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Leur tintamarre nous rejoint-il ?

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Aujourd’hui, dans toute l’Acadie, c’est le Grand Tintamarre, cette manifestation bizarre où l’on frappe sur des casseroles dans l’espoir de se faire entendre du monde entier.

Mais s’il s’entend jusqu’en Louisiane, le bruit que font les Acadiens n’a pas beaucoup de résonnance au Québec. C’est pourtant l’endroit où le tintamarre devrait résonner plus que partout ailleurs. Hélas! il n’y a pas d’amour perdu entre Acadiens et Québécois, même si un Québécois sur sept ou huit a des racines acadiennes.

Dans les années soixante, quand les Québécois firent lentement disparaître leur appellation de « Canadiens français », les francophones hors Québec se sentirent abandonnés. Sans l’avouer ouvertement, le Parti québécois avait conclu que leur survie était si aléatoire qu’ils étaient à terme voués à l’extinction. Ironie de l’histoire, c’est René Lévesque lui-même qui décrivit en direct sur les ondes de Radio-Canada le premier tintamarre organisé en 1955 à Moncton par l’archevêque Norbert Robichaud.

AUTOCHTONES ET PARITÉ

L’attitude du Parti québécois envers les francophones hors Québec n’a pas manqué d’être exploitée par les fédéralistes dans leur lutte contre les indépendantistes, particulièrement lors du premier référendum. Dans la foulée, Radio-Canada commença à porter sur les francophones hors Québec un regard plus bienveillant.

Sans qu’il soit nécessaire qu’intervienne le ministre du Patrimoine, responsable de Radio-Canada auprès du Parlement, la direction boude rarement les orientations du parti au pouvoir. Rien n’est plus normal, puisque c’est une société d’État.

Même si c’est moins évident que déjà, le gouvernement libéral, plus que tout autre, reste solidaire des francophones hors Québec. Depuis le dernier référendum, Radio-Canada fait des efforts évidents pour leur donner une voix et une présence. En Acadie surtout.

TOUT UN LOT DE SÉRIES

Après la minisérie Samuel et la mer, tournée dans la région de Cap Pelé, au Nouveau-Brunswick, Radio-Canada a diffusé la série Belle-Baie, tournée à Caraquet et à Bouctouche, et Le siège, minisérie enregistrée à Moncton. Le clan, une série de 12 épisodes, est maintenant au répertoire de Netflix après avoir été présentée à la SRC. Conséquences, une série acadienne presque « pur jus » est la dernière en date.

Cette série a dérouté les téléspectateurs québécois qui ont mal accepté l’accent des acteurs acadiens et, surtout, mal compris que les membres d’une même famille puissent s’exprimer avec des accents qui diffèrent.

ANTONINE ET LA SAGOUINE

Si Antonine Maillet a réussi à imposer le vocabulaire si particulier des Acadiens à toute la francophonie, si La Sagouine, incarnée avec génie par Viola Léger, a rempli les salles de nos théâtres, les séries de télévision acadiennes ont encore beaucoup de mal à convaincre.

Se pourrait-il que malgré de louables intentions, Radio-Canada ait agi avec un certain colonialisme, faisant confiance aux créateurs et aux acteurs acadiens pour les rôles secondaires, mais leur niant les autres ? N’aurait-il pas mieux valu produire moins de séries, mais leur consacrer le temps et l’argent nécessaires pour que les Acadiens, acteurs comme artisans, y tiennent des rôles de premier plan ?

En cette journée nationale des Acadiens, force m’est de conclure que leur tintamarre ne nous a pas encore rejoints.­