/misc
Navigation

Quoi? Des astrologues à la Maison-Blanche!

Coup d'oeil sur cet article

Avec Trump, on sait que les décisions présidentielles peuvent être improvisées, impulsives, incohérentes, contradictoires et arbitraires. Mais certains de ses prédécesseurs ont été guidés par des considérations totalement irrationnelles. Ronald Reagan et Richard Nixon se sont fiés à des divinations et des élucubrations astrologiques. 

Pendant sept ans (1981-1988), à la demande de Nancy Reagan, Joan Quigley a agi en tant qu’astrologue de la Maison-Blanche. Elle recevait pour ses services 3000 dollars par mois. Elle s’attribue le mérite d’avoir contribué à façonner la fameuse stratégie Star Wars (Guerres des étoiles) de Ronald Reagan. Une astrologue consultée dans l’élaboration de la défense spatiale (devait-on dire astrale?) des États-Unis. Désopilant! 

Joan Quigley prétend aussi avoir adouci la position de Ronald Reagan face à Gorbatchev et ainsi ouvert la voie à un sommet amical à Genève en 1985. Rien de moins. 

Vous vous dites que cela est invraisemblable. Qu’elle exagère son rôle et son influence auprès du couple présidentiel. Ce n’était pas l’avis de responsables de la Maison-Blanche de l’époque qui étaient consternés que l’astrologie soit prise en considération dans la plupart des activités du président Reagan (www.wearethemighty.com/history/astrologer-helped-end-cold-war). Par exemple, les cartes astrologiques de Joan Quigley ont été utilisées pour planifier le Sommet de Reykjavik avec la Russie et déterminer les dates du voyage de Reagan à Moscou. Après que le secrétaire général de la présidence eut réussi à chasser Quigley de la Maison-Blanche, la CIA découvre que Nancy Reagan continue de discuter avec elle des relations américano-soviétiques sur des lignes téléphoniques non sécurisées (thereaganyears.tripod.com/divineguidance.htm). La première dame s’est en effet fait installer des lignes privées à la Maison-Blanche et à Camp David, pour continuer à bénéficier des augures sidéraux de Quigley. Le monde de Nancy Reagan est dominé par la superstition et les astres. 

Dans la dernière année de la présidence de Ronald Reagan, alors que la maladie d’Alzheimer commence à ronger son esprit, Nancy Reagan assume de plus en plus de responsabilités exécutives aidée par son astrologue. L’ancien chef de cabinet Donald Regan révèle dans ses mémoires que Nancy Reagan faisait approuver par son astrologue pratiquement toutes les initiatives importantes et toutes les décisions prises par les Reagan (www.nytimes.com/2014/10/25/us/joan-quigley-astrologer-to-a-first-lady-is-dead-at-87.html).  

Nancy Reagan a fait appel aux services de Joan Quigley après avoir perdu confiance en Jeane Dixon, la première astrologue du couple Reagan parce qu’elle n’avait pas prédit la tentative d’assassinat contre le président, en 1981. C’est toutefois sur ses tableaux du ciel avec conjonction d’astres que le couple Reagan a choisi George Bush père comme colistier de Reagan en 1980. 

Reagan n’était pas le premier président républicain à faire confiance à Jeane Dixon. Richard Nixon profite de ses visions et de ses présages depuis l’époque où il était le vice-président d’Eisenhower. Elle lui avait pourtant prédit que la Troisième Guerre mondiale débuterait en 1958, sur les îles chinoises de Quemoy et Matsu. Cela n’a pas été suffisant pour lui faire perdre la confiance de Nixon. 

L’astrologue communique avec Richard Nixon par sa secrétaire personnelle, Rose Mary Woods, la femme de confiance du président. La volumineuse correspondance entre Dixon, Woods et Nixon se trouve aux Archives nationales des États-Unis à College Park, Maryland (www.chicagotribune.com/news/ct-xpm-2000-02-27-0002270065-story.html). On y trouve la bande sonore de la conversation du président Nixon avec son astrologue dans le bureau ovale en 1971. Dixon a fait à Nixon la loufoque prédiction que Rome brillera de nouveau comme à l’époque impériale. Elle lui révèle qu’un descendant de la reine égyptienne Néfertiti prendra le pouvoir pour unir la terre entière. Elle a aussi lu dans les astres que le deuxième enfant de Pierre Elliott Trudeau et de Margaret Sinclair serait une fille. Ce fut un garçon (en.wikipedia.org/wiki/Jeane_Dixon).  

Mais sa prédiction qui la discrédite à jamais est d’assurer Richard Nixon qu’il passera à l’histoire comme le plus grand président que les États-Unis. Quelle bévue monumentale! Elle n’a pas anticipé l’élection de Donald Trump et la sublimité de sa présidence. Foudroyée par une crise cardiaque en 1997, Jeane Dixon a le temps de s’écrier avant de mourir: «Je savais bien que ça arriverait». Pas sa prédiction la plus prodigieuse.