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Nos dirigeants et l’amour des dictateurs

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Il y a toujours quelque chose de profondément répugnant à voir nos dirigeants serrer la main de dictateurs assassins.

Les haut-le-cœur sont encore plus forts quand nos dirigeants laissent tomber les principes démocratiques les plus élémentaires contre une poignée de dollars. Cela porte un nom : c’est de la prostitution. C’est ce que le parti conservateur propose aux Canadiens lors de la prochaine élection.

Le porte-parole conservateur aux Affaires étrangères, Erin O’Toole, vient en effet de déclarer que son parti, s’il était élu, veillerait à ce que le Canada se rapproche de l’Arabie saoudite et de la Chine. Pourquoi ? Pour de l’argent. Le reste n’est qu’excuses et justifications maladroites.

Par exemple, selon M. O’Toole, « gagner la confiance » de l’Arabie saoudite permettrait de mieux plaider les questions de droits de la personne devant les dirigeants saoudiens.

Que l’Arabie saoudite soit dirigée par des assassins n’ébranle pas les conservateurs. Que les Saoudiens fassent la promotion active d’un islam fondamentaliste, terroriste et ennemi des démocraties, ne les dérange pas. Pourvu que les Saoudiens achètent des produits canadiens et qu’ils paient en bons dollars américains.

Même logique avec la Chine

Les conservateurs suivent la même logique avec la Chine qui est en train de devenir le pire système totalitaire de la planète. Qu’importe aux conservateurs. Tant qu’il y a de l’argent à faire avec la Chine, la protection de la démocratie est secondaire.

Les conservateurs sont loin d’être les seuls à fermer les yeux sur l’épouvantable dérive totalitaire que subit la Chine depuis que Xi Jinping a pris le pouvoir. C’est cette dérive totalitaire qui a poussé les dirigeants chinois à interférer dans les affaires internes de Hong Kong bien avant le retour complet du territoire à la Chine en 2047.

Un exemple qui vient de haut

Le problème est que le mauvais exemple vient du prétendu leader du monde libre : le président américain.

Vendredi, Donald Trump a écrit que la question de Hong Kong était uniquement une affaire interne. C’est faux. La Chine est liée par un traité international avec la Grande-Bretagne sur Hong Kong. Les manœuvres du gouvernement chinois pour imposer une loi d’extradition violent ce traité. Comme plusieurs autres gestes de Pékin.

Trump refuse ainsi non seulement de soutenir les Hongkongais qui luttent pour instaurer la démocratie chez eux, mais aussi de défendre le droit international.

Certes, la lutte des Hongkongais est désespérée. Le gouvernement chinois menace d’envoyer l’armée chinoise dans les rues de Hong Kong pour mater la population. Comme au temps où l’Union soviétique menaçait militairement les pays d’Europe de l’Est pour soutenir les gouvernements fantoches qu’elle y avait placés. Rien de bien nouveau donc dans l’attitude du Parti communiste chinois. Mais le refus américain de soutenir un mouvement démocratique contre un régime communiste est nouveau.

Ce qui se passe à Hong Kong préfigure ce qui risque d’arriver ailleurs dans le monde, quand la Chine sera encore plus puissante. Le gouvernement de Xi Jinping ne respecte pas sa parole et il ne tolère aucune critique contre lui.

Nos démocraties n’ont pas à se vendre à des pays dictatoriaux. Les intérêts commerciaux ont une limite. La limite entre le commerce et la prostitution.