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Encore des tueries qui ne changeront rien

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Dans l’environnement hyper-partisan des États-Unis à l’ère de Donald Trump, les tueries de Dayton et d’El Paso ravivent les divisions profondes entre Américains, et il est peu probable qu’elles mènent à des changements concrets.

Normalement, des drames de cette ampleur devraient promouvoir un sentiment de communauté et rapprocher tous ceux qui se sentent touchés par le drame.

Ce ne sera pas le cas pour les tueries de Dayton et El Paso. Pas étonnant, puisque ces deux tragédies touchent simultanément quatre cordes sensibles qui divisent profondément les Américains : les armes à feu, le racisme, l’immigration et, évidemment, Donald Trump lui-même.

Faites quelque chose !

Dans les deux cas, les manifestations d’appui aux victimes ont donné lieu à des demandes pressantes pour un contrôle plus efficace des armes à feu, dont l’interdiction des ventes d’armes d’assaut.

Si le scénario habituel se répète, rien ne changera. Les promesses faites du bout des lèvres par Donald Trump de renforcer des vérifications d’antécédents des acheteurs d’armes seront probablement enterrées au Sénat. Quant à l’interdiction d’armes qui transforment les fusillades en hécatombes, Trump l’exclut d’emblée.

Les promesses de limiter l’accès aux armes par des personnes atteintes de troubles mentaux sonnent faux, car une des premières réglementations que Trump a éliminées visait justement cet objectif.

Les électeurs qui tiennent mordicus à leur arsenal et l’argent de la NRA sont trop importants pour que le président américain et son parti les laissent tomber.

Une clé de voûte de la stratégie électorale de Donald Trump est d’exploiter les relents de culture raciste et les sentiments anti-immigration qui persistent dans de larges portions de la population blanche américaine.

L’épisode d’El Paso touche cette problématique. Le tueur était déterminé à « casser du latino » dans une ville qui symbolise, pour les uns, la menace d’une « invasion » hispanophone et, pour les autres, l’intégration de ces nouveaux arrivants dans la société américaine.

Les chances que l’événement suscite un rapprochement entre ces extrêmes sont minces. Les expressions de sympathie à l’égard des victimes — surtout issues de groupes minoritaires — sont d’abord venues d’opposants de Trump. Si plusieurs démocrates ont souligné l’urgence d’agir contre le fléau des fusillades de masse, les républicains ont été plutôt discrets.

Le diviseur en chef

Tout n’est évidemment pas la faute de Trump, mais il est difficile de soutenir que les attaques incessantes du président contre les immigrants hispanophones n’ont joué aucun rôle dans la dérive idéologique du tueur, dont l’étrange manifeste emprunte, presque verbatim, plusieurs éléments du discours xénophobe de Trump.

Les démocrates ne se sont pas gênés pour condamner la faillite morale de la présidence de Trump et son incapacité à rassembler les Américains, et ils n’ont pas tout à fait tort.

Trump prétend que sa rhétorique est unificatrice. C’est faux, mais l’indignation qu’il provoque chez ses opposants ne fait qu’encourager l’ardeur de ses partisans. Malheureusement, il n’est pas démontré que sa stratégie toxique de division ne réussira pas de nouveau en 2020.