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Guy Laliberté et l’île de Gilligan

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Un magazine spécialisé dans le tourisme a qualifié récemment Guy Laliberté de « pharaon canadien », à cause de sa fameuse pyramide PY1. En effet, de plus en plus, Guy Laliberté se prend pour Toutankhamon.

Guy Laliberté est un des artistes signataires du fameux Pacte pour la transition de Dominic Champagne. Quelle ironie ! Le milliardaire loue à d’autres milliardaires son île privée dans le Pacifique, qui n’est accessible... qu’en jet privé !

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LES JOYEUX NAUFRAGÉS

Avez-vous vu le reportage du Journal sur Nukutepipi ? Ça coûte 190 000 $ la nuit pour loger dans cet atoll de la Polynésie française.

Comme le séjour minimum est de six jours, il faut 1,2 million pour vivre « à la Liberté ».

Comment vous pensez que les clients vont se rendre là ? Si vous partez de Montréal, vous devez prendre un vol pour la côte ouest puis un deuxième vol pour la Polynésie. Dix-huit heures d’avion !

Ensuite, il faut 2 h 40 en jet privé à partir de l’aéroport international de Tahiti-Faaa pour atterrir sur l’aérodrome privé de Guy Laliberté. Vingt et une heures en avion, ça brûle combien de vilain pétrole, ça, d’après vous ?

L’île accueille 52 personnes. Faites le calcul : 52 billets d’avion aller, 52 billets retour, pour jouer aux Joyeux naufragés sur l’île de Gilligan Laliberté, c’est quoi l’impact environnemental de ce petit trip de luxe indécent ?

Même la jeune pasionaria de l’environnement Greta Thunberg se rendra en voilier zéro carbone au sommet de l’ONU sur le réchauffement de la planète plutôt que de prendre l’avion.

Ce qui m’a le plus fait rigoler dans le texte du Journal, c’est l’argumentaire de Laliberté. Il a affirmé qu’un séjour sur Nukutepipi « ramène les pieds sur terre (...). Tu prends un coup d’humilité quand tu arrives ici. Tu réalises que t’es vraiment un grain de sable dans l’univers. »

Cher Guy, comment je te dirais ça ? Tu as besoin d’une île paradisiaque avec « 21 chambres, 25 salles de bain, une salle de cinéma privée, un gym, un spa, une salle de yoga, trois piscines, un court de tennis, des plages, une cathédrale en métal rouillé, un terrain de mini-golf, un dôme d’observation astronomique et une tour de neuf mètres de hauteur » pour te ramener les pieds sur terre ?

C’est ça qui agace avec le personnage de Guy Laliberté. Aller dans l’espace, créer une pyramide, louer une île, ce ne sont pas ses actions qui dérangent : c’est le discours

prêchi-prêcha, toute sa posture nouvel âge qui me plongent dans un profond coma.

AU-DELÀ DES CRITIQUES

Parlant d’ennui planétaire, ça me fait penser au spectacle Au-delà des échos, présenté dans la pyramide PY1, que j’avais varlopé dans Le Journal, le qualifiant de « soupe psychédélique ».

Eh bien, ils ont tout changé ! Ils se sont débarrassés du discours en anglais du philosophe plate et ont collaboré avec Olivier Kemeid (Théâtre de Quat’Sous) pour composer une trame narrative en français. Le comédien Patrice Dubois fait la narration. Ils ont éliminé l’horrible version d’Imagine de John Lennon à la fin pour la remplacer par To Build a Home de Patrick Watson.

Y’a rien comme une critique virulente dans les médias pour ramener sur terre l’homme qui est allé dans l’espace.