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Des religieux impuissants face à la tâche

Quebec
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC John Porter. Historien

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En première ligne des gardiens du patrimoine religieux viennent les diocèses et les fabriques, qui sont cependant à bout de souffle, tant du point de vue financier que des ressources humaines.

Plusieurs pointent du doigt les autorités religieuses pour les nombreuses fermetures d’églises.

Certains intervenants comme le maire de Matane, Jérôme Landry, qui tente de trouver une vocation à l’église Saint-Jérôme, fermée et inventoriée B pour exceptionnelle, dénonce l’approche « cavalière » du diocèse de Rimouski.

« La discussion est difficile. Ça se fait par lettres interposées », critique M. Landry.

John Porter, auteur d’une étude sur l’avenir des églises de Québec, estime lui aussi que les diocèses « ne peuvent pas s’en laver les mains ».

« Les diocèses sont conscients du problème, mais le problème est considérable compte tenu des moyens dont ils disposent », nuance-t-il.

Un argument qui rejoint l’abbé de Québec, René Tessier : « On nous fait plein de reproches, mais on a envie de dire qu’il n’y a personne pour payer », lâche-t-il.

Le responsable du patrimoine religieux de ce même diocèse, Rémy Gagnon, avoue qu’il y a des enjeux financiers importants.

Une Pause à Montréal

Au diocèse de Montréal, 57 églises ont été vendues entre 1995 et 2014. Or, un moratoire sur la vente d’églises a été décrété depuis ce temps afin de « consolider les actions » des fabriques.

« On essaye de trouver des solutions qui permettent aux paroisses d’avoir des moyens financiers et de travailler. Ça enlève une pression », fait valoir Caroline Tanguay, du diocèse de Montréal.

Reste que des églises sont présentement inoccupées, comme Saint-Bernardin-de-Sienne dont le presbytère, puis l’église elle-même trois semaines plus tard, ont été la proie des flammes cet hiver, causant d’importants dégâts.

Une situation complexe

« On sait qu’il est impossible à moyen et long terme de garder tout le parc immobilier des églises qu’on a sur le territoire, c’est impossible. »

– John Porter, historien et muséologue

« C’est très identitaire, quand tu roules sur l’A20 et que tu vois les clochers d’église dans la campagne. Enlève les églises dans ces petits villages et il ne reste plus rien de significatif ou de différent de ce qu’on voit aux États-Unis ou ailleurs. »

– Serge Filion, urbaniste, expert du patrimoine religieux

« Les églises sont [théoriquement] toutes à vendre. L’Église catholique romaine a dit publiquement et à plusieurs reprises que sa mission, ce n’était pas de garder des églises. Sa mission, c’est de faire de la pastorale et de la religion, ça n’a rien à voir avec des bâtiments. »

– Lucie K. Morisset, professeure à l’UQAM

« Conserver et entretenir une église, c’est du développement durable. Conserver au lieu de détruire, c’est un geste écologique. »

– Andréanne Jalbert-Laramée, conseillère en patrimoine culturel

« On est rendu dans le mur, ç’a toujours été des demi-mesures. C’est un vrai sujet. Ce n’est pas juste une question de collectionneurs. »

– Dinu Bumbaru, Héritage Montréal