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Son assureur refuse de l’indemniser

Une Montréalaise se bat pour faire reconnaître ses problèmes de dépression notamment auprès de SSQ

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 Une femme de Montréal dénonce que son assureur refuse de l’indemniser depuis près de deux ans à la suite d’arrêts de travail pour dépression, anxiété et épuisement, la jugeant inadmissible malgré des dizaines de rapports médicaux.  

 

 « C’est une maladie qui doit être reconnue. [...] Ce n’est pas un choix, comme on ne choisit pas un problème de cœur ou une hanche cassée. Ce n’est pas plus à négliger qu’une autre maladie », rage Catherine Gélinas, âgée de 59 ans.  

 

 Cette col blanc à la Ville de Montréal se bat depuis 2016 avec son assureur SSQ pour reconnaître son invalidité, liée à des problèmes de santé mentale. Mais elle essuie refus après refus.  

  • ÉCOUTEZ Me François-David Bernier analyse le cas de Catherine Gélinas à l'émission Avocats à la barre:

 Aujourd’hui en retour progressif au boulot à la demande de l’assureur, elle n’est toujours pas indemnisée. Et Mme Gélinas a dû vider ses économies pour subvenir à ses besoins.  

 

 Ses déboires ont commencé à la fin de l’année 2016, quand sa mère est décédée. Elle la soignait comme aidante naturelle depuis trois ans. À bout de souffle, elle s’est effondrée. Épuisée, elle est tombée en arrêt de travail trois semaines.  

 

 L’assurance SSQ l’a indemnisée pour ses premières semaines, dit-elle. Mais quand son médecin a prolongé l’arrêt, les versements ont cessé. Pendant ce temps, Mme Gélinas luttait contre des idées suicidaires et n’avait plus aucun revenu.  

 

 Dépression majeure  

 

 La fonctionnaire estime qu’elle n’a jamais pu vraiment se soigner, puisque les refus de l’assureur ont ajouté un stress important à son arrêt de travail. Finalement, alors qu’elle entamait un retour progressif au printemps 2017, elle a reçu un chèque rétroactif de SSQ pour six mois.  

 

 Un énorme soulagement, mais de courte durée. Incapable de garder le rythme, Mme Gélinas est retombée en arrêt de travail quelques mois plus tard et elle n’a toujours pas été indemnisée.  

 

 Le Journal a consulté plusieurs rapports remis à SSQ où les médecins énumèrent qu’elle souffre « d’anxiété, de fatigue et de dépression majeure ».  

 

 Mme Gélinas a rencontré deux experts à la demande de SSQ. Dans leur rapport, ceux-ci notent que la patiente «est à l’heure», s’exprime bien et n’a pas une allure négligée, laissant croire qu’elle ne serait pas en dépression.  

 

 « Je n’ai pas perdu mon intelligence », s’insurge l’employée, qui insiste sur le fait qu’elle aime son travail et veut continuer de travailler.  

 

 « Je ne souhaite pas ça à personne [...]. Je ne gagne rien, je perds un morceau de vie », dit-elle à ceux qui ne la croiraient pas.  

 

 C’est finalement un arbitre qui a tranché l’hiver dernier pour son retour au boulot, exigé par l’assureur. Il juge Mme Gélinas apte à retourner à son emploi, mais à un rythme géré par sa médecin de famille.  

 

 Mince victoire  

 

 Une mince victoire, selon la col blanc. Les assureurs sont « rois et maîtres », déplore-t-elle.  

 

 « Qui s’occupe de voir ce qu’ils font ? » demande-t-elle.  

 

 Si elle choisit d’en parler publiquement, c’est dans l’espoir de dénoncer les préjugés qui subsistent toujours envers la santé mentale.  

 

 « SSQ Assurance reconnaît la maladie à caractère psychologique comme invalidante et sympathise avec les personnes qui en souffrent », indique par courriel Florence Rancourt De Roy, porte-parole de l’entreprise, qui n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.  

 

 « Le seul fait d’être porteur d’un diagnostic ne signifie pas automatiquement que des limitations fonctionnelles viennent se rattacher à celui-ci. Un médecin, aussi compétent soit-il dans son domaine d’expertise, ne peut se substituer à un assureur pour l’interprétation d’une disposition contractuelle et ainsi déterminer l’admissibilité à des prestations d’assurance salaire », écrit-elle.  

 

 « C’est David contre Goliath », selon un syndicat  

 

 

Annie Landry.
Conseillère
syndicale
Photo courtoisie
Annie Landry. Conseillère syndicale

 Faire reconnaître les problèmes de santé mentale est encore un défi de taille auprès des assureurs, autant publics que privés, déplore la conseillère en santé et sécurité au travail pour la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Annie Landry.  

 

 « Il faut que ce soit le médecin traitant qui ait le mot de la fin. C’est lui qui a les compétences », tranche celle qui voit constamment des employés malades essuyer des refus.  

 

 Selon elle, dès que la maladie n’est pas précisément facile à identifier comme par une radiographie d’un os cassé, les gens se butent à des embûches.  

 

 « Le moindrement que tu sors de la norme, les assureurs s’en lavent les mains », dit-elle.  

 

 Le cadre est trop rigide, dénonce Mme Landry, qui voit les assureurs déterminer un nombre fixe de semaines ou de mois de prestations, s’il est question d’un trouble d’adaptation ou d’une dépression, par exemple.  

 

 Longs recours  

 

 Mais il est impossible de savoir combien de temps une personne prendra pour guérir.  

 

 Et même s’il existe des façons, comme le recours à un ombudsman, pour demander à un assureur de reconsidérer sa décision, ce sont des « recours qui sont longs, pénibles et qui mettent même en jeu le rétablissement de la personne », dit-elle.  

 

 « Comment peux-tu te concentrer à guérir quand tu te demandes si tu pourras payer ton loyer ? » s’interroge-t-elle, rappelant que ces employés malades ne sont pas des fraudeurs.  

 

 « Ça va être un gros enjeu », souffle-t-elle. Avec une plus grande acceptabilité sociale et des travailleurs qui osent parler publiquement de leurs problèmes de santé mentale, les réclamations augmentent.  

 

 « Mais il y a du chemin à faire avant que ce ne soit plus David contre Goliath », fait-elle valoir.