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Des intrus qui bouleversent nos écosystèmes aquatiques

Suite à l’arrivée du gobie dans certains lacs, comme le Saint-François, une augmentation de la taille des achigans à petite bouche a été constatée. Bien que cet exemple montre un effet positif sur la qualité de la pêche, il en découle de sérieux impacts sur la biodiversité et sur la survie de plusieurs espèces.
Photo courtoisie Suite à l’arrivée du gobie dans certains lacs, comme le Saint-François, une augmentation de la taille des achigans à petite bouche a été constatée. Bien que cet exemple montre un effet positif sur la qualité de la pêche, il en découle de sérieux impacts sur la biodiversité et sur la survie de plusieurs espèces.

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Le fleuve Saint-Laurent est sans contredit le plan d’eau qui accueille la plus grande diversité. Ce dernier, comme plusieurs autres, fait toutefois face à un chamboulement marqué à plusieurs niveaux.

Selon vous, au cours des 200 dernières années, combien d’espèces animales aquatiques envahissantes ont été introduites dans le bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent ? Prenez une seconde pour y penser. J’ai été stupéfait d’apprendre, selon l’ouvrage de Lafontaine et Constan, qu’il y en avait eu plus de 163. Les plus notables de l’ère moderne furent la carpe commune en 1910, la moule zébrée en 1989, le gardon rouge en 1990, la tanche en 1991, la moule quagga en 1992, le gobie à taches noires en 1997, la petite corbeille d’Asie en 2009, le cladocère épineux en 2014 et la carpe de roseau en 2016.

Outre les carpes asiatiques qui constituent la toute dernière menace il est important de se rappeler tous les méfaits engendrés par ces envahisseurs, dont deux en particulier, les moules zébrés et les gobies. Pour en savoir plus sur ces deux espèces, j’ai contacté Olivier Morissette, biologiste au Service de la gestion des habitats aquatiques et de la production piscicole pour la Direction de l’expertise sur la faune aquatique du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, à Québec. Voici un résumé de ses propos et de ses notes :

Moules zébrées

Cette espèce, introduite accidentellement dans les Grands Lacs par le transport maritime transocéanique, est notamment reconnue pour sa grande fertilité et, une fois implantée, elle peut former des tapis très denses pouvant entraîner des blessures aux plaisanciers qui y marcheraient. Elles utilisent les habitats des espèces indigènes au détriment de celles-ci. Dans les endroits fortement infestés, nous verrons des moules zébrées sur toutes les surfaces dures disponibles au fond de l’eau, y compris sur les moules indigènes. Leur présence peut causer leur mort par asphyxie.

La moule zébrée est une espèce qui affectera les « poissons sportifs » majoritairement dans leurs premières années de vie. Elles filtreront de grandes quantités de proies potentielles (plancton et algues) des larves et juvéniles de ces poissons. Une quantité moins grande de nourriture influencera sûrement la survie de ces jeunes poissons, une étape critique de leur développement qui détermine souvent l’abondance de la cohorte à venir. De plus, la matière organique dissoute relâchée par les moules peut favoriser les éclosions d’algues en plus de diminuer la quantité d’oxygène, une variable essentielle pour la qualité de l’habitat et la survie de plusieurs espèces de poissons.

Les moules zébrées s’accrochent à n’importe quoi et elles peuvent bloquer les canalisations ainsi qu’encrouter les coques et les moteurs de bateaux.
Photo courtoisie
Les moules zébrées s’accrochent à n’importe quoi et elles peuvent bloquer les canalisations ainsi qu’encrouter les coques et les moteurs de bateaux.

Les gobies à taches noires

Les espèces envahissantes se caractérisent par une grande fertilité et leur compétitivité avec les espèces déjà présentes. Le gobie à taches noires est une espèce compétitive et territoriale qui tend à dominer certaines espèces indigènes similaires comme les raseux-de-terre gris, les chabots, les fouilles-roches et les dards.

Le gobie est à la fois le prédateur et la proie. Il est bien démontré que le gobie, s’il en a la chance, se nourrira d’œufs de poissons. Il ciblera particulièrement les œufs qui sont enfouis dans le substrat, comme ceux des achigans, bien que d’ordinaire le mâle achigan gardera son nid d’œufs après la ponte. D’où, entre autres, l’intérêt d’interdire la pêche lors de la période de reproduction de l’achigan. Le gobie entrera également en compétition avec les petites espèces de poissons qui lui sont similaires. Le gobie consomme également de grandes quantités d’invertébrés, ce qui réduit le « garde-manger » des espèces similaires, mais aussi des jeunes stades de poissons sportifs. D’un autre côté, le gobie est également la proie de plusieurs grands prédateurs. Notamment, une équipe du MFFP a démontré que le gobie était devenu une proie importante des dorés jaunes et noirs, de la perchaude, du grand brochet et de l’achigan.

Cependant, ils ne la consommeront pas toute leur vie. Les prédateurs de petites tailles (perchaude, doré noir et achigan) vont consommer un nombre croissant de gobies lorsqu’ils atteindront des tailles importantes (au moins 15 cm), ce qui est l’inverse pour les prédateurs de grandes tailles (doré jaune et brochet). Ces derniers vont graduellement délaisser le gobie pour des proies plus grandes et donc, plus énergétiques. Ces prédateurs assurent donc un certain « contrôle » sur le gobie. Toutefois, lorsqu’ils sont en faible nombre ou absents, les gobies se retrouvent sans prédateur potentiel et peuvent prendre une grande place dans l’habitat. C’est le cas au lac Saint-François, où le gobie est très abondant. Alors que le doré jaune est peu présent, le doré noir est absent et le grand brochet y a fortement décliné depuis 1996, tandis que l’achigan à petite bouche et la perchaude abondent. Ces deux espèces sont cependant les prédateurs les moins efficaces du gobie. On peut donc imaginer quel serait l’impact du gobie s’il était introduit (illégalement) dans des lacs où de tels prédateurs sont absents.

Les bonnes pratiques consistent à inspecter l’embarcation et l’équipement afin de retirer tous les organismes pouvant y être accrochés, et de s’en départir de façon sécuritaire pour l’environnement de tous.

De plus, il faut veiller à vider l’eau du bateau, des viviers et des glacières, à laver à l’eau chaude, ou avec un jet d’eau sous pression, l’embarcation et l’équipement. Cela doit être répété chaque fois que l’on visite un nouveau plan d’eau. Une capsule vidéo explicative qui résume l’ensemble de ces étapes est accessible au lien suivant : www.youtube.com/watch?v=yrUpBbFyzDY