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Médias et démocratie

La tribune
Photo Alex Drouin

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La faillite de Groupe Capitales Médias était aussi prévisible que la météo lorsque les Desmarais et Power Corporation ont cédé leurs actifs à Martin Cauchon. On peut craindre le même sort pour La Presse avec le désengagement des frères Desmarais dans cette autre aventure médiatique. Certaines mauvaises langues allègueront que les rats sont les premiers à quitter le navire qui coule, mais en réalité, ces médias écrits n’étaient plus utiles aux faiseurs de roi que sont les Desmarais!

À moins d’une action vigoureuse des gouvernements fédéral et provinciaux pour contraindre les GAFA à payer des redevances sous une quelconque forme, nos médias écrits sont condamnés à l’assistance sociale permanente de l’État ou tout simplement à disparaître. Dans la conjoncture actuelle, où les revenus publicitaires s’amenuisent continuellement et que l’abonnement s’étiole, la rentabilité de ces entreprises médiatiques est devenue illusoire. 

Les repreneurs éventuels de Capitales Médias sont condamnés au même sort que Martin Cauchon. La création d’une coopérative de travailleurs, comme le suggère la CSN, est aussi bancale que l’aventure Tricofil dans les années 70 qui avait abouti à la faillite en 1982. À court terme, Québécor se révèle peut-être la seule corporation à pouvoir prendre le relais et à espérer atteindre le seuil de rentabilité avec les économies d’échelle que lui permettent son infrastructure. Cependant, cela ne se ferait pas sans la disparition de plusieurs emplois, conséquents d’efforts de rationalisation pour assurer cette rentabilité. 

Dans un autre registre, on s’insurge contre une éventuelle concentration de la presse et on s’alarme pour la démocratie. On crie à la diversité et à la liberté de presse en implorant les gouvernements d’agir pour maintenir la santé démocratique. Bien que partageant ces préoccupations, j’y vois tout de même une hypocrisie de pharisiens alors que tant de médias alternatifs, apportant des points de vue diversifiés et indépendants des contraintes commerciales, vivotent depuis des années sans grand soutien étatique ou institutionnel. 

L’information constitue effectivement le pivot central de la démocratie, mais les empires de presse n’en sont pas nécessairement les dépositaires quand ils subissent les contraintes de leurs actionnaires ou de leurs commanditaires. La multiplicité des médias peut effectivement nourrir le débat, mais cela devient moins vrai quand on nous livre sensiblement les mêmes nouvelles dans l’ensemble des médias après que les journalistes se soient concertés sur leur compréhension mutuelle. La réduction du nombre de journalistes dans les salles de presse affecte également la qualité de l’information et la vigueur du débat démocratique.

Si l’avenir de la presse écrite passe par l’intervention gouvernementale et le rehaussement des revenus, il faudra au moins s’assurer de l’indépendance des médias à toutes influences indues et d’une part suffisante pour les médias alternatifs. La presse libre, c’est plus que sauver des emplois comme le veut le président de la CSN, c’est aussi s’assurer que des informations discordantes d’une classe dominante puissent circuler.