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Une île, au large

Le Saint-Laurent d'île en île
Photo courtoisie Le Saint-Laurent d’île en île
Philippe Teisceira-Lessard et Olivier Pontbriand
Éditions La Presse

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Pour moi qui vis à longueur d’année entre deux îles – Cuba, baignée par l’océan Atlantique et la mer des Caraïbes, et Montréal, au milieu du majestueux fleuve Saint-Laurent –, ce livre m’a interpellé, surtout en cette période estivale où on projette bien souvent de partir à l’aventure.

L’ouvrage répertorie une vingtaine d’îles plus ou moins connues, parmi 2711 autres, de l’île Harrington, sur la Basse-Côte-Nord – rendue célèbre avec le film La grande séduction –, à l’île de Dorval, à un jet de pierre de l’île de Montréal.

Il y a, j’en suis convaincu, une véritable mentalité insulaire, qui consiste en une vision différente de voir les choses autour de nous, qui oscille entre l’éloignement obligé d’un monde trop régulé, trop peuplé, et le désir d’accueillir généreusement le visiteur qui bien souvent a franchi de longues distances – avions, autoroutes, ponts, traversiers et chaloupes –, pour nous approcher et tenter de nous comprendre. C’est que les îles fascinent, de tout temps, car « les insulaires sont une race de monde à part », affirme Marc Séguin en préface. Et tout comme Renaud qui chantait : « Ce n’est pas l’homme qui prend la mer mais la mer qui prend l’homme », Séguin affirme : « Ce n’est pas nous qui habitons les îles, ce sont elles qui nous habitent. »

Il y aurait près de 300 000 îles sur la planète. Certaines sont paradisiaques, d’autres servent de prison. Ma première nuit d’amour se déroula sur l’île Bonaventure, à l’âge de dix-sept ans. Cette séparation insulaire marqua à jamais une rupture entre deux mondes, tout en favorisant un rapprochement entre deux personnes. Les îles sont nécessairement fragiles, elles doivent être protégées, surtout aujourd’hui, avec le dérèglement climatique, où des centaines voire des milliers d’îles risquent d’être ­submergées et de disparaître.

Les deux auteurs, Philippe Teisceira-­Lessar, journaliste, et Olivier Pontbriand, photojournaliste, nous invitent à redécouvrir le fleuve Saint-Laurent par ses îles et ceux qui y vivent. Une invitation au voyage à travers le pays québécois et à travers le temps, car on aura souvent l’impression que le temps s’est arrêté, malgré la présence des bateaux à moteur qui ont remplacé les chaloupes à rames, et les VTT qui ont remplacé la voiture. Tous les moyens sont bons pour y parvenir : bateau, traversier, chaloupe et même hélicoptère de la garde côtière. Mais sur la terre ferme, aucune ligne de chemin de fer, aucune route bien souvent, des pick-up et des 4x4 à profusion.

Économie et écologie

À Harrington Harbour, la première des îles répertoriées, tout ce qui est vendu dans les deux magasins généraux du village vient du bateau qui y accoste une fois par semaine. Par contre, 99,99 % de la production de pêche, surtout du crabe des neiges et du homard et de moins en moins de morue, quitte la côte par le même bateau.

L’île Brion, plus au sud, à quelques milles marins de l’île d’Entrée, a été désertée par les hommes depuis un demi-siècle. Elle est par contre envahie par des colonies de phoques, de « 5000 à 8000 individus », un véritable fléau responsable de la diminution des stocks de morues, selon les pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine. Les phoques sont aussi de grands prédateurs de petits homards. Avec le moratoire sur la chasse aux phoques, ils sont nombreux à sonner l’alarme. « Les phoques viennent compromettre l’intégrité écologique de l’île », et de nombreuses espèces sont menacées comme les pluviers siffleurs et le macareux noir. Pourtant, 500 ans auparavant, cette île avait été célébrée par Jacques Cartier dans son journal de bord : « Cette île est la meilleure terre que nous ayons vue... »

On apprend que l’île d’Entrée, ce « petit bout de terre échappé des îles de la Madeleine », moitié plaine, moitié buttes, n’a pas d’avenir, avec sa communauté anglophone « qui ne compte plus un seul jeune ». L’école locale a fermé ses portes il y a trois ans et ses classes abriteront désormais le petit musée local.

Je ne vous ai révélé qu’une partie des secrets que renferme cet ouvrage. Et les photos de paysages, terrestres comme marins, sont époustouflantes. Faites-vous plaisir en cette saison estivale.