/finance/pme
Navigation

Trouver une solution à la sudation

Trois associés ont mis au point un appareil pour traiter un mal qui affecterait 5 % de la population mondiale

Nicolas Jolicœur, Maxime Calouche et Mathieu Mireault, de la compagnie Dermadry, ont produit un équipement à ionophorèse pour traiter la sudation excessive.
Photo Agence QMI, Joel Lemay Nicolas Jolicœur, Maxime Calouche et Mathieu Mireault, de la compagnie Dermadry, ont produit un équipement à ionophorèse pour traiter la sudation excessive.

Coup d'oeil sur cet article

Ces trois amis d’école ont laissé leur carrière respective dans la finance et en marketing pour fonder Dermadry et mettre au point un appareil médical pour traiter la sudation excessive ou hyperhidrose.

Une drôle d’idée, direz-vous, pour trois gars dans la vingtaine de s’attaquer à ce problème. C’est qu’il est plus répandu qu’on pense et, surtout, qu’il affecte l’un d’eux, Maxime Calouche.

Cette affection peut se traiter notamment avec un appareil à ionophorèse, qui fonctionne par l’application d’un léger courant sur la peau, neutralisant les connexions entre les nerfs et les glandes sudoripares.

Comme Maxime ne trouvait pas sur le marché d’appareil à un prix abordable, il a décidé de s’en fabriquer un avec des bols en aluminium reliés à des batteries.

Avec ce prototype en main, il a convaincu ses deux amis, Mathieu Mireault et Nicolas Jolicœur, de s’associer avec lui pour fonder Dermadry en 2016.

« Il n’a pas eu de difficulté à nous convaincre puisqu’on avait tous l’ambition de se lancer en affaires », raconte Mathieu Mireault.

Tour à tour, ils ont quitté leur emploi pour se consacrer à l’entreprise.

Mathieu Mireault était conseiller en innovation chez Desjardins. « Je donnais des idées aux entrepreneurs pour être plus innovants. Il était temps que j’applique mes conseils à mon propre projet », dit-il.

De son côté, Maxime travaillait comme directeur de compte pour BDC, alors que Nicolas œuvrait dans une agence de marketing.

Ne jamais lâcher

Au démarrage, ils ont eu la chance de pouvoir occuper un espace dans l’entrepôt de l’entreprise du père de Maxime. Pour le design et l’ingénierie de leur appareil, ils ont fait appel à la firme Novo, spécialisée dans le développement de produits technologiques. Il leur a fallu trois ans de travail et plusieurs retours sur la planche à dessin pour mettre au point l’appareil de Dermadry.

« On ne pensait jamais que ce serait si long, explique Mathieu. Il fallait y croire. »

Cette première phase a nécessité un investissement de 700 000 $. En plus de leurs fonds propres, ils ont pu compter sur l’appui financier de leurs proches et de Novo, qui a financé une partie du développement.

Ils ont opté pour la miniaturisation des composants électroniques, ce qui leur a permis de concevoir un appareil plus petit à un coût abordable, soit « environ la moitié du prix des autres appareils sur le marché, précise Maxime. De plus, notre appareil est le seul qui est homologué par Santé Canada. »

Selon les estimations, environ 5 % de la population souffrirait d’hyperhidrose. Cette sudation excessive, qui peut être localisée aux pieds, aux mains, au visage et aux aisselles, devient incommodante dans la vie quotidienne. Elle entraîne des infections fongiques, des mycoses de l’ongle, sans parler des odeurs de transpiration.

« Dans les cas les plus sévères, elle peut empêcher les gens de faire des choses aussi banales que d’utiliser un cellulaire ou d’écrire parce que les mains sont trop mouillées », raconte Maxime.

Prévisions dépassées

Moins d’un an après le début de la mise en marché, le chiffre d’affaires de Dermadry se retrouve déjà dans les sept chiffres. Elle embauche une trentaine d’employés.

« On a dépassé toutes nos prévisions, affirme Nicolas. Il nous a fallu revoir nos stratégies notamment en matière d’approvisionnement pour éviter les ruptures de stock. »

Actuellement, Dermadry réalise 90 % de ses ventes en ligne par le biais de son site transactionnel et de sa boutique sur Amazon. L’entreprise fait aussi affaire avec des distributeurs pour la vente dans les cabinets de médecins et de podiatres en plus d’être présente dans les pharmacies de la grande région de Montréal.

Les trois associés préparent une offensive à l’international en visant d’abord l’Asie.

« C’est là où est notre principal marché, l’hyperhidrose étant plus présente dans les pays où il fait chaud », explique Mathieu.

L’appareil Dermadry est déjà en cours d’homologation en Argentine, au Vietnam et aux Philippines.

Même s’ils l’espéraient, ils ne s’attendaient pas à un succès aussi rapide. « Il faut maintenant gérer la croissance, une bouchée à la fois. Heureusement, on est entouré de bons partenaires avec EDC [Exportation et développement Canada] et Développement économique Canada », dit Mathieu.

Leur récompense : savoir que leur appareil fait une différence dans la vie des utilisateurs. « Une femme nous a dit récemment que, pour la première fois, elle avait pu tenir la main de son mari. Ce genre de commentaire nous rappelle pourquoi on fait ça », conclut Mathieu.

Son parcours

  • Mathieu Mireault, 29 ans
  • Maîtrise en marketing, HEC Montréal, 2016
  • Conseiller en innovation, Desjardins, de 2013 à 2016
  • Cofondateur de Dermadry, 2016

UNE DE NOS MEILLEURES DÉCISIONS

« On a développé Dermadry avec une approche centrée sur les utilisateurs comme Maxime. On savait que notre produit répondait à une réelle problématique de santé. »

UNE DE NOS PIRES DÉCISIONS

« D’avoir écouté certains conseils au lieu d’avoir confiance en notre instinct. »