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Trains de passagers: nous sommes des arriérés

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Ça ne se peut pas, que je me suis dit en lisant le titre de cet article paru dans Le Devoir du 29 juillet 2019: «Via Rail. La viabilité du tronçon Montréal-Québec remise en question. L’inclusion de cette liaison nuirait à la rentabilité du projet de train à grande fréquence dans le corridor Québec-Toronto».     

Incroyable, mais vrai. On est encore au stade des discussions et des calculs loufoques de pseudo-rentabilité. Ça fait plus de 20 ans qu’on se penche sur la nécessité, oui la nécessité, de se doter d’un train à grande vitesse comme il y en a depuis longtemps en Europe et en Asie. C’est plus que de l’immobilisme, ça frise l'arriéré. En 2015, qu’est-ce que j’ai vu comme titre d’article? «Liaison Montréal-Toronto. Marc Garneau, ministre libéral des Transports au Canada, ouvert au train à grande vitesse (TGV) de Via Rail» (La Presse, 21 novembre 2015).     

Et depuis, comme toujours, il ne se passe rien. Nous sommes la risée du monde. Imaginez un Italien ou un Français qui vient en touriste au Québec et qui apprend qu’il n’y a aucun TGV au pays, pas même pour le trajet Montréal-Toronto, même pas un train rapide de Montréal à l’aéroport. Et ensuite, on dit au visiteur chinois qu’il faut compter souvent plus de 2 heures 30 pour un petit voyage en train de Montréal à Ottawa, et ce train doit parfois faire des arrêts pour laisser passer les convois de marchandises du CN et du CP. Et s.v.p., n’allez surtout pas dire à notre touriste chinois que nos voies ferrées appartiennent aux grosses compagnies privées CN et CP, largement détenues par des firmes américaines, dont le milliardaire Bill Gates (Microsoft), le plus important actionnaire individuel du CN, une société de propriété collective. Il ne vous croira pas, pensant que vous en beurrez épais. Il va vous traiter de farceur tellement nous sommes aliénés en matière de transport en commun, et cela depuis toujours.    

Trudeau et Harper: du pareil au même  

En 2017, Justin Trudeau a nommé Françoise Bertrand au poste de présidente du conseil d’administration de VIA Rail Canada. Pour nos élus, le transport en commun n’a pas une grande importance. Mme Bertrand a été de 2003 à 2016 présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec, un organisme patronal pour qui il faut absolument limiter au strict minimum les services publics, qu’il préfère privatiser et tarifier abondamment. Les chambres de commerce affectionnent l’État minimal, les petits impôts, les paradis fiscaux, les coûteux PPP et les inégalités économiques qui sont pour elles naturelles et nécessaires. Il me semble qu’il aurait été préférable de nommer quelqu’un d’autre à la tête d’une société d’État opérant un service public.    

Le Canada: une risée mondiale  

Titre de l’article publié dans Le Journal de Montréal du 3 juillet 2017: «Paris-Bordeaux [environ 600 kilomètres] en 2 heures [avec le TGV]». Et ici, Montréal-Toronto, pour une distance équivalente de 600 kilomètres, ça prend combien de temps en train?    

Tiens, un autre texte paru dans Le Journal de Montréal du 2 décembre 2014: «Grâce au TGV, l’Europe rétrécit».    

Que dites-vous de Paris-Barcelone (avec 8 arrêts), un trajet de 1200 kilomètres effectué en 6 heures et 15 minutes sans changer de train?    

Évidemment, nos gros transporteurs aériens, nos fabricants d’automobiles et nos producteurs de pétrole n’aiment pas le train. Pourtant, c’est un moyen de transport si plaisant qui part et arrive au centre-ville (pas besoin de se rendre à l’aéroport) et pas de file d’attente comme à l’aéroport pour les contrôles de sécurité et de bagages. On peut se présenter à la gare 15 minutes avant le départ du train.    

Et la Chine communiste dans tout ça  

Que vois-je comme autre article du Journal de Montréal du 1er septembre 2018? «Un TGV flambant neuf en Chine». Un autre TGV, devrait-on dire. Dans le texte on signale que «C’est le 1er août 2008 [ça fait donc 11 ans] que la Chine [pourtant le socialisme est censé être très mauvais et largement inférieur au capitalisme] avait inauguré sa première ligne de chemin de fer à grande vitesse reliant Pékin à Tianjin. Depuis, [lisez ceci bien attentivement] le pays possède le plus vaste réseau de trains à grande vitesse au monde [oui au monde]». Et nous, où en sommes-nous à cet effet?    

Les trains de banlieue toujours aussi pires  

Si nos politiciens avaient vraiment à cœur la protection de l’environnement, ils donneraient priorité aux trains de passagers, à grande vitesse ou pas, et aux trains de banlieue publics qui émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre que l’auto et ils nationaliseraient les rails.    

Pourtant, ces mêmes élus et des pseudo-écolos comme le nouveau candidat du Parti libéral du Canada, Steven Guilbeault, n’ont de cesse de nous faire la morale: arrêtez de prendre votre auto pour vous rendre au travail. Je répondrais que les trains de banlieue, c’est exécrable en raison du sous-financement public. Prenons juste les titres de ces articles parus en 2018 dans Le Journal de Montréal, alors qu’il y en a plein d’autres:        

Toujours pénaliser le monde ordinaire  

Alors pour le patronat, ses universitaires et certains chroniqueurs, la solution n’est surtout pas de régler le problème à la base par du financement public additionnel comme ailleurs. Non, leur solution est de privatiser les autoroutes, pour introduire des péages très coûteux (des autoroutes et des ponts privés financés massivement par des fonds publics... comme la 25 et la 30) et de privatiser le transport en commun, mais encore financé majoritairement par des subventions gouvernementales, comme le cas du REM, propriété de la Caisse de dépôt qui ne connaît rien en transport collectif et pour qui le transport en commun est une affaire secondaire.