes. 

Mais pour le reste qu’est-ce qui change? Rien.  

Les mêmes chiffres sur le nombre de morts par armes à feu ressortent. 

Les mêmes nuances sont apportées. 

Les mêmes condamnations de la NRA retentissent. 

Les mêmes analyses sont entendues. 

Faut-il encore une fois que des chroniqueurs écrivent des commentaires redondants sur ces tragédies? 

Banalisation de la violence extrême 

La banalisation des tueries est certainement un des dangers qui nous guette. Personne ne veut s’habituer à vivre en côtoyant l’horreur. C’est pourtant ce qui se passe. 

Les films hollywoodiens renvoient à la société américaine une image de plus en plus violente d’elle-même. Le moindre film d’action contient bien plus de meurtres, de sang et de violence que le même type de films projeté il y a une trentaine d’année.  

Les jeux vidéo sont souvent extrêmement violents. La simple idée de gagner des points en tuant des gens à l’écran devrait faire frémir d’horreur et d’indignation. Mais les tueries à l’écran vidéo sont valorisées. 

Que la police tire des balles de caoutchouc sur des manifestants ne soulèvent plus aucune émotion. Pourtant, quel geste symbolique épouvantable, même si les balles sont en caoutchouc.  

La banalisation de la violence extrême est partout autour de nous.  

Condamnation de la violence très mineure 

Il est remarquable qu’en contrepartie, des formes de violence très mineures soient de moins en moins fréquentes. 

Les professeurs ne peuvent pas serrer le bras d’un enfant trop turbulent. Ils risquent d’être suspendus et poursuivis pour violence. 

Empêcher quelqu’un de dépasser les autres dans une file d’attente en le repoussant peut valoir des accusations d’assaut à la personne qui cherche à protéger sa place. 

Élever la voix contre un fonctionnaire incompétent est vu comme une forme d’agression.  

Quelles tartuferies!  

Est-ce que nos sociétés se donnent bonne conscience en compensant leur inaptitude à résoudre des problèmes de violence extrême par la condamnation sévère de formes de violence très mineures? 

Je n’ai pas de réponse convaincante à cette question. Mais j’observe que certaines formes de violence extrême se banalisent tandis que certaines formes de violence très mineure deviennent intolérables. 

Pourquoi en est-il ainsi?