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Vendredi soir, tuerie de masse à El Paso au Texas, la 250e de l’année. Un peu moins de 13 heures plus tard, une autre tuerie éclate à Dayton en Ohio, la 251e de l’année. Nous sommes au 219e jour de l’année 2019.

Dans une adresse à la nation, Trump a tourné autour du pot pendant une dizaine de minutes. Il a évoqué, avec sobriété, le racisme, la haine en ligne, la santé mentale et la glorification de la violence par les jeux vidéo.

Le matin même, à l’émission Fox & Friends, le gouverneur républicain du Texas, Dan Patrick, déclarait ceci : « Qu’est-ce qui a changé dans ce pays ? Nous avons toujours eu le mal et le diable, mais qu’est-ce qui a changé aux États-Unis ? Je vois l’industrie des jeux vidéo qui enseigne les jeunes à tuer (...) Pendant ce temps, on ne laisse plus nos enfants prier à l’école (...) ni saluer le drapeau. » 

L’argument de la violence des jeux vidéo pour expliquer les fusillades répétées aux États-Unis est présentement la rhétorique utilisée par la droite conservatrice américaine. Sur chaque plateau de télévision, les bonzes du Parti républicain l’exploitent. 

À première vue, c’est facile d’être en accord avec l’argument avancé. Mais, ce mythe persistant et convaincant témoigne davantage de la fiction que de la réalité.

La réalité est que les jeux vidéo existent partout à travers le monde, et seuls les États-Unis sont touchés par ces tueries de masse. 

Même chose pour la glorification de la violence dans nos sociétés. Elle est là, dans toutes les sociétés occidentales. Au cinéma, à la télévision, sur Internet et, bien sûr, dans nos jeux vidéo. 

D'ailleurs, que dit la littérature scientifique sur le sujet ? Une recherche menée par trois universitaires américains qui ont croisé le nombre de ventes des 50 jeux vidéo les plus populaires à différents crimes commis dans la même semaine a même démontré le contraire : lorsqu’un jeu vidéo populaire voit le jour, les crimes violents tendent à diminuer.

Les chercheurs nomment ce phénomène « neutralisation ». Pendant que ces jeunes jouent aux jeux vidéo, ils ne causent pas de trouble. C’est un peu la même logique qu’un jeune au travail, à l’école ou en train de faire du sport. S’il est occupé, il ne commettra pas de crimes. La vie est parfois plus simple qu’on le pense.

De plus, les résultats sont essentiellement les mêmes lorsqu’il vient le temps d’étudier la relation entre les films, la consommation de jeux vidéo et les crimes violents. Tous en viennent à la même conclusion : il n’existe pas de lien entre les jeux vidéo, les films violents et les tueries de masse. 

Certes, on doit être critique envers nos sociétés qui normalisent la violence, mais il faut être prudent de la manière dont on traite les jeux vidéo. Et convenons-en, la violence qui s’y retrouve n’est pas très différente de ce que nous voyons à Hollywood et ailleurs depuis 60 ans. 

La vraie cible

La vraie cible, c’est l’accessibilité des armes à feu et le nombre de fusils en circulation. Il est là le nœud gordien du problème américain, la seule variable qui diffère des autres pays. 

Quand nous analysons le nombre de crimes commis aux États-Unis, en excluant les homicides, on s’aperçoit que notre voisin du sud n’est guère plus violent que les autres pays occidentaux. 

La différence est que les crimes commis en sol américain sont plus violents, plus mortels. 

C’est une conséquence de ce qu’on appelle le weapon effect. Plus d’armes dans une collectivité conduit inévitablement à plus de comportements agressifs et violents chez les individus.

Regardons les chiffres. Les États-Unis, avec 270 millions d’armes en circulation, ont connu 90 fusillades de masse entre 1966 et 2012 et un taux d’homicide nettement plus élevé qu’ailleurs dans le monde. 

De tous les autres pays dans le monde, aucun n’a plus de 46 millions d’armes, et aucun n’a vu plus de 18 fusillades de masse sur son territoire dans ces mêmes dates. 

C’est clair, vérifiable et précis. C’est surtout tout le contraire de la rhétorique de culpabilisation des jeux vidéo, qui sert davantage à justifier un appui illogique et sans scrupule à un laxisme meurtrier sur le contrôle des armes à feu.