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Crise des médias: où est Justin Trudeau?

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Comme je l’explique ici en chronique, ici comme ailleurs en Occident, la crise des médias dure depuis des années. La faillite du Groupe Capitales Médias (GCM) n’est est que le dernier épisode en date.  

Les causes de cette crise sont multiples. Les pistes de solution, aussi.  

Pour les journaux, le lectorat est toujours au rendez-vous, mais les revenus publicitaires, eux, migrent de plus en plus sur les méga plateformes mondialisées américaines des GAFA, Google, Amazon, Facebook et Apple.  

Résultat : le journalisme de qualité coûtant cher par définition, la pérennité de certains médias dits traditionnels, écrits ou électroniques, est en danger.  

N’importe quelle personne intelligente aurait la réponse : taxer les GAFA comme on taxe les autres entreprises et canaliser ces fonds vers les médias dits traditionnels.  

Or, les GAFA sont tout-puissants. Ils ont l’oreille – pour ne pas dire les deux oreilles -, des gouvernements nationaux à travers l’Occident.  

Sauf pour la France.  

Comme le rapportait Le Monde en juillet, la France agit, elle, avec une nouvelle taxe :  

«Le Parlement a définitivement adopté, jeudi 11 juillet par un ultime vote du Sénat, l’instauration d’une taxe dite « GAFA » (pour Google, Apple, Facebook et Amazon), faisant de la France l’un des premiers pays à imposer le chiffre d’affaires des géants du numérique.  

Elle devrait s’appliquer à une trentaine de groupes, incluant les quatre susmentionnés mais également Meetic, Airbnb, Instagram ou encore la française Criteo. La taxe devrait rapporter 400 millions d’euros en 2019, puis 650 millions en 2020.  

La «taxe GAFA à la française» s’inspire largement d’un projet européen qui n’a pas abouti en raison des réticences de l’Irlande, de la Suède, du Danemark et de la Finlande. Concrètement, elle vise les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires sur leurs activités numériques de plus de 750 millions d’euros dans le monde, dont 25 millions d’euros pouvant être rattachés à des utilisateurs localisés en France.  

L’idée est de les imposer à hauteur de 3 % du chiffre d’affaires réalisé en France, notamment sur la publicité ciblée en ligne, la vente de données à des fins publicitaires et la mise en relation des internautes par les plateformes.»  

Les GAFA sont bien entendu en furie. L’inaction des autres pays les ayant convaincus d’être devenus d’éternels intouchables fiscaux.  

Donald Trump est lui aussi en colère, allant même jusqu’à menacer la France de représailles économiques.  

Le geste posé par la France n’est bien sûr qu’un premier pas, imparfait aussi, mais il est hautement significatif.  

Ce qu’il nous dit est ceci : prôner une «solution» dite internationale face aux GAFA est hautement souhaitable, mais cela n’empêche en rien des États souverains d’agir tout de suite. L’important étant d’enclencher le mouvement et de signifier au GAFA et autres puissants compagnons de route que la fin de la récréation est imminente.  

En cela, la France a posé un geste fort de souveraineté politique, culturelle, sociale et économique.  

Or, le Canada traîne encore de la patte. Le premier ministre Justin Trudeau s’en remet à la prochaine réunion du G7 tenue dans quelques jours en France, justement.  

La Presse canadienne rapporte en effet que:  

«Selon Justin Trudeau, pour régler toute cette situation, il faut plus qu’une « solution à la pièce ». Il en faut une à laquelle la communauté internationale va adhérer, a répondu mardi le premier ministre lorsque interrogé à ce sujet en mêlée de presse à Trois-Rivières. C’est une question dont on va parler certainement en fin de semaine au G7. (...) Tout le monde doit payer sa part », a-t-il souligné, tout en réitérant qu’il n’était pas question pour son gouvernement d’augmenter « les taxes » des contribuables. «C’est une question dont on va parler certainement en fin de semaine au G7, où la communauté internationale est en train de regarder comment on peut s’assurer que c’est équitable pour tout le système», a-t-il dit.»  

Une belle manière de continuer à repousser la nécessité d’agir au Canada même.  

Il est pourtant évident que de taxer les GAFA est non seulement une des solutions possibles à la crise actuelle des médias traditionnels, mais également – et ce n’est pas un détail -, une question élémentaire de justice et d’équité fiscales.  

Et qui dit équité fiscale, dit justice économique, culturelle et sociale.