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Vers une baisse des taux d’intérêt au Canada?

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Le taux directeur de la Banque du Canada est demeuré inchangé depuis octobre dernier. Du côté américain, la Réserve fédérale vient tout juste de diminuer le sien.

Plusieurs Canadiens se demandent donc, avec raison, si les taux canadiens suivront. Cette question intéresse tout particulièrement ceux qui renouvelleront bientôt leur prêt hypothécaire.

Quand les taux américains ont diminué leur taux le 31 juillet dernier, plusieurs ont affirmé que la Fed avait cédé aux pressions politiques du président Donald Trump.

Selon ces dires, les autorités monétaires américaines auraient agi par crainte du président, sans avoir de bonne raison.

Rien n’est plus faux. S’il est vrai que Trump a fréquemment demandé des baisses de taux, cela n’explique pas la décision de la Fed.

Ce sont plutôt les actions cavalières du président, et les risques économiques qu’elles font courir au pays, qui expliquent cet assouplissement.

Conflit avec la Chine

Les pressions de Trump sur la Chine ne sont pas sans conséquence pour l’économie. Ce conflit s’abat sur une économie américaine dont le dynamisme a beaucoup tiédi.

Le président vient tout juste d’imposer une nouvelle couche de tarifs douaniers aux produits chinois. Toutes les importations chinoises sont touchées.

Si on ne pense pas que le conflit escaladera jusqu’à la catastrophe, tout porte à penser qu’il ne se réglera pas trop rapidement. Pour parer aux éventualités, la Chine a réagi en dépréciant la valeur de sa devise.

Baisses un peu partout

En gardant ses taux inchangés, la Banque du Canada est de plus en plus isolée. Si plusieurs pays émergents ont déjà baissé leurs taux en 2019, la récente baisse américaine en incitera d’autres à suivre le bal.

Pour nos partenaires développés, l’incertitude qui plane sur l’économie mondiale aura le même effet. Plusieurs baisseront leurs taux.

De son côté, l’économie canadienne connaît une croissance plus forte que prévu et le marché de l’emploi fonctionne à plein régime. Selon plusieurs économistes du secteur bancaire, la force inattendue de notre économie permet à la Banque d’attendre avant d’abaisser ses taux.

Mais ce n’est pas parce qu’elle attend qu’elle n’agira pas.

Beaucoup de prévisionnistes s’attendent à ce qu’elle abaisse ses taux d’un quart, voire même d’un demi-point, d’ici le début 2020.

L’incertitude qui plane sur le commerce mondial n’y est pas étrangère. Nous aussi sommes en conflit ouvert avec la Chine.

L’Europe, qui connaît un ralentissement économique, doit se farcir un nouvel épisode de la saga Brexit dont l’impétueux Boris Johnson est le héros.

Ces écueils risqueront d’affecter l’optimisme et l’investissement du secteur privé au Canada. Nous sommes une économie petite et ouverte. Les malheurs de nos partenaires commerciaux sont aussi les nôtres.


► Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM