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L’économie américaine sur la corde raide

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Aux États-Unis, les signes avant-coureurs d’un ralentissement ou d’un recul économique s’accumulent. Si les causes des fluctuations de l’économie ne dépendent pas que de la politique, les conséquences politiques d’une récession, elles, seraient impitoyables.

Alors que j’écris ces lignes, les bourses nord-américaines sont malmenées. Au moment où vous les lisez, elles sont peut-être en train de rebondir... peut-être pas.

Depuis plusieurs semaines, les marchés sont instables et les décisions politiques qui les affectent ne le sont pas moins. L’incertitude rend les investisseurs nerveux et les politiciens ont de bonnes raisons de l’être aussi.

Signes précurseurs

L’économie américaine croît continuellement depuis neuf ans. Même si on revenait de loin après la récession de 2008-2009, la durabilité de l’actuelle relance est étonnante.

Certains indices précurseurs d’un ralentissement sont présents. Par exemple, les marchés de l’emploi et de l’immobilier commencent à s’essouffler. La production manufacturière et certains indices commerciaux aussi. Surtout, on assiste depuis quelque temps à ce que les économistes appellent l’inversion de la courbe de rendement, une condition qui précède presque toujours l’entrée en récession.

Des déclencheurs politiques

La plupart des facteurs qui peuvent entraîner une récession économique ne dépendent pas des politiques ou des politiciens. Dans le contexte actuel, toutefois, l’incertitude chronique qui entoure l’administration chaotique du président Donald Trump et – surtout – les perspectives réelles d’une guerre commerciale ruineuse avec la Chine dominent les préoccupations des analystes et des acteurs sur les marchés.

Depuis quelques semaines, à chaque signal d’escalade dans la confrontation commerciale avec la Chine, les marchés paniquent. Mardi, quand Trump a retardé l’implantation d’un tarif de 10 % sur des centaines de milliards d’importations chinoises, les bourses ont grimpé, mais cette confiance s’est effritée hier avec l’apparition de nouvelles données défavorables.

De plus en plus, même si les politiques fiscales et les déréglementations mises de l’avant par le président leur sont favorables, les investisseurs constatent que ses politiques commerciales protectionnistes et l’impulsivité de ses décisions constituent des boulets pour l’économie américaine.

Politiciens nerveux

Le lien entre l’économie et la politique n’est pas à sens unique. Si l’économie nord-américaine fait du sur-place ou va à reculons dans les prochains mois, plusieurs politiciens en poste risquent gros.

Le premier de ceux-là est Donald Trump. Avec un taux d’approbation qui plafonne à 45 %, une économie vigoureuse en 2020 serait sa seule planche de salut. Cette planche semble toutefois de moins en moins solide.

Contrairement à ses prédécesseurs républicains, qui privilégiaient des politiques qui maximisaient les chances de forte croissance pendant la dernière année de leur mandat, Donald Trump a mis le paquet dès le début. Résultat : l’effet stimulant de ses politiques s’est déjà estompé et ses déficits astronomiques réduisent sa marge de manœuvre pour contrer une récession en 2020.

Et Trump n’est pas le seul dans ce bateau. Si les toussotements actuels de l’économie américaine donnent le rhume à la nôtre d’ici à l’élection fédérale d’octobre, c’est peut-être le gouvernement Trudeau qui écopera.