/24m/outings
Navigation

MUTEK, témoin privilégié de la croissance de l’art numérique

Coup d'oeil sur cet article

 MONTRÉAL | Il y a 20 ans, MUTEK organisait sa toute première édition à laquelle ont pris part quelque 2000 adeptes. Aujourd’hui, le festival, qui se consacre à la création numérique, peut compter sur près de 50 000 festivaliers à Montréal et possède des ramifications à travers le monde. Tour d’horizon d’un événement bien de chez nous. 

 «Le festival est né [au complexe] Ex-Centris. Ça n’existe plus aujourd’hui, mais c’était un complexe de cinéma et nouveaux médias qui a ouvert en 1999. J’avais le mandat de développer ce qu’on appelait les nouveaux médias; aujourd’hui, on appellerait ça l’art numérique», a raconté Alain Mongeau, le fondateur du festival qui est aujourd’hui directeur artistique et général de MUTEK. 

 «Au début, c’était un petit événement avec de la musique de martien au Laïka et au Café Campus», s'est remémoré Guillaume Coutu Dumont, un artiste qui a participé à environ une trentaine d’éditions de MUTEK à travers la planète. Ce dernier se rappelle en particulier d’un «set» de Thomas Brinkmann qui était arrivé avec des vinyles qu’il avait gravés pour créer des sons bien particuliers, presque extraterrestres. 

 Musique quoi? 

 À ses balbutiements, l’événement de musique électronique et d’art numérique était financé par le complexe Ex-Centris. 

 «Dans le temps qu’il a commencé, Alain, la musique électronique n’était pas encore reconnue comme quelque chose de sérieux. C’était plus vu comme une espèce d’extension des "raves", s'est rappelé Vincent Lemieux, programmateur à MUTEK depuis 19 ans. Ç'a pris du temps pour que les gouvernements commencent à subventionner un événement de la sorte. Ils ne se rendaient pas compte au début du potentiel culturel et artistique de cette démarche-là.» 

 L’évolution du web 

 Il faut aussi retourner 20 ans en arrière pour réaliser que le web n’existait pas depuis bien longtemps. «Je pense que MUTEK a été super important pour beaucoup de musiciens à amener de la musique qui ne s’était jamais entendue ici. Surtout qu’à cette époque-là, c’était les balbutiements de l’internet, donc tu ne pouvais pas aller chercher tout ce que tu voulais partout, tout le temps comme on peut le faire aujourd’hui. Tu n’avais pas accès à cette musique-là facilement», a décrit celui qu’on connaît sous son nom d’artiste Guillaume & The Coutu Dumonts. 

 «Les façons de trouver la musique ont changé. Avant, Bandcamp n’existait pas. Quand Alain cherchait de la musique, il allait dans un magasin de disques. Maintenant, c’est différent, ça va plus vite», a renchéri Vincent Lemieux. 

 Quand MUTEK a commencé, la musique électronique n’était pas aussi populaire qu’elle l’est aujourd’hui. Il n’y avait donc que très peu de festivals consacrés à cet art. «Aujourd’hui, si tu comptes les événements de musique électronique, il y en a peut-être 10 par week-end à travers le monde pendant 52 semaines. C’est des événements qui finissent par être un peu semblables. Je pense qu'une des fiertés qu’on peut avoir, c’est qu’on réussit quand même à tirer notre épingle du jeu. Je pense qu’on est très respecté», a affirmé Alain Mongeau. 

 MUTEK a commencé jeudi et se poursuit jusqu'au 25 août. 

 Quelques moments importants:  

  •  2000 : Première édition de MUTEK qui réunit 34 artistes internationaux et locaux. 
  •  2002 : MUTEK commence à se développer à l’international. Des événements ont alors lieu à Toronto, au Brésil et en Allemagne. 
  •  2014 : MUTEK célèbre ses 15 ans et, pour ce faire, unit ses forces au festival Elektra pour créer EM15 qui rassemblera 150 artistes et 300 professionnels du milieu. 
  •  2019 : MUTEK souffle 20 bougies et compte des festivals au Mexique, en Argentine, à San Francisco, en Espagne, au Japon et à Dubaï.  

 Il a découvert la musique électronique à MUTEK 

 L’artiste montréalais de musique électronique Guillaume Coutu Dumont a découvert grâce à MUTEK ce genre musical, qui est maintenant rendu son style de prédilection. 

 «C’est pas mal grâce au festival et aux gens qui ont élaboré le festival au début que je me suis mis à m’intéresser à ce style de musique là. C’était, selon moi, la jonction parfaite entre la musique électronique plus festive et la musique électronique de recherche. À cette époque-là, je trouvais que la musique électronique de club, ce n’était pas super intéressant», a confié celui qui a participé à de nombreux projets musicaux, dont Egg et Guillaume & The Coutu Dumonts. 

 Il étudiait alors l’électroacoustique, une musique créée à l’aide d’instruments non musicaux. «C’est une musique qui est apparue avec les innovations technologiques d’enregistrement. Il y a eu tout un pan de musique allemande qui était faite avec les premiers synthétiseurs et les premiers oscillateurs et un pan français, qui était fait avec tous les premiers enregistrements, des enregistrements de terrain, comme utiliser une porte pour faire des rythmes, par exemple», a expliqué Coutu Dumont. 

 «On a fini un enregistrement récemment et j’ai mis des grenouilles que j’ai enregistrées en Uruguay, a ajouté en guise d'exemple l’artiste qui utilise tout ce qui est à sa portée pour faire sa musique. Je me sers d’enregistrements faits sur le terrain, comme ça, mais aussi de synthétiseurs, de la synthèse modulaire, de "beat" de "drum" machines, de sons que j’ai faits avec des instruments», a décrit le principal intéressé. 

 Retour aux sources 

 Cette année, il présentera à MUTEK Auflassen, un projet en collaboration avec le «drummer» Robbie Koster, qui a joué avec Patrick Watson, et le pianiste Nicolas Boucher. Un album paraîtra d’ailleurs bientôt, suite à la création de ce spectacle. Guillaume Coutu Dumont décrit ce projet comme un retour aux sources. 

 «En 2007, j’ai déménagé en Europe et j’ai vécu là pendant une dizaine d’années. Je suis revenu en début 2016. Mon retour m’a inspiré à retourner un peu ce qui m’avait fait aimer cette musique-là au début. Instinctivement, je suis retourné à des sonorités qui, je dirais, m’avait influencé aux débuts de MUTEK», a-t-il détaillé, en énumérant Jan Jelinek, Burnt Friedman, Frank Bretschneider et Pole comme artistes qui l’avaient inspiré à l’époque. 

 Auflassen sera présenté le 25 août dans la Nocturne 6, qui commence à 21 h au Studio des 7 Doigts (2111, boulevard Saint-Laurent).