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Un Mexicain récolte ici depuis 38 ans

Sans employés latino-américains, il y a longtemps que les fermes familiales québécoises auraient disparu

Le fermier Flavio Evelio Lopez Cavallero revient au Canada tous les étés depuis 38 ans.
Photo Francis Halin Le fermier Flavio Evelio Lopez Cavallero revient au Canada tous les étés depuis 38 ans.

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À 68 ans, le Mexicain Flavio Evelio Lopez Cavallero ne voudrait pour rien au monde tourner le dos à son métier de fermier, auquel il s’est donné corps et âme la moitié de sa vie.

« Ça fait 38 ans que je viens travailler ici. Je peux continuer des années encore. Ça dépendra de ma santé, parce qu’à un moment, elle peut baisser comme un ballon qui se dégonfle », lance à la blague Flavio Evelio Lopez Cavallero parmi les chants de cigales.

À l’approche de ses 70 ans, le fidèle travailleur deux fois plus âgé que ses collègues n’abandonnerait jamais Saint-Rémi. L’homme originaire de la région d’Oaxaca, dans le sud du Mexique, est amoureux du Québec.

« C’est un lieu plus tranquille qu’ailleurs. C’est pour ça que je reviens ici », affirme-t-il, sourire aux lèvres, en s’appuyant sur son râteau.

Petit rituel

Comme lui, des milliers de Mexicains débarquent chaque année dans les fermes de la province pour gagner leur vie. En 2017, plus de 52 % des travailleurs agricoles venaient de ce pays, selon Ferme Québec, un organisme qui recrute des travailleurs étrangers temporaires.

« Je pourrais aller ailleurs où il y a plus de pression, où ça serait pire. Ici, il n’y a pas de pression, c’est juste normal », poursuit Flavio, en replaçant ses cheveux sous son chapeau de paille.

L’homme aime l’ambiance à Saint-Rémi, même s’il est à plus de 5000 km de sa maison. Chaque jour, après les heures de travail, lui et ses confrères ont leur petit rituel.

Le soir, ils prennent une pause bien méritée pour reposer leurs muscles encore chauds et se racontent leurs vies et leurs rêves au son des grillons qui percent la nuit.

« Ici, il n’y a pas de discrimination. On se rejoint entre Guaté­maltèques et Mexicains dans la grange après le travail et on discute. »

Tranquillité

Quand on lui demande pourquoi il reste au Québec alors qu’il pourrait très bien aller où il veut avec son expérience, il prend une pause et évoque encore le côté paisible des villages québécois.

« Je pourrais aller en Ontario ou en Alberta, mais il y a une telle tranquillité ici », conclut-il avant d’enjamber des pommes de laitue vertes pour rejoindre ses collègues.

À la fin de la saison, quand il sera de retour chez lui, Flavio Evelio Lopez Cavallero profitera de la vie. Pas question d’effectuer de grosses rénovations à la maison vu son âge. Il se la coulera douce avec ses petits-enfants en pensant à la Belle Province.