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La dictature du like

Mounia Zahzam, Noémie O’Farrell et Juliette Gosselin sur le plateau de tournage de la comédie dramatique Fabuleuses.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Mounia Zahzam, Noémie O’Farrell et Juliette Gosselin sur le plateau de tournage de la comédie dramatique Fabuleuses.

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En réalisant un film qui se penchait sur le phénomène des influenceurs, la cinéaste Mélanie Charbonneau était consciente qu’elle allait devoir marcher sur un fil de fer pour éviter de tomber dans la parodie ou le jugement. « J’ai voulu être témoin de cette réalité-là et la montrer de la façon la plus sincère possible », explique la réalisatrice.

Fabuleuses, son premier long métrage qu’elle a coécrit avec la scénariste et auteure Geneviève Pettersen, s’intéresse donc aux rapports des jeunes adultes avec les réseaux sociaux à travers le destin de trois femmes qui tentent ­chacune à leur façon de trouver leur place dans la société.

On y suit Laurie (Noémie O’Farrell), une jeune journaliste qui tente de percer dans le milieu des médias en ligne en augmentant sa visibilité sur les réseaux sociaux. Elle aura comme modèle Clara Diamond (Juliette Gosselin), une influenceuse ultra populaire qui a réussi à se construire un empire en devenant une star d’Instagram. Laurie se liera d’amitié avec Clara, au grand détriment de sa coloc Élizabeth (Mounia Zahzam), une musicienne féministe qui s’oppose totalement aux valeurs superficielles véhiculées par les influenceurs.

Les deux personnages joués par Juliette Gosselin et Noémie O’Farrell ont vu le jour il y a quelques années, dans Les Stagiaires, une websérie de Vrak TV que Mélanie Charbonneau avait réalisée.

« Ce sont les mêmes personnages, mais elles ont vieilli dans la vraie vie et dans la fiction, explique Noémie O’Farrell. Les traits de personnalité sont les mêmes, mais ils se sont raffinés. On avait tellement eu de plaisir à travailler ensemble sur ce projet que je pense qu’on sentait qu’on n’était pas encore allées au bout de cette collaboration. »

Fabuleuses n’est toutefois pas une suite des Stagiaires, précise Mélanie Charbonneau : « On a décidé de se détacher complètement du projet des Stagiaires pour créer quelque chose de plus moderne et de plus actuel, qui se déroule en 2019. Le phénomène des influenceurs me fascinait, alors je me suis dit que c’est ça qu’il fallait aborder. On a donc eu l’idée de mettre en scène un personnage qui voulait devenir influenceur, parce que c’est le rêve de plusieurs jeunes femmes de nos jours. »

Au-delà du vide

Mélanie Charbonneau dit avoir rencontré plusieurs influenceurs pendant la préparation de son film.

« Ça m’a permis de confirmer des choses que je savais déjà. J’ai fait une grande étude anthropologique. J’ai regardé des heures et des heures d’influenceuses sur YouTube, j’en suis énormément sur Instagram depuis plusieurs années. J’ai aussi lu sur le sujet. Mais en même temps, avec le personnage de ­Clara, on avait envie de créer notre propre influenceuse et non d’en imiter certaines qui existent déjà. »

Il est bien vu de critiquer ou de se moquer des influenceurs par les temps qui courent. Mélanie Charbonneau a voulu éviter que son film tombe dans ce piège.

« Ça aurait été un peu limité de dire que ce n’est que du vide, observe-t-elle. J’ai plutôt essayé de comprendre le phénomène, de le décortiquer et d’en témoigner à travers des personnages féminins forts et intéressants. Tout au long du processus de création du film, je me disais qu’on marchait sur un fil de fer, parce qu’on aurait rapidement pu tomber dans les clichés ou le jugement. À toutes les étapes, de l’écriture à la création des personnages avec les actrices, c’était important de garder cette nuance-là. Oui, on va parfois dans la caricature. Oui, on joue avec les archétypes. Mais je crois que les personnages réussissent à nous étonner et à nous surprendre. »


► Le film Fabuleuses prend l’affiche vendredi (le 23 août).