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Les Nordiques des frères Stastny

Les frères Stastny représentent la belle époque du hockey à Québec

Les Nordiques des frères Stastny

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Plusieurs se sont gaussés, cette semaine, devant la nouvelle statue à Québec rendant hommage aux frères Stastny. Ils ne s’enthousiasment pas vraiment devant cette représentation des frères slovaques mythiques sur le modèle «hockey sur table». Je laisse l’appréciation esthétique à la discrétion de chacun, même si je crois que cette œuvre ne mérite pas qu’on soit si sévère à son endroit - et bien franchement, j'apprécie le monument! Mais là n’est pas l’essentiel, dans les circonstances. Ce qui me frappe, ici, c’est la présence qu’occupe l’histoire des Nordiques dans la mémoire collective de la ville et de la nation. Comment un club sportif, disparu depuis vingt cinq ans, peut-il encore susciter une telle nostalgie? Et pourquoi ces trois frères de légendes demeurent-ils ancrés dans l’imaginaire collectif? À quelle corde sensible de l’identité collective sont-ils liés? Car ne nous trompons pas: c'est bien dans ce registre, et pas seulement dans celui du divertissement, qu'on peut comprendre ce phénomène.

Évidemment, pour les Québécois, le hockey est un sport, mais ce n’est pas qu’un sport. C’est un vecteur identitaire. Il n’y a rien là d’exceptionnel: partout dans le monde, le sport catalyse les passions collectives. La fierté nationale s'y exprime. La rivalité Canadiens-Nordiques, par ailleurs, a permis en d'autres temps l’expression saine de la rivalité insurmontable entre la métropole et la capitale. Il y avait pourtant dans ce bel hommage quelque chose de plus. Comment ne pas être ému devant l’histoire de ces trois Slovaques ayant traversé le rideau de fer pour trouver refuge dans notre capitale enneigée. Ils avaient réussi à fuir le communisme, et c’est chez nous, au Québec, dans le dernier bastion de l’Amérique française, qu’ils firent l’expérience de la liberté et purent vivre de leur passion. À sa manière, dans la deuxième saison de Lance et compte, Réjean Tremblay avait rendu hommage à leur aventure à travers le personnage de Sergei Koulikov.

Les Stastny, par ailleurs, représentent le contraire des sportifs mercenaires qui passent d’une ville à l’autre selon la grosseur du chèque qu’on leur tend. Ils se sont investis dans leur ville d’adoption. Ils y ont adhéré. Ils ont appris le français. Ils avaient tout pour servir de modèles pour la jeune génération. Encore aujourd’hui, ils représentent la belle époque du hockey à Québec. Ils ont fait la gloire de notre sport national dans la vieille capitale. Et si les Québécois (à la fois les citoyens de Québec mais aussi l’ensemble des citoyens du Québec) espèrent encore aujourd’hui le retour des Nordiques, c’est qu’ils espèrent au fond d’eux-mêmes le retour de ces Nordiques-là. Comment peut-on être complètement étranger à cet espoir et à la légende qui l’alimente?