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La communauté scientifique russe dénonce des restrictions « soviétiques »

La communauté scientifique russe dénonce des restrictions « soviétiques »
Photo AFP

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Des scientifiques russes se sont alarmés mardi de nouvelles recommandations gouvernementales introduisant d’importantes restrictions dans leurs contacts avec leurs collègues étrangers, faisant craindre un retour à la situation de l’époque soviétique. 

Un décret transmis aux instituts russes par le ministère de l’Éducation et de la Recherche indique que toute réunion avec des scientifiques étrangers rassemblant au moins trois personnes, ainsi que les rendez-vous pris en dehors des heures de travail, devraient recevoir l’aval de la direction et faire l’objet d’un rapport. 

Le texte conseille aussi des périodes de vérification plus longues pour les étrangers souhaitant pénétrer dans les instituts russes et des restrictions sur leurs appareils électroniques - même leurs montres -, qui ne pourront être utilisés au sein des locaux que « dans les cas prévus dans les traités internationaux ». 

Alexandre Fradkov, professeur de physique à la tête d’un laboratoire à Saint-Pétersbourg, a dénoncé mardi dans une lettre ouverte des mesures « absurdes et irréalistes ». 

« Qu’est-ce qui se passera si on organise une conférence internationale avec beaucoup d’étrangers? On confisque les montres et les téléphones de tout le monde? », a-t-il fustigé. 

Selon M. Fradkov, les mesures prônées « n’amélioreront pas la sécurité de notre pays mais vont accroître son isolement ». 

Le ministère de l’Éducation et de la recherche n’a fait aucun commentaire sur son décret, qui a été reçu par l’institut de M. Fradkov en juillet. 

« Toute science est construite sur la communication et l’échange d’information », a déclaré le chercheur à l’AFP. « Si vous respectez le décret, alors même prendre un café avec un collègue étranger exige d’écrire un rapport ensuite ». 

« Il s’agit d’un retour à l’époque soviétique », lorsque les scientifiques ne pouvaient pas s’entretenir avec leurs collèges étrangers à moins d’être accompagnés par un tiers, a poursuivi M. Fradkov. Il estime « ne pas être en mesure de travailler selon ces nouvelles règles » et a dit espérer que « les scientifiques vont s’unir contre elles ». 

La communauté scientifique russe s’inquiète depuis des années de l’influence grandissante des puissants services de sécurité sur leur travail. Plusieurs chercheurs ont été condamnés pour « haute trahison » ou « espionnage » dans des affaires controversées. 

Selon un scientifique d’un institut russe de physique ayant souhaité garder l’anonymat, les nouvelles recommandations sont déjà en train d’être appliquées, rendant « les visites d’étrangers plus compliquées » et leur faisant rater des réunions cruciales.