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La destinée de Piette

Samuel Piette
Photo PIerre-Paul Poulin Samuel Piette est heureux d’être revenu à la maison après un séjour en sol européen. Au sein de l’Impact, il est un rouage important. En juin dernier, il a défendu les couleurs du Canada à la Gold Cup.

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Samuel Piette est aujourd’hui l’une des têtes d’affiche de l’Impact. Pourtant, il ne s’est pas imaginé en joueur de soccer avant d’être assez avancé dans sa jeune carrière.

Récit d’un parcours marqué par la destinée

Piette a tout juste quatre ans quand il commence à taper dans un ballon. Il veut alors imiter ses cousins Mathieu et Gabriel, qui sont un peu plus âgés que lui et qui résident sur la même rue de Repentigny que les parents des trois jeunes hommes habitent encore aujourd’hui.

Piette, qui est aujourd’hui indispensable à l’Impact, a abordé son sport avec beaucoup de naïveté pendant assez longtemps.

«C’est assez tard que j’ai compris que j’avais du potentiel au soccer, avoue-t-il. À 12 ans, j’ai fait les sélections régionales pour les Jeux du Québec avec Lanaudière, et on a gagné en division II. Je pensais que ça s’arrêtait là.

«J’ai ensuite fait les sélections des équipes du Québec. Je ne savais pas que ça existait. J’y suis allé en me disant que je ferais le mieux possible, mais je n’ai jamais été coupé et j’ai ensuite fait les sélections canadiennes.»

En France

Il a poursuivi son développement tout en continuant de penser qu’il n’y avait pas de débouchés dans son sport, et ce, malgré deux séjours d’un mois en France pour s’entraîner avec le FC Metz.

Pourtant, à 13 ans, un entraîneur lui parle d’un club allemand qui a de l’intérêt pour lui et qui aimerait l’accueillir.

Après avoir raccroché, il se met à pleurer et dit à ses parents qu’il n’est pas prêt à s’expatrier. Quand une nouvelle chance se présente quelques mois plus tard, il fait le saut.

«Je ne pensais jamais qu’il y avait des débouchés dans ce sport, mais ça ne s’arrêtait jamais. C’est quand je suis parti en France à 14 ans pour le soccer que j’ai réalisé que c’était possible, mais je n’étais pas au même niveau que les autres là-bas», a-t-il confié.

Et encore là, il n’y croyait pas tellement quand il s’est joint officiellement au FC Metz, où il aura passé deux ans.

«Je me suis dit que je ferais un an ou deux, que je vivrais une expérience et que ça s’arrêterait là.»

En Allemagne

Après deux années à Metz, il est invité à s’entraîner avec Dusseldorf, qui évolue alors en Bundesliga 2, la seconde division allemande, qui est très forte.

«À 17 ans, j’ai eu un essai d’une dizaine de jours à Dusseldorf, poursuit-il. Je ne parlais pas du tout allemand, mais je m’entraînais avec les pros et je ne réalisais pas que c’était très fort.

«À la fin d’un entraînement, on faisait un exercice de finition et j’avais marqué le plus de buts, et c’était normal pour moi. C’est quand j’ai signé que j’ai réalisé où j’étais, et en plus, cette année-là, l’équipe a été promue en Bundesliga.»

Il passera deux années à Dusseldorf, et un changement au sein de la direction du club va provoquer son départ, mais un soir de Saint-Jean, il reçoit un appel de son agent lui disant qu’il doit sauter dans un avion parce que Dortmund l’attend pour un essai.

Il y passera trois semaines, mais on ne parviendra pas à lui trouver une place dans l’alignement puisqu’un joueur qui devait partir est finalement resté.

Destin

C’est un peu là qu’intervient le destin dans cette histoire. Il se retrouve en Espagne avec le Racing de Ferrol, une formation de troisième division. «Tout était compliqué avec les papiers, se souvient Piette. J’ai joué un match amical contre La Coruna et, après ça, ils m’ont offert de signer avec eux.»

Il passe l’année avec La Coruna en D4 et, l’année suivante, il doit retourner avec le Racing de Ferrol en prêt, mais il perd toujours sa place parce qu’il est continuellement parti avec les formations U20, U23 et senior du Canada.

Après un passage au CD Izarra, il commence à prendre du galon avec la formation canadienne et il connaît une excellente Gold Cup au cours de l’été 2017. Les partisans de l’Impact commencent à le remarquer, et la pression se fait forte pour qu’on le rapatrie.

C’est dans ce contexte qu’à 22 ans, Piette rentre à la maison après un séjour en Europe de près de huit ans qui ne devait en durer qu’un ou deux dans la tête du jeune homme.

Un nom qui a fait le buzz

Avant même que la Gold Cup 2017 ne se termine, il commence à y avoir un buzz autour du nom de Samuel Piette.

Samuel Piette
Photo AFP

«Je savais un peu que mon nom circulait chez les partisans après la Gold Cup, je suis assez actif sur Twitter, mentionne-t-il. C’était vraiment cool de voir que les partisans m’appréciaient et que mon nom circulait, mais je ne sais pas si ç’a influencé la décision de l’équipe.»

Peut-être que c’est de la modestie. Mais quand on connaît la nature réactive de ce club, on a le droit de croire que la pression des partisans a joué un rôle dans son acquisition au cours de cet été 2017.

Piette tente tout de même de minimiser son acquisition et rappelle qu’il n’était pas très connu, sauf auprès des initiés.

«J’ai signé avec l’Impact le 3 août et je suis devenu un bon joueur. Mais le 2 août, j’étais un joueur comme un autre. C’est un feeling assez spécial», explique-t-il.

Pas un deuil

À 22 ans, Piette a choisi de rentrer à la maison, et c’est jeune pour un Nord-Américain qui tente de faire sa place sur la planète soccer.

Il reconnaît qu’il a longuement pensé à sa décision parce qu’il la savait assez lourde de conséquences puisqu’il est très attaché à sa ville et à sa province.

«Je me disais que j’aurais aimé mieux revenir à Montréal plus tard, un peu comme Patrice Bernier, pour venir finir ici et prendre ma retraite sans avoir à repartir, confie-t-il. Mais si je reviens à 22 ans, si je dois partir à un moment donné, je ne sais pas si je vais être capable parce que je sais que c’est tellement difficile parce que je vais être encore plus installé à Montréal. Je ne voulais pas avoir à vivre ce sentiment.»

Plan

Piette renonçait pour ainsi dire à son plan en quittant l’Espagne, mais il quittait aussi une certaine pression qui devenait lourde à porter.

«Je m’étais aussi fait un plan et je voulais gravir les échelons, mais les gens ne le réalisent peut-être pas, mais c’est extrêmement difficile mentalement parce qu’il y a des contraintes, poursuit-il. Tu es un étranger, et s’ils ont le choix entre un joueur local ou toi, c’est toi qui pars en premier, tu n’es pas apprécié de la même façon que les joueurs locaux.»

Il a vite trouvé sa place au sein de l’alignement de l’Impact, comme en témoigne sa séquence de 51 départs consécutifs qui a pris fin quand il n’a pas joué contre le Los Angeles FC en raison d’une suspension pour accumulation de cartons jaunes, en mai dernier.

Inimaginable

«Aujourd’hui, j’ai un rôle que je ne m’imaginais pas jouer, admet-il. Je ne voulais pas juste être un numéro, je voulais faire ma place. Mais je joue à une position ingrate et, finalement, je suis devenu aide-capitaine, et c’est un rôle auquel je n’aurais pas rêvé au début. »

Quand Rémi Garde a commenté l’absence de Piette à Los Angeles, il a indiqué à quel point le Québécois était important pour son équipe.

«Ça fait chaud au cœur de savoir que mon patron considère que je suis un joueur important et que je contribue aux succès de l’équipe. Je veux d’abord plaire à mes coachs et à mes coéquipiers, confie Piette.

«Je ne m’attendais vraiment pas à avoir cet impact avec l’équipe. Je ne suis pas le meilleur dans la ligue, mais je pense que je fais bien mon travail, et je sais que c’est apprécié des coachs et des joueurs.»

Le visage du club

Même s’il était très attendu, Samuel Piette a fait une entrée plutôt discrète chez l’Impact en 2017. Puis la saison dernière, il a commencé à révéler sa personnalité.

Samuel Piette
Photo Agence QMI, Dominic Chan

Piette, qui dit avoir été un clown à une époque, est sympathique, attachant, articulé et authentique. L’Impact ne pouvait pas vraiment compter sur un meilleur porte-parole, et c’est un rôle qu’il joue à merveille depuis le début de la saison actuelle.

«C’est sûr que j’ai une certaine valeur marketing en étant Québécois», reconnaît-il.

Mais ça va au-delà de l’aspect marketing. Piette a réellement du plaisir à faire ces différentes sorties dans les médias ou les écoles.

Bonne relation

«Ce n’est pas forcé, j’aime ça et je pense que les médias m’aiment, j’ai une bonne relation avec eux, avoue-t-il.

«Ce n’est pas une image que je me donne, je suis le même dans toutes les circonstances, c’est ma personnalité. J’aime ça, participer à des émissions de télé que je regarde le soir avec ma blonde.»

Et surtout, toutes ces activités hors terrain lui ont permis de se réapproprier sa vie.

«Ça me prouve à moi-même que j’ai une vie en dehors du soccer. En Europe, tout tournait autour du soccer. Mon but était de faire en sorte que les journées passent le plus vite possible pour passer à la prochaine, pour arriver à Noël ou à l’été pour revenir à la maison, se souvient-il.

«Mes seuls amis étaient mes coéquipiers qui étaient aussi mes colocataires. Je ne sortais jamais du soccer.»

Attaché

Samuel Piette est très attaché à Montréal et au Québec, et c’est dans un maillot du Canada qu’il a joué son premier match au Stade Saputo, en juin 2017.

«C’était lors d’un match amical contre Curaçao, il y avait 500 personnes de ma famille qui étaient là.»

L’expérience l’a tellement affecté sur le plan émotif qu’il a senti son corps défaillir après la rencontre.

«C’est mon plus beau souvenir en carrière jusqu’à maintenant, affirme-t-il. J’étais tellement excité que même si j’avais une fête organisée après le match, je suis retourné à l’hôtel et je suis tombé malade parce que toutes les émotions se sont relâchées.»