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Du boudin au cannabis et nos enfants seront en sécurité

En octobre 2014 au Colorado, à l'approche du premier Halloween depuis la légalisation du cannabis, des parents inquiets ont fait campagne pour interdire les bonbons au pot.
AFP En octobre 2014 au Colorado, à l'approche du premier Halloween depuis la légalisation du cannabis, des parents inquiets ont fait campagne pour interdire les bonbons au pot.

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Si les bonbons étaient pour les adultes, on passerait tous encore l’Halloween, right? Alors si on veut des comestibles au cannabis, pourquoi en faire des friandises?  

(salut lecteur pressé, ces phrases sont du sarcasme)

Traitez-moi d’immature, mais je vis encore comme une profonde injustice le fait de ne plus pouvoir passer l’Halloween, moi aussi. Vers 14 ans, j’ai bien senti le jugement populaire m’appelant à accrocher mes sacs et ma boite d’Unicef. « T’es pas un peu vieille pour passer l’Halloween ?!»     

J’avais juste envie de répondre : « Y a pas d’âge pour avoir envie de bonbons gratuits, même si c’est juste pour avoir de maudites clennedaque (ou Kiss selon votre région administrative)’»     

  

Source de déception
Courtoisie
Source de déception

  

Si vous étiez en vacances ces dernières semaines, vous ne le savez peut-être pas encore, mais le gouvernement de la CAQ va interdire, au Québec, les friandises (bonbons, chocolat, et autre gâteau) au cannabis parce que c’est trop attrayant pour les enfants.     

On s’entend que des jujubes en forme de LEGO ou d’animaux, ça attire les enfants. Mais aurait-il été possible d’interdire seulement les bonbons semblables à ceux qui se trouvent dans les candyshops (pas celui de 50 Cent, on s’entend).     

Et si un producteur commercialisait du boudin au weed, serait-on plus rassuré pour autant?     

Le problème avec un comestible est qu’une personne, enfant ou adulte, qui tombe là-dessus ne peut pas deviner qu’il contient du cannabis. D’où l’importance de bien emballer et entreposer la chose, peu importe la forme que ça prend.      

Comme on peut s’y attendre, les producteurs de cannabis vont logiquement miser sur les boissons au cannabis pour le marché québécois.      

  

Les boissons de cannabis auront un emballage neutre qui ne devrait pas attirer les enfants. Mais faudra-t-il aussi interdire aux parents de verser la boisson dans un verre?
COURTOISIE HILL STREET BEVERAGE CO.
Les boissons de cannabis auront un emballage neutre qui ne devrait pas attirer les enfants. Mais faudra-t-il aussi interdire aux parents de verser la boisson dans un verre?

  

 Si la boisson au cannabis semble a priori moins attrayante pour un enfant, une fois le liquide dans un verre, si on ne fait pas attention, n’importe qui peut en boire. Juste pour goûter, juste parce que ça l’air d’un jus ou je ne sais pas quoi.     

D’où l’importance de sensibiliser les consommateurs.    

Snake-Mike drogué à son insu  

Prenez mon ami Snake-Mike dont je vous donne parfois des nouvelles sur ce blogue. Dans un chalet avec des amis, il a bu un verre d’eau laissé sur le comptoir qui contenait une certaine drogue dont le nom ressemble étrangement à un titre d’album de Madonna (si tu penses à Erotica, t’es dans le champ)     

Il n’y avait pas d’enfant lors de cet événement et la personne qui a laissé son verre sur le comptoir n’a pas pensé que quelqu’un irait s’abreuver dedans.      

Mais, voyez-vous, notre téméraire Snake-Mike, n’ayant cure des germes, est le genre de gars qui arrive dans un chalet, attrape le premier verre à moitié plein (ou à moitié vide pour les pessimistes) qu’il voit sur un coin de table et le boit.      

À sa défense, il ne savait pas que certaines personnes avaient consommé de la drogue de synthèse. Habituellement, il gravite dans un monde où il n’y a que des fumeux d’herbe et personne ne portait du fluo en écoutant du David Guetta. Comment aurait-il pu se douter de quelque chose?      

Au moment où sa blonde s’est mise à lui caresser les cheveux en lui disant à quel point il était beau, drôle et intelligent, il a commencé à trouver ça louche.      

Heureusement, lorsqu’il a réalisé qu’il venait d’embarquer dans une montagne russe pour laquelle il n’avait pas acheté de billet, il n’a pas paniqué. L’effet de la drogue sans doute. Rien de grave, cette fois-là.      

Mais quand même. Ça aurait pu l’être. Morale de l’histoire : c’était une mauvaise idée de laisser un verre d’eau roofé sur le comptoir.      

Comme l’illustre cette fable moderne légèrement plus edgy que le Corbeau et le Renard : plus important que le produit, il y a la façon de l’entreposer (parlez-en aux travailleurs de Chernobyl!)     

Déjà dans les maisons  

Et c’est d’autant plus important d’insister sur le rangement et les pratiques sécuritaires puisque les gens ont déjà le droit de cuisiner leur cannabis. Il y a donc en ce moment même des gâteaux au pot dans les maisons des Québécois. 

La différence est qu’en le cuisinant nous-mêmes, on ne sait pas toujours exactement quelle quantité de THC s’y trouve.      

D’un autre côté, si je me fais l’avocat du diable, est-ce qu’un comestible doit vraiment être dessert? Oui, le marché noir a commercialisé des bonbons, mais à partir du moment où on fabrique sa propre huile, les possibilités sont infinies.      

J’ai grandi dans une famille où ma mère nous faisait croire que le caroube goûtait comme le chocolat. Baliverne! Dans ce contexte, vous comprendrez que je n’ai pas développé un goût prononcé pour le sucre, sauf à l’Halloween.      

Tout ça pour dire que la question n’est pas tant de savoir si la restriction du gouvernement est abusive ou non, à mon avis.     

La question est plutôt de savoir si elle sera efficace pour protéger les enfants. Et à ce sujet, des experts en prévention ont un certain doute.