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Une lecture de vacances idéale

WE 0810 ENTREVUE 
Laetitia Colombani
Photo courtoisie, JF PAGA Laetitia Colombani

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Avec Les victorieuses, son second roman, l’écrivaine française Laetitia Colombani nous invite à découvrir un palais parisien dont très peu de guides touristiques ont l’habitude de parler.

La tresse, son tout premier roman, s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires et a été traduit dans 32 langues. Un succès monstre qui, au moment de reprendre la plume, aurait facilement pu faire peur à Laetitia Colombani. « Par chance, quand j’ai vu à quel point La tresse plaisait, j’avais déjà commencé à travailler sur Les victorieuses et j’étais bien engagée dans mon sujet, explique l’écrivaine française, qui vit à Paris. Tout ce succès m’a donc plutôt portée et donné l’encouragement de poursuivre. »

« Je suis aussi cinéaste et, pendant que j’écrivais La tresse, j’avais un rendez-vous dans le 11e arrondissement pour un projet de film, poursuit-elle. Je me suis perdue et je me suis retrouvée rue de Charonne, devant ce gigantesque bâtiment classé historique où il était écrit “Palais de la Femme”. C’est ce mot “palais” qui m’a intriguée et je me suis approchée pour lire la plaque commémorative. Ça a été le point de départ des Victorieuses. »

Comme tout le monde, Laetitia Colombani savait que l’Armée du Salut était un organisme qui œuvrait pour les démunis. Mais elle ne connaissait ni son histoire ni la façon dont il avait été créé. Idem pour le Palais de la Femme, un établissement de l’Armée du Salut qui, depuis 1926, accueille les femmes seules grâce à l’acharnement et à la détermination d’une certaine Blanche Peyron.

« Je n’avais jamais entendu parler de Blanche Peyron et j’ai dû faire des recherches pour en savoir plus sur elle, confie Laetitia Colombani. Je voulais que l’intrigue principale se déroule aujourd’hui, mais je voulais également qu’on puisse suivre Blanche en parallèle, avec les grandes lignes de l’histoire de l’Armée du Salut. Je voulais qu’elle soit présente comme un fil rouge, même si je restais surtout concentrée sur la période actuelle. »

Le chemin de la guérison

Une période actuelle qui ne sera malheureusement pas particulièrement agréable pour Solène, l’héroïne des Victorieuses. Avocate dans un cabinet réputé, elle était en effet aux premières loges lorsque l’un de ses clients s’est jeté du sixième étage. Et un malheur arrivant rarement seul, l’homme qu’elle aime ne tardera pas à la quitter pour une autre.

Suivie pour surmenage professionnel et dépression, Solène pourrait difficilement aller plus mal. Plus rien ne l’intéresse à part dormir, dormir et encore dormir. Ce qui commence d’ailleurs à inquiéter son médecin et, soucieux de la voir retrouver au plus vite une bonne raison de se lever chaque matin, il lui conseillera de faire du bénévolat.

C’est donc une petite annonce sollicitant des écrivains publics qui finira par pousser Solène à sortir de son lit. Direction le Palais de la Femme, dont les résidentes oseront peu à peu réclamer son aide pour coucher sur le papier demandes de remboursement, billets d’amour, lettres de protestation ou missives adressées à des parents restés au pays.

Ce faisant, Solène se redécouvrira... en plus de découvrir une réalité très différente de la sienne : celle de ces femmes qui, peu importe leur nationalité, ont toutes été profondément écorchées par la vie.

Le palais fin

« Pour moi, le plus délicat a été de peindre le portrait le plus juste du Palais sans faire quelque chose d’idyllique et sans tomber non plus dans le glauque, précise Laetitia Colombani. La vie n’y est pas facile, car on n’y est pas par choix, et je voulais montrer cet endroit dans tout ce qu’il a de merveilleux et de douloureux. »

Au fil des pages, l’écrivaine nous permet également de côtoyer une femme exceptionnelle, à savoir Blanche Peyron. Très jeune, cette Lyonnaise a tenu à combattre la misère, et à la fin du XIXe siècle, il fallait vraiment avoir du cran pour s’enrôler dans l’Armée du Salut. « Blanche disait qu’elle ramassait sur sa robe des morceaux de rats crevés, et certaines de ses collègues ont été agressées au couteau, ajoute Laetitia Colombani. Parce qu’elles étaient des femmes, elles ont été très mal accueillies, les voir prêcher en public choquait beaucoup. Mais c’est grâce à l’action de Blanche qu’encore aujourd’hui, des centaines de femmes dans le besoin sont hébergées et épaulées au Palais. »