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Payer son journal

La tribune
Photo Alex Drouin L’information a un prix.

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On s’inquiète beaucoup, depuis lundi, du sort des quotidiens régionaux rassemblés sous le parapluie du Groupe Capitales Médias, aujourd’hui en faillite. Pour sauver les meubles et se donner le temps de réfléchir, le gouvernement du Québec vient de débourser 5 millions. Mais il s’agit évidemment d’une solution temporaire, à très court terme.

Les grands journaux connaissent aujourd’hui une crise majeure partout dans le monde occidental, et chacun cherche la solution magique pour demeurer rentable devant une révolution technologique qui n’en finit plus de bouleverser notre manière de vivre en société.

Gratuité

Il n’en demeure pas moins qu’un élément, dans cette situation, me semble central : la culture de la gratuité qui s’est développée dans le domaine de l’intervention. En l’espace d’une quinzaine d’années, une réalité semble avoir disparu de l’esprit public : produire un journal coûte cher. Il faut payer ses artisans, qu’ils soient journalistes, chroniqueurs ou techniciens. Il faut payer sa conception, et s’il dispose encore heureusement d’une édition papier, sa fabrication matérielle et sa distribution.

On me dira que je rappelle ici des choses évidentes pour tout le monde. Peut-être. Mais ils sont de plus en plus nombreux à refuser d’en tirer des conséquences.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Pourtant, lorsqu’on le rappelle aux internautes, ils se choquent. J’ai pu le constater, chaque fois avec perplexité : lorsqu’on partage sur Facebook ou Twitter un article payant (en gros, il faut soit l’acheter, soit s’abonner à la publication pour le lire), on a droit à une réaction courroucée. C’est un peu comme si les lecteurs se sentaient insultés à l’idée de devoir payer pour ce qu’ils lisent. Payer pour ses informations relèverait de l’ancien temps.

Bien honnêtement, je ne parviens pas à comprendre. Ne voient-ils pas qu’en réagissant ainsi, ils s’opposent dans les faits aux conditions élémentaires assurant la vitalité des journaux ou des revues qu’ils apprécient ? Accepteraient-ils, eux, de travailler bénévolement ?

Il faudrait rappeler à nos concitoyens que la presse est essentielle en démocratie pour se forger une pensée et se donner une culture politique. Sans journaux, l’espace public serait désertique et le débat se mènerait dans le vide sur les réseaux sociaux. Les opinions flotteraient et s’entrechoqueraient sans reposer sur des faits. C’est la qualité du débat démocratique qui dépérira alors inévitablement.

On serait tenté, pour cela, d’inviter nos concitoyens à s’abonner de nouveau aux journaux et magazines qu’ils lisent. Est-ce encore imaginable ?

Personnellement, je suis abonné à plusieurs magazines et revues, et c’est chaque fois un peu Noël lorsqu’on me livre un exemplaire par la poste.

Diversité

Cela implique une chose, toutefois : que les médias renouent avec leurs lecteurs. Une presse en santé est une presse plurielle, capable de refléter la diversité des idées et perspectives qu’on retrouve dans la société. C’est aussi une presse exigeante, qui permet non seulement de s’informer au jour le jour, mais de réfléchir sur les grandes tendances qui font une époque.

Peut-être que la renaissance des médias passera en partie par une renaissance de la culture du débat au Québec ? Il est permis de l’espérer.