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Un camionneur lance un cri du cœur après le grave accident sur l’A440: «On n’est pas pris au sérieux»

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La portion de l’autoroute 440 où s’est produit le dramatique accident de lundi après-midi, qui a fait quatre morts et 15 blessés, est bien connue de plusieurs camionneurs pour sa configuration problématique.

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«Depuis 25 ans, c’est un problème, ce tronçon-là, et il ne se passe rien», a soutenu mardi matin le camionneur Daniel Beaulieu à l’émission Le 6 à 9 de Caroline et Maka sur QUB radio.  

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«Il y a du monde, ce matin, qui devrait se sentir mal», a poursuivi le créateur de la page Facebook «L’heure juste du camionneur», qualifiant les infrastructures routières québécoises de «défaillantes». 

M. Beaulieu a affirmé qu’il est «très difficile de travailler» et de «se faire entendre» par le ministère des Transports du Québec. 

«On n’est pas pris au sérieux», a-t-il lancé, en entrevue avec Caroline St-Hilaire et Maka Kotto.   

Défis de conduite  

«Quand on sort de la 440 et qu’on veut prendre la voie de service pour aller chercher la 15, la voie pour embarquer sur la voie de service est très courte, avec des véhicules qui roulent vite aussi, donc il y a un effet de ralentissement soudain [...]. Il faut regarder dans notre angle mort. Les gens mettent les freins, c’est normal, s’ils ne sont pas sûrs d’embarquer», a détaillé le spécialiste de la conduite pour expliquer l’engorgement qui se crée sur l’A440. 

L’homme croit que ces conditions pourraient expliquer l’accident de lundi. 

Par ailleurs, le défi de conduite ne s’arrête pas là. «Ensuite, les gens sont obligés de faire trois changements de voies rapides: ils embarquent sur la voie de gauche, il faut qu’ils aillent sur la voie de droite et il faut qu’ils ressortent pour aller prendre la bretelle pour prendre la 15 dans des rues adjacentes», a poursuivi M. Yergeau. 

Aussi, les automobilistes tendent à oublier qu’il faut une certaine distance aux poids lourds pour freiner. «Les gens en profitent pour se jeter en avant du poids lourd parce qu’on observe toujours une distance, donc ça fait qu’on a toujours des gens en avant de notre bumper», a-t-il souligné. 

Un secteur qu’on évite  

Pierre Yergeau dit qu’il évite le site où s’est produit le drame d’hier, comme camionneur, mais également comme conducteur de manière générale.  

«Quand je suis sur la Rive-Sud et que je veux m’en aller à Mirabel, je vais continuer sur la 25 et je vais aller chercher la 640 pour être capable d’embarquer sur la 15 au lieu de venir ici, parce que ce secteur-là est trop problématique», explique-t-il.  

Selon lui, la solution ultime réside dans l’installation d’un échangeur pour donner la possibilité de passer d’une autoroute à l’autre sans emprunter les petites rues. Mais à plus court terme, il suggère d’allonger la voie pour permettre l’insertion des véhicules dans la voie de gauche en sortant de l’A440. «À partir du boulevard Industriel, on pourrait commencer à mettre des panneaux pour s’insérer, parce qu’on a vraiment de la place.»  

  

«Ça fait un chassé-croisé et c’est ça qui est problématique»  

Le secteur de l’autoroute 440 où s’est produit le grave accident ayant coûté la vie à quatre personnes et fait plus de quinze blessés est considéré par plusieurs comme dangereux.  

Sur un tronçon de seulement 8 kilomètres, il y a neuf embranchements. «Les gens veulent pénétrer, d’autres gens veulent changer de voie pour continuer et il y a ceux qui arrivent de la voie d’extrême gauche, ça fait un chassé-croisé et c’est ça qui est problématique», explique Pierre Bellemare, spécialiste en reconstitution d’événement.  

Les conducteurs qui empruntent cette portion de l’autoroute font parfois des manœuvres dangereuses. «On a beau laisser tout l’espace nécessaire, les gens veulent couper le trafic parce qu’ils ne sont pas intéressés à attendre en arrière de la file. Ils tentent de se faufiler et c’est là que le conflit survient», précise le reconstitutionniste.  

Le comportement des automobilistes et des camionneurs provoque plus d’accidents, notamment la conduite trop rapide et les véhicules qui sont trop rapprochés.  

Selon le spécialiste, la solution avancée par le gouvernement de prolonger la ligne continue pour empêcher les automobilistes de rentrer directement par la voie de service ne servira à rien puisque les conducteurs ne la respecteront pas. Il croit plutôt que la solution la plus simple serait de construire un viaduc.  

Pour ce qui est de la surveillance policière, il faut le faire, mais de la bonne manière. «Il ne faut pas mettre un policier sur la voie hachurée, là on va empirer le problème», insiste M. Bellemare qui croit plutôt qu’il faudrait prioriser une patrouille aérienne.