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La banque congédie mais récompense ses actionnaires

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Comme les autres banques, la HSBC est grosse, mais trop grosse pour faire faillite. Même si, par leurs gestes d’une cupidité extravagante, les banques sont responsables de la crise financière qui a sévi dans le monde en 2007, et par après, a acculé à la faillite des millions d’individus, causant la perte d’emplois de millions de travailleurs, anéantissant à zéro les maigres fonds de retraite d’employés, créant des déficits publics gigantesques et j’en passe.

Même si elles étaient responsables de cette crise financière, les gouvernements les ont inondées de milliards et de milliards de dollars en fonds publics sous prétexte de too big to fall. Allô, économie de marché qui prône la main invisible de l’État minimal. 

C’est fort, les gouvernements ont subventionné à coups de milliards de dollars les responsables de la crise financière et ont taxé les victimes que sont les personnes innocentes par de juteuses hausses d’impôts et en vargeant dans tous les programmes sociaux afin de respecter les directives de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). 

Un socialisme d’État perverti au service des transnationales milliardaires. On ne s’est jamais posé la question à savoir comment il se fait que ces banques soient devenues si gigantesques, jusqu’à constituer un danger pour la société. Voilà où ont mené la déréglementation débridée et le décloisonnement des banques à tout crin afin de s’en remettre à la «liberté» du marché et à sa prétendue autodiscipline. Mais les banques financent beaucoup les partis politiques, et plusieurs banquiers sont au gouvernement. 

La grosse banque anglaise HSBC et l’éthique

Comme toutes les banques, en incluant bien évidemment les nôtres, au Canada, HSBC fait amplement affaire dans l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux: «HSBC. Des milliards $ cachés au fisc français» (Le Journal de Montréal, 14 mars 2015). Seulement au fisc français? 

Et une autre parmi d’autres: «Blanchiment d’argent aux États-Unis. HSBC achète la paix: 1,9 milliard $ US La banque britannique était accusée d’avoir été la complice de trafiquants de drogue [au Mexique], de terroristes et de l’Iran» (Le Devoir, 12 décembre 2012). 

Cet article remonte à 2012, et HSBC a été accusée de commercer avec des pays sous embargo américain comme l’Iran et Cuba, tout comme, d’ailleurs, la chinoise Huawei l’an passé, qui a osé travailler avec l’Iran malgré l’intérêt de l’Oncle Sam. Les États-Unis se prennent pour les maîtres du monde et imposent leurs lois particulières à tous à l’encontre des lois internationales qui prévalent. Actuellement, ils interdisent à tout pays de faire affaire avec l’Iran, et on les laisse faire. C’est comme un individu qui a une dispute avec son voisin et qui interdit à toutes les personnes du quartier de fraterniser avec ledit voisin. Et en bon valet qu’il est, le Canada a emprisonné la vice-présidente de Huawei, à la demande des États-Unis, sous le prétexte hypocrite et mensonger de faire respecter la loi. 

Mais de quelle loi parle-t-on au juste? 

L’histoire se répète

C’est écrit dans les «lois naturelles» du marché que l’entreprise doit privilégier en tout temps ses propriétaires actionnaires. Le reste est superflu et est foutaise. Il ne faut pas brimer la totale liberté des agents économiques de tout faire comme bon leur semble et en tout temps. 

Alors, au mois d’août 2019, faisant preuve de «prévoyance» lucide en vue d’un contrat difficile à venir, HSBC annonce la suppression de 4000 autres emplois: «HSBC se sépare de son patron [avec grosse prime de séparation et gros fonds de pension] et supprime des milliers d’emplois» (Le Journal de Montréal, 6 août 2019). 

Gros profit et on coupe

Les «lois naturelles» du marché postulent que plus l’entreprise est rentable, plus elle va créer de l’emploi, sans être subventionnée par l’État, qui ne doit exister que pour protéger la propriété privée et la liberté des capitalistes. Alors, HSBC, comme nos banques canadiennes, met à la porte 4000 employés même si son profit net du premier trimestre de 2019 a augmenté d’un «minuscule» 18,6% pour atteindre un «dérisoire» 8,5 G$ de dollars tout à fait ridicule. Une telle pauvreté fait pitié à voir. Il faudrait lancer un «Go fund me» pour aider la banque anglaise. Êtes-vous d’accord? 

Dividendes et rachat d’actions au menu

Il faut bien couper dans le gras si on veut être respectueux pour les propriétaires de la Banque HSBC. Exaltez votre joie, car tout en mettant à la rue 4000 travailleurs ordinaires, ils voient leur histoire qui se termine très bien, comme au cinéma! Au dernier paragraphe de l’article, il est écrit ceci: «HSBC a enfin décidé de récompenser ses actionnaires [pauvres petits êtres persécutés] en annonçant le lancement imminent d’un programme de rachat d’actions d’un milliard de dollars “maximum”». Ma joie surabonde, et voilà que je me remets à pleurer d’allégresse. 

Pourtant, selon les «lois naturelles» du marché, un autre postulat dit que plus l’entreprise est rentable, plus elle va investir afin d’accroître ses possibilités et ses parts de marché. Jamais on ne se dit qu’elle va racheter ses propres actions, ce qui est l’antithèse de l’investissement. Et pourtant, les dernières baisses d’impôts consenties aux entreprises américaines par Donald Trump, comme celles promulguées il y a quelques années par le très conservateur Stephen Harper au Canada, ont servi en grosse partie aux compagnies à racheter leurs propres actions et à verser les juteux dividendes à leurs actionnaires, et non à investir dans les immobilisations. Bien au contraire, elles ont continué à désinvestir ou à acheter des concurrents qui amènent toujours des rationalisations, des pertes d’emploi et des hausses de prix des produits et services en raison d’une compétition moindre. Le capitalisme et le marché libre, un vrai contre de fées.