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Tout un jackpot pour deux chercheuses montréalaises

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On comprend maintenant le comportement de la protéine qui est responsable de la formation de métastases.  

Des chercheuses de Montréal qui travaillent sur le cancer de l’ovaire depuis près de 30 ans viennent de découvrir une piste pour le guérir. Elles savent dorénavant comment les cellules de la maladie se déplacent, ce qui pourrait leur permettre d’éradiquer la formation des métastases.    

«Le résultat de notre recherche, c’est un peu comme gagner le jackpot», lance Dre Anne-Marie Mes-Masson, rencontrée dans son bureau du Centre de recherche du CHUM (CRCHUM).    

Le cancer de l’ovaire est la cinquième principale cause de décès en Amérique du Nord. Il a été diagnostiqué chez 2800 Canadiennes en 2017 et 1800 femmes en sont décédées la même année.    

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Au CRCHUM, une équipe menée par Dre Mes-Masson et Dre Diane Provencher a découvert qu’une protéine nommée Ran permettait aux cellules du cancer de l’ovaire de se déplacer. L’étude a été publiée en juin dans la revue scientifique «Nature Communications» par leur collègue biochimiste Kossay Zaoui.Ran: le taxi des métastases    

Il avait déjà été déterminé que la protéine Ran jouait un certain rôle dans l’expression du cancer de l’ovaire. «Des publications démontraient qu’une cellule normale pouvait se passer de cette protéine au moins pour un bout de temps, détaille docteure Mes-Masson. Par contre, quand on l’a enlevée dans les cellules tumorales, on a assisté à une mort massive de ces cellules.»    

L’équipe a ainsi conclu que les cellules du cancer de l’ovaire sont dépendantes de Ran.    

«On a même poussé des tumeurs dans des souris, puis on a enlevé Ran et les tumeurs ont disparu, relate la scientifique. Les tumeurs repoussaient seulement lorsque la souris recommençait à produire Ran.»    

L’équipe montréalaise a découvert que, dans le cancer de l’ovaire, la protéine Ran sert de taxi pour une autre protéine nommée RhoA. RhoA est nécessaire pour que les cellules puissent se déplacer dans le corps et donc créer des métastases. «Nous avons réalisé que, sans Ran, RhoA ne peut pas atteindre la membrane d’une cellule du cancer ovarien, explique Dre Mes-Masson. Elle doit obligatoirement être fixée à Ran.»    

Dans le cas d’une cellule saine, sans cancer, RhoA n’a pas besoin de Ran pour pénétrer la cellule. Ainsi, si on se débarrasse de Ran, Rhoa perd toute aptitude à déplacer les cellules cancéreuses. Les chercheurs concluent ainsi que si on inhibe la capacité d’une cellule à bouger, on peut minimiser la quantité de métastases produites.L’un des pires cancers    

Si le cancer de l’ovaire est aussi ravageur, c’est que son diagnostic est souvent tardif. «Ce n’est pas parce que les docteurs ne font pas une bonne job, dit Dre Provencher. C’est qu’il n’y a pas de moyen de détection. Je n’ai aucun moyen d’imagerie ou d’échographie qui me permet de voir ce qui se passe avant que le cancer soit déjà bien parti.»    

C’est donc le dépistage qui est le plus difficile. «Le deuxième défi, c’est qu’on n’arrive pas encore à guérir ce cancer, donc une grande majorité des femmes vont en mourir», soutient Dre Mes-Masson.    

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La combinaison des traitements demeure, dans tous les cas, la meilleure chance de survie pour les patientes. «En 1976, on pouvait espérer six mois de survie au total. Aujourd’hui, la moitié des patientes vont survivre cinq ans», dit Dre Provencher.    

Chez les malades, les métastases sont responsables de 90 % des décès. Elles surviennent quand les cellules cancéreuses peuvent se déplacer et envahir les tissus sains. «Notre espoir, c’est que notre découverte ait un impact sur d’autres cancers, ajoute Dre Mes-Masson. Si on peut prévenir les métastases, ça pourrait être un ajout aux thérapies de base déjà utilisées.»Une banque de tissus à l'étude    

Diane Provencher et Anne-Marie Mes-Masson ont mis sur pied la plus grande biobanque d’échantillons de cancers de l’ovaire. «Ça va bientôt faire 30 ans qu’on travaille ensemble sur le cancer de l’ovaire, lance Dre Mes-Masson. Quand Diane Provencher est arrivée en 1989, j’étais à l’institut du cancer, mais je travaillais sur des souris. La première chose qu’elle m’a dit, c’est de lâcher mes souris et de me mettre à travailler avec les humains», rigole la chercheuse.    

Aujourd’hui les deux femmes étudient les comportements du cancer de l’ovaire sur des tissus récoltés à même les tumeurs retirées aux patientes et grâce aux échantillons de sang prélevés chez ces femmes. Comme les tumeurs se conservent aussi longtemps qu’elles ne sont pas complètement épuisées, on retrouve des échantillons de biobanque qui y sont depuis 30 ans.    

«On a même réussi à fabriquer des modèles de cellules vivantes. Une fois sur 100, on réussit à créer une de ces lignées cellulaires que l’on qualifie d’immortelle. On en a une trentaine actuellement.»    

Les tissus tumoraux des femmes atteintes du cancer de l’ovaire, répertoriés dans la banque, ont été nécessaires à de nombreux progrès scientifiques ici et ailleurs. «Si on peut partager toutes ces données, c’est que les femmes nous ont donné la permission, explique Dr Provencher. C’est grâce à elles.»    

Comme les chances de survie des femmes atteintes du cancer de l’ovaire sont encore aujourd’hui plutôt faibles, les chercheuses soulignent le don de soi dont ont fait preuve ces femmes à travers les années.    

Certaines d’entre elles ont d’ailleurs donné leur consentement pour la recherche sur leurs tissus alors que leurs pronostics étaient extrêmement défavorables. «Il y a 30 ans, on était très loin des patientes et de leur cancer, se souvient Dre Provencher. Grâce aux tissus, aujourd’hui, on est en plein dedans.»