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La solidarité vraie

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Je ne sais pas si vous avez vu le film cubain El Traductor (Le traducteur), coproduit avec le Canada. Je résume succinctement. En 1986, se produit une catastrophe nucléaire à Tchernobyl, en Ukraine, dans l’ex-Union Soviétique. On ne s’entend pas sur le nombre de morts, mais le désastre humain et écologique est assez terrible et amplement documenté.

Quelques années plus tard, plus précisément en 1990, Fidel Castro, qui n’est jamais à court d’idées lorsqu’il s’agit de venir en aide aux plus démunis, imagine un vaste programme pour accueillir sur son territoire des milliers d’enfants affectés par les radiations de la catastrophe nucléaire. Ces enfants d’âges variés ont la peau brulée à divers degrés, ils ont perdu leur pilosité, leurs organes vitaux sont atteints, ils souffrent de graves infections pulmonaires, de cancer, de malformations, de troubles psychologiques, etc.

Il y avait, à quelques kilomètres de La Havane, des installations récréo-touristiques sous-utilisées, avec de belles plages. Tarara, que ça s’appelle. C’est à cet endroit que seraient logés les enfants provenant de Tchernobyl. Le ministère cubain de la Santé organisa la suite, avec des installations idoines et tout le personnel médical nécessaire pour soigner ces grands blessés. Ce programme, imaginé par Fidel et qui fonctionnera de 1990 à 2011, sera entièrement gratuit et ne sera accompagné d’aucune compensation financière ou autre. Une vraie solidarité. Quelques vingt-six mille patients, dont 84% d’enfants, seront soignés à Tarara, qui n’avait rien à voir avec un hôpital traditionnel. Même les enfants les plus mal en point s’y sentaient bien. Imaginez la mer et une des plus belles plages, sur deux kilomètres, à portée de main, et du soleil à profusion, qui aida à guérir les blessures. À ces enfants, on leur apprit même à danser la salsa.

Au même moment ou presque, le camp socialiste s’effondre, l’URSS cesse d’exister. Une catastrophe qui affecte, cette fois, tout le peuple cubain. Finie l’aide généreuse que procurait l’URSS à Cuba en achetant sa production sucrière à un prix supérieur au marché international et en lui vendant du pétrole (pour faire fonctionner, entre autres, ses centrales sucrières) à un prix inférieur au marché international. À Cuba, on entre dans ce qu’on a appelé la fameuse « période spéciale ». Un véritable drame humain dont les États-Unis s’empressent aussitôt de profiter en accentuant encore davantage les mesures coercitives contre l’île socialiste. Un tel acharnement, odieux et criminel, ne fit que renforcer la volonté des Cubains de s’en sortir par eux-mêmes, en ne comptant que sur leurs propres moyens, et de « resolver », comme ils disent. Le programme d’aide aux enfants de Tchernobyl sera maintenu malgré tout.

Le film El traductor raconte un épisode de ce grand mouvement de solidarité avec les enfants de Tchernobyl. Lorsque ceux-ci arrivent à La Havane, certains accompagnés de leurs parents, personne ne peut communiquer avec eux dans leur langue. Sauf quelques professeurs cubains qui enseignent le russe à l’université. Ceux-ci seront réquisitionnés pour servir de traducteur et d’interprète entre les malades et le personnel soignant.

Il y a quelques jours, le président Trump allouait de nouveaux fonds millionnaires à son agence paravent de la CIA, la USAID, pour tenter de discréditer un peu plus le travail des milliers de médecins cubains qui œuvrent un peu partout dans le monde, et surtout au Venezuela, ce pays qui est dans la mire du Pentagone.

De 1963 à aujourd’hui, 407 000 professionnels cubains de la santé ont œuvré dans 164 pays sur tous les continents. Et dans les universités cubaines, plus de 35 000 étudiants, provenant de 121 nations, ont été formés gratuitement dans différentes disciplines universitaires. Les brigades médicales cubaines sont aussi très actives dans certains pays africains où sévit toujours l’épidémie d’ébola.

Plutôt que de mettre la roue à l’épaule et d’aider à soulager la faim, la malnutrition et la maladie dans le tiers monde, les États-Unis s’acharnent honteusement à discréditer un petit pays qui a donné des milliers de preuves de dévouement et de solidarité active avec toutes les populations dans le besoin. Honte à Trump.